Le nouveau film du réalisateur new-yorkais surprend tout le monde ; et cela sur une route balisée, un terrain clôturé, bétonné et piétiné chaque jour par des milliers de pieds : le quotidien et sa banalité.


« Et si je vous proposais de suivre la vie répétitive d’un chauffeur de bus pendant une semaine ? Son réveil le matin, ses trajets dans la ville, ses promenades avec son chien, la bière qu’il boit au pub le soir, le moment où il va se coucher». Quel ennui, on s’endort déjà…
C’est pourtant à peu près de cette façon que Jarmush a dû présenter son projet, un beau matin, lorsque  après son petit-déjeuner ─ il s’est pointé penaud face à son producteur, et lui a dévoilé son nouveau film, aussi convaincant et convaincu qu’un marchand d’allumettes. Marchand d’allumettes peut-être, mais aux yeux pétillants, et à l’esprit vif, car derrière ses lunettes noires étincelait déjà un projet brillant. En effet, le nouveau film du réalisateur new-yorkais surprend tout le monde ; et cela sur une route balisée, un terrain clôturé, bétonné et piétiné chaque jour par des milliers de pieds : le quotidien et sa banalité. 
Paterson est chauffeur de bus, poète a ses heures perdues, et son quotidien est extraordinairement ordinaire. Si le film précédant de JarmuschOnly Lovers Left Alive proposait de suivre l’éternelle vie d’un couple de vampire; Paterson, bien qu’il n’ait pas des crocs et du sang qui coule de sa bouche, propose un thème encore plus effrayant. Car qui n’a pas horreur de la répétition de ses journées ? C’est avec génie que le poète-chauffeur de bus, ce jeune Paterson, nous montre l’envers du décor que nous connaissons tous. Mcgyver de la poésie, une allumette lambda lui suffit à enflammer les banalités !
Paterson propose donc sept journées du quotidien de Paterson qui habite à Paterson. Et c’est passionnant ! Sept trajets de bus, sept variations d’un même quotidien, qui nous révèlent l’extraordinaire derrière l’ordinaire. Une leçon de vie poétique dont on ressort le regard affûté.

  • Paterson
  • De Jim Jarmusch
  • Avec Adam Driver, Golshifteh Farahani
  • Amazon Studio
« Paterson », l’ordinaire extra-ordinaire
4.0Note Finale

A propos de l'auteur

Féru de cinéma, de poésie et d’art, Stefano Christen voit la critique comme un terrain de jeu où l’on ne garde pas sa langue dans sa poche. Non, on la sort toutes les cinq minutes, pour se remettre à l’heure.

Articles similaires