Ce premier jour au NIFFF de vos envoyés spéciaux de Daily Movies ne pouvait pas commencer sous de meilleurs auspices. En effet notre premier visionnage fut une comédie musicale américaine classée X (!) de 1976 sobrement intitulée « Alice In Wonderland : an X-Rated Musical Fantasy ». Ou comment lancer le NIFFF sur des bases exceptionnelles ! Au programme, une Alice très coincée sexuellement va passer de l’autre côté du miroir en suivant le Lapin Blanc et découvrir étape par étape que le sexe, ce n’est pas sale. La copie 35 mm d’époque a un peu souffert, mais cela ne nous a pas empêchés d’apprécier à sa juste valeur cet OFNI singulièrement riche lorsqu’on le compare à ce qui se fait maintenant.

Les acteurs jouent bien (l’actrice principale en particulier enchaîne les tunnels de dialogue avec conviction et sincérité), il y a de réels efforts de mise en scène et de décor, et le tout respire le naturel (les femmes sont poilues et pas refaites de A à Z, les hommes n’ont pas des membres de 40 cm). Une curiosité sympathique avec ses moments drôles (après sa première fellation, prodiguée au Chapelier Fou, lorsque celui-ci gémit en lâchant la purée, elle demande ingénument si elle ne lui a pas fait mal : rires de la salle garantis), qui valait le déplacement.

Dans le même esprit, on enchaîne avec un film de la rétro consacrée à la Nikkatsu, ce gros studio japonais qui acquit ses lettres de noblesse avec les films d’action déjantés de Seijun Suzuki et des films érotiques d’exploitation à la fois créatifs, humoristiques et putassiers, les fameux « Roman Porno ». Un focus est consacré à Chûsei Sone, maître artisan du genre, dont ce film mineur de 1970 « Delinquent Girl : Alley Cat In Heat » (en français : « La délinquante : la vie sexuelle d’une chatte enragée ») permet de se faire une assez bonne idée de ce en quoi consistait ce style. Une jeune fille de la cambrousse fugue pour découvrir Tokyo, se fait rapidement harponner par un truand à la petite semaine, qui la viole plus ou moins, avant de la refiler à ses colocataires qui se la font en double-pénétration (oui, vous avez bien lu !). Le tout en voyant à peine un peu de nichons, puisque la censure japonaise de l’époque était impitoyable (elle l’est toujours d’ailleurs) : pas de poils, pas de fesses, pas d’organes sexuelles. Pas traumatisé pour deux sous, la jeune fille fait copain-copain avec ses abuseurs, puis est envoyée dans un salon de massage par son chéri qui a contracté des dettes auprès du yakuza du coin et a donc besoin d’argent (il est trop fainéant pour travailler). Bientôt vendue au dit yakuza qui exige son paiement, elle va disparaître dans la nature, alors que son amant se rend enfin compte qu’il l’aime et part à sa recherche : le final tombe comme un cheveu sur la soupe, je vous laisse la surprise. Pur produit d’exploitation, ce film se laisse regarder comme une curiosité d’époque qui reprend tout le catalogue des fantasmes du salary man japonais de base, qui allait voir ces films au cinéma après le bureau (voire pendant) pour se décontracter un peu. Les astuces pour cacher les parties intimes font sourire (ici une guitare sur un lit, là un bout de canapé), et certaines audaces de cadrage et de scénario font mouche. Ainsi de ce jeune yakuza mélomane, dont le destin contrarié de chanteur va rencontrer un 38 tonnes.

On ne s’éloigne pas trop de la moiteur omniprésente de ce samedi décidément bien hot avec le film suivant, et on s’enfonce même dans le bizarre. « Remington And The Curse Of The Zombadings », comédie fantastique philippine qui combat l’homophobie à sa façon. On suit en effet le jeune macho Remington, qui, enfant, passait son temps à courser les travelots en les traitant d’homos. Mais un jour une vieille tante croisée au détour d’un cimetière lui lança une malédiction : lors de l’anniversaire de ses 20 ans il deviendra gay ! Et, alors qu’il vient de tomber amoureux d’une jolie jeune fille, la prédiction va se réaliser ! Combattant les stéréotypes avec une truelle, le réalisateur Jade Castro joue avec les clichés avec humour. Les zombies arrivent un peu de nulle part et le film finit par tourner un peu en rond, mais dans l’ensemble on rit bien, grâce à la transformation de l’acteur principal en folle et la désormais légendaire scène où il drague son meilleur ami.

On change radicalement de ton avec « God Bless America », film coup de poing de Bobcat Goldthwait, qui construit un film radicalement militant contre ce que sont devenus les Etats-Unis : un ramassis d’abrutis méchants et mal-élevés, passant leur journée à s’abrutir devant des téléréalités stupides qui célèbrent les comportements et les valeurs les plus méprisables.

Frank en a marre de tout ça. Son ex-femme est distante, sa fille le déteste, il vient de se faire virer pour une connerie et pour couronner le tout, il apprend qu’il a une tumeur au cerveau et que ses jours sont comptés. C’est le déclic qui va le pousser à franchir le pas : armé de son bon vieux colt 45, il va dégommer les gens médiocres de la téléréalité et tous ceux qui se font du fric en amplifiant la peur et la xénophobie ambiantes. Une ado plus mûre que les autres va s’embarquer avec lui dans sa croisade, l’aidant à trouver des cibles (remarquable Tara Lynne Barr, déjà vue dans « Bienvenue à Zombieland » et qui crève à nouveau l’écran). Le film est un poil démago puisqu’il critique les ultra réacs des Tea Party, les incivilités et la téléréalité abrutissante, l’égoïsme et la méchanceté ordinaires des gens. Pourtant il est plus profond qu’il n’y paraît : Frank part en guerre pour de mauvaises raisons, après s’être lui-même abrutis de télé, tandis que sa jeune compagne n’est pas toujours très mûre et très honnête. Et le final jusqu’au-boutiste confirme la sincérité de la démarche. Une claque un peu facile mais pourtant salutaire, qui a emballé le public présent (quand on applaudit un gars qui fout le feu à la voiture d’une ado insupportable, le pari est gagné). A noter un moment choc en début de film, qui ravira les amateurs de cinéma extrême !

La soirée de bonheur continue avec l’excellente comédie horrifique « Grabbers », qui a fait hurler de rire le public du Temple du Bas, qui a affiché complet pour l’occasion (plus de 600 personnes). Imaginez une petite île irlandaise choisie comme domicile par deux grosses pieuvres extra-terrestres. Le duo de flics locaux, un alcoolo malheureux et une jeune et jolie officier venant en remplacement de Dublin, va devoir protéger la population de ces entités un poil agressives. Leur chance : ces bêtes sont gravement allergiques à l’alcool ! Ca tombe bien dans un pays où le passe-temps national est de boire des coups aux pubs… Un pur moment de fun à ne manquer sous aucun prétexte, « Grabbers » aligne un gag drôle par minute, en plus de proposer quelques sympathiques séquences gore et des effets spéciaux tout à fait à la hauteur. Je mettrais ma couille droite sur le billot que ce film obtiendra le prix du public.
Pour finir la journée, un tout petit film canadien amateur de 60 minutes « Manborg », qui essaie de créer avec trois bouts de ficelles un futur post-apo, un cyborg invincible et des gentils sortis tout droit des jeux vidéo.

C’est très cheap, souvent ridicule et ça n’a pas la patte rigolote d’un bon nanar. On aurait p’têt dû plutôt aller boire des bières… M’enfin on se rattrapera dimanche.

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