Plus de 10 ans après son animation « Renaissance », Christian Volckman a réalisé un nouveau film plutôt horrifique : « The Room ». Durant sa présence au « NIFFF » et face à notre caméra avec notre partenaire « Baka News Network », il a ainsi expliqué que la partie de « Monopoly » ne s’est jamais terminée et qu’il adore « Shining ».


Laurent Billeter : Bonjour Monsieur Volckman et bienvenue. On commence donc avec la toute 1ère… « The Room » s’avère être votre premier projet en qualité de scénariste et réalisateur. Comment ça s’est passé cette double casquette ?

Christian Volckman : Alors réalisateur, non. J’avais déjà fait un 1er long-métrage.

L. B. : Oui, mais vous n’aviez pas la double casquette.

C. V. : Oui et non…

L. B. : Ah…

C. V : En animation c’est très particulier parce que le film se fait aussi au storyboard et pas qu’en écriture. Mais une des raisons pour laquelle j’ai voulu écrire mon prochain film, c’est que je trouvais que je n’étais pas totalement satisfait du scénario de « Renaissance ». Je me suis donc lancé dans des recherches pour savoir ce que je voulais faire, ce qui n’était pas évident. Je voulais que ma réalisation soit personnelle. Mais j’ai eu du mal à travailler sur la mise en scène et ai remarqué que si on est faiseur, c’est-à-dire qu’on est capable de mettre en images le scénario d’un autre, on peut vraiment faire un bon travail. Mais pour moi, il faut que cela raisonne dans ma propre histoire pour y mettre les histoires correspondantes.

L. B.  : Comment avez-vous repéré la maison du tournage et où a eu lieu ce dernier ?

C. V. : Alors, le tournage devait se passer au Canada en août au départ. On avait un producteur à priori très bien, mais il nous a lâché à la dernière… Donc on a passé 6 mois là-bas à trouver tout ce qu’il nous fallait et au dernier moment, cela s’est effondré. Ce qui a été un peu dur, mais nos partenaires belges et luxembourgeois nous ont dit qu’ils prenaient le film. On a donc dû trouver une maison en Belgique. Comme il y a pleins de vieilles maisons et des terrains en friche, on a pu investir (les lieux) notamment dans une vieille maison qui était une copie d’un palais vénitien. Elle m’a semblé correspondre à certaines maisons dans certains états américains, comme La Virginie. Par rapport au 1er étage et pour des raisons budgétaires, on l’a reconstruit en entier en studio au Luxembourg.


L. B. : Donc par rapport à la villa d’origine, vous aviez finalement fait des transformations ou pas du tout ?

C. V. : Alors si. On est arrivés et elle était très belle dans son ensemble, mais il a fallu qu’on refasse toutes les patines. Tout ce qui était du revêtement, des couleurs ou de fabriquer des tableaux pour chaque pièce ou encore recréer des ambiances.

L. B. : Je rebondis justement sur les couleurs car elles ont une certaine importance dans l’histoire. Mais pour quelle-s raison-s ?

C. V. : Alors, c’est-à-dire elles ont une importance ?

L. B. : Par exemple, les murs ont une teinte toujours bien définie…L’extérieur de la maison aussi. Donc est-ce qu’elles ont pour vous, une importance particulière ?

C. V. : Je pense que c’est une attirance esthétique, y a pas une symbolique derrière. En fait, une partie des couleurs qui sont faites dans le film sont en lien avec ma période durant laquelle je peignais. Je pense que j’ai une palette de couleurs qu’on peut retrouver souvent dans mon film.

L. B. : Est-ce que vous avez aussi voulu dénoncer la surconsommation à votre façon ?

C. V. : Oui, y a un peu de ça dans le film. Mais c’était aussi sur les parents, avoir un enfant… C’est vrai que lorsqu’on a des enfants, cela nous renvoie une image de tout ce qu’on a envie de leur transmettre. Mais en fait, c’est un peu paradoxal car un enfant arrive avec une sorte de liberté totale. Mais finalement, toutes nos envies sont aussi celles d’enfermement. On va l’enfermer dans une culture, dans une langue. Je voulais aussi parler de ça, comment créer nos propres monstres qui finiront peut-être, par se retourner contre ce qu’on a voulu leur montrer.


L. B. : Pourquoi avoir choisi ce titre si mystérieux pour « The Room » ?

C. V. : Alors le titre nous a posé beaucoup, beaucoup de problèmes. Mais finalement, il est resté car au départ il était prévu comme titre de travail. On pensait qu’on trouverait mieux. On savait aussi qu’il y a le « The Room » du cinéaste… Allemand Thomas… (Tommy Wiseau en fait).

L. B. : Je sais qu’il y a déjà un titre de film identique, mais cela s’arrête là.

C. V. : Oui, donc on avait peur que cela nous fasse un peu de l’ombre ou que cela attire les spectateurs au mauvais endroit. Mais finalement, le principe de la chambre c’est que c’est une pièce qui est neutre. Les gens viennent dedans et selon leurs désirs, vont créer la tonalité de la chambre. « The Room » c’est assez neutre. A un moment donné, on a voulu l’appeler « My Room », mais ça devenait personnel et cela ne marchait pas très bien. Donc y a eu des titres qui traînaient et je crois que le vendeur international a dit que « The Room » était plus efficace pour lui et on a gardé ça.

L. B. : Et enfin, la partie de « Monopoly » engagée dans l’histoire, comment se finit-elle ?

C. V. : Non, alors d’abord la partie dans le scénario d’origine était plus longue. Finalement, on a quasiment tout sucré au montage. Mais évidemment, elle n’a pas été terminée (rires).