Etranche parce que pour une fois on a fait la grasse matinée ! Première projo à 15h soit largement le temps de décuver de la veille et de digérer une première journée d’orgie filmique. En parlant d’orgie, le premier film est encore un « roman porno » du focus consacré au maître du genre, Chûsei Sone, tiré de la rétro Nikkatsu. Ce « Shinjuku Midaregai : ikumade matte », en français le très fleuri « Shinjuku ville désordre : attends que je vienne », met en scène ce quartier de Tokyo connu pour sa faune d’artistes fauchés et de wannabe starlettes, attendant entre deux boulots foireux une hypothétique chance dans le show business. De quoi exciter et faire rêver le salary men, engoncé dans sa vie bien réglée : ici le quotidien est une longue beuverie entrecoupée de baise avec tout ce qui bouge, dans la touffeur insupportable de l’été tokyoïte. Le couple principal passe le film à se déchirer pour mieux se retrouver, les scènes d’amour ressemblant plus à des matchs de catch qu’autre chose (et ces gémissements permanents ! Mon dieu c’est insupportable). Sone n’en oublie pas moins ce glisser une critique acerbe de son milieu artistique (il a lui-même du traîner ses guêtres à Shinjuku), entre starlettes qui couchent pour percer et réalisateurs libidineux. La fidélité est une valeur inexistante, l’amour durable quasi impossible. Triste ou réaliste ?

Après cet interlude à la moiteur toute nipponne, nous attend un grand moment : la projection du chef d’œuvre de Fritz Lang, « Metropolis », dans une version longue restaurée (grâce à une bobine retrouvée à Buenos Aires !) et avec la musique originale de Gottfried Huppertz interprétée en live par le Nouvel Ensemble Contemporain.

C’est aussi pour ça qu’on l’aime le NIFFF : entre deux bébés qui se font exploser au fusil à pompe, on a la chance de voir des classiques du cinéma dans des conditions tout simplement exceptionnelles. Deux heures et demie de pur bonheur, pour un film d’anticipation d’une puissance rare qui n’a pas pris une ride. Le muet ça arrache encore de nos jours !

Énorme saut temporel avec « The Mooring », dans lequel une bande d’ados accros à internet et autre i-phones est envoyée en croisière fluviale de désintoxication. Manque de bol, les filles et leurs deux tutrices vont croiser un redneck agressif et sa compagne enrobée à la charmante dentition. Le couple infernal, qui devait s’ennuyer, décide de prendre en chasse les filles, pour le fun. Le massacre se révèle singulièrement frileux dans ce tout petit slasher sans intérêt. Le propos convenu et un fort sentiment d’inachevé (le côté techno addict des gamines est totalement sous-exploité, les méchants sont singulièrement creux voire même illogiques dans leur comportement) détruisent les qualités techniques entrevues (cadrage, découpage, photo). Vite vu, vite oublié.

Comme de coutume, le président du jury, le fameux cinéaste indé Jeff Lieberman, a le droit à son hommage. On ouvre avec son premier film, « Squirm » (1976), présenté par Lieberman himself, qui nous dit avoir appris sur le tas avec ce premier métrage. Il s’est inspiré des « Oiseaux » d’Hitchcock pour cette histoire de lombrics devenus mangeurs de chair humaine après avoir reçu les 300’000 Volts d’une ligne à haute tension. Le film accuse son âge et manque un peu de rythme, on retrouve la tendance des films de cette époque à faire une heure d’exposition et vingt minutes d’action. Mais pour un premier film réalisé à 25 ans, on pouvait détecter un certain talent dans les idées choc et la mise en scène. Un film pour la culture : on se sent moins bête en se couchant, pas trop tard (2h30 du mat’ seulement). Car le lundi, c’est marathon…

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