Les grands du cinéma américain s’allient pour défendre la liberté de la presse et rendre hommage aux journalistes qui ont changé le cours de l’histoire.


C

’est un trio des plus attendus que permet de réunir « Pentagon Papers ». L’emblématique Steven Spielberg s’offre deux acteurs tout aussi influents, Meryl Streep et Tom Hanks dans un film qui retrace un scandale d’Etat à propos de la guerre du Vietnam. Couverte par quatre présidents américains, qui ont menti et encouragé l’ignorance des citoyens, l’affaire aura mis trente ans avant d’éclater au grand jour.

Le film raconte l’épisode des fameux Pentagon Papers à la fin des années 1960 aux Etats-Unis. Ces documents classés « top secret », provenant du bâtiment de la Défense, contiennent les preuves écrites du consentement de quatre présidents américains à continuer le combat au Vietnam, tandis que ces derniers sont parfaitement conscients de l’impossibilité de remporter une telle guerre. Mais les révélations vont plus loin. Les Etats-Unis ont même truqué l’élection présidentielle du pays adverse. Pendant vingt ans, les pertes humaines considérables et les blessures des jeunes soldats survivants n’auront pas altéré la persuasion d’une Amérique toute puissante.

Contrairement aux « Hommes du Président », réalisé par Alan Pakula quarante ans plus tôt et qui précède « Pentagon Papers » dans la chronologie, ce dernier met moins en lumière le journalisme d’investigation que le choix éditorial crucial fait par la directrice du Washington Post. A la mort de son mari, Katharine Graham (Meryl Streep) se retrouve à la tête du quotidien de la côte Est. Concurrencé de près par le New York Times, le Washington Post reste avant tout un héritage familial précieux. La responsabilité est immense. Les métiers de l’édition ne sont pas faciles à exercer. Pour remplir pleinement sa mission, il faut savoir s’effacer derrière les enjeux de la profession. Tiraillée entre un devoir de démocratie envers la nation et la peur de trahir la mémoire de son défunt père en risquant la perte définitive du journal, Katherine Graham doit faire le choix de sa vie. Soutenue par son rédacteur en chef Bee Bradley (Tom Hanks), Katharine prend la décision, au péril de sa carrière et de sa liberté, de publier les Pentagon Papers à la place du New York Times, vrai dénicheur de l’affaire, mais qui à l’époque, fut censuré par le président Nixon.

Compte tenu du contexte historique du film, impossible de ne pas tirer de parallèles avec la situation politique américaine actuelle. Donald Trump ne s’est jamais privé de remettre en question la liberté de la presse, qu’il accuse de révéler de fausses informations. Les médias traditionnels qui n’affichent pas clairement leur soutien en faveur du gouvernement en place sont pointés du doigt. Un président qui est allé jusqu’à refuser l’accès de certains médias à la Maison-Blanche. Par ses manœuvres, Donald Trump met en danger la démocratie du pays en empêchant ainsi la presse d’exercer un contrepouvoir face au gouvernement et aux institutions politiques. Comme il y a quarante ans, aujourd’hui, aux Etats-Unis, l’Histoire se répète.

Pour Meryl Streep, pas sûr que le milliardaire comprenne vraiment le parallèle dont il est question dans le film. L’année dernière, alors que la cérémonie des Golden Globes récompensait l’actrice pour l’ensemble de sa carrière, celle-ci avait utilisé son discours pour défendre fermement le travail des journalistes. Avec « Pentagon Papers », elle concrétise enfin ces éloges et appuie ses convictions. Avec Spielberg et Hanks, ils adressent ensemble une mise en garde éloquente aux Américains et lancent un pic à l’administration qui siège actuellement à Washington.

Pentagon Papers (The Post)
USA   –   2017   –   Drama
Réalisateur: Steven Spielberg
Acteur: Tom Hanks, Meryl Streep
Universal Pictures
24.01.2018 au cinéma

 

"Pentagon Papers" : clame la liberté de la presse
3.5Note Finale

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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