« Replika » de Luc Walpoth

Avec son cinquième court-métrage, « Replika », Luc Walpoth franchit un palier et montre qu’on peut monter un court-métrage de science-fiction ambitieux avec des moyens relativement modestes. Prochaine étape, le long-métrage ? Posons-lui la question !


– Peux-tu d’abord brièvement nous retracer ton parcours, et ce qui t’a conduit à monter ta boîte de prod à Genève ?
– J’ai étudié le droit à Lausanne et comme le droit mène à tout, je suis parti étudier le cinéma à Paris à l’EICAR. De retour en Suisse, la majeure partie de mes connexions était à l’étranger. J’ai travaillé en France, en Italie, en Pologne et en Suisse en tant que réalisateur, chef-opérateur et producteur sur des courts et des publicités. Puis je me suis associé avec Klaus Pas, mon co-auteur, pour créer Turbulence Films en 2009. Il venait de finir son documentaire sur la crise alimentaire mondiale « Last Supper For Malthus » et de mon côté, je venais de finir la production de « 8 » un court-métrage réalisé par Acim Vasic qui est encore en distribution après six ans.

– Qu’est-ce qui t’a donné l’idée du sujet très actuel de « Replika » ?
– Un ami venait de perdre tout le contenu de son ordinateur et sa réaction m’a fait réfléchir quant à notre attachement aux machines qui nous entourent. J’ai combiné cela avec la tragique histoire d’amis proches qui ont perdu leur fils très jeune. De cela est née la prémisse : que ce passerait-il si un couple devait débrancher leur enfant, mais que cet enfant était une machine ? Puis le reste a découlé du processus d’écriture.

« Replika » de Luc Walpoth

– Pour faire de la SF, il faut un minimum de budget pour imposer son univers, ça ne t’a pas freiné ?
– Lorsque nous avons présenté le budget nécessaire pour faire le film, la première fois lors du European Short Pitch de Nisi Masa (workshop d’écriture européen), les autres participants ont ri. Il s’agissait d’un budget de 250’000 euros. Nous savions qu’il était possible d’avoir un budget de cette envergure vu que d’autres sociétés de production (comme Imaginastudio) avaient réussi à rassembler des budgets conséquents pour les films de genre qu’ils ont produits. Mon producteur, Alexandre Iordachescu (Elefant Films) était aussi confiant. Et tout le monde voyait le potentiel du projet. Il me restait à espérer que les commissions et les fondations suivraient cet enthousiasme général.

– J’ai vu que tu as participé à de nombreux ateliers d’écriture dans des festivals du monde entier, qu’est-ce que ça t’a apporté en général, et en particulier sur « Replika » ? Et comment se passe le travail avec ton co-scénariste Klaus Pas ?
– Les ateliers d’écriture sont toujours à double tranchant. Certains sont vraiment utiles, d’autres dénaturent ton projet. Il faut sans cesse s’accrocher à l’idée originelle pour garder ce qui a inspiré le projet, l’envie de base qui a créé l’étincelle. Klaus et moi travaillons depuis longtemps ensemble. Il a une très bonne vision d’ensemble, et connaît bien les ressorts de la dramaturgie. Pour ma part je m’intéresse plus aux détails et aux traits de caractère des personnages. J’essaie toujours de tordre un maximum les arcs dramatiques. Et parfois j’exagère, alors il me remet sur le droit chemin. Je pense que l’on se complète bien.

– Tu es en pleine discussion aux USA pour tenter d’adapter en long-métrage ce court, pourquoi aller outre-Atlantique ? Il n’y a pas les financements pour ces projets en Europe ?
– J’ai très envie d’aller tenter l’aventure outremer et je pense que c’est un projet qui s’y prête. Rien n’est encore signé et il n’est donc pas exclu que j’aille tourner un drame familial aux Etats-Unis et que je revienne produire « Replika » en Europe. Mais le contraire me semble plus logique, adapté et réalisable. Inch Allah !

« Replika » de Luc Walpoth

– Quelle fut la partie la plus compliquée dans la fabrication de « Replika » ? Où as-tu le plus appris ?
– La post-production fut très longue. D’un côté, il est difficile de décider d’arrêter le montage car avant d’avoir les effets spéciaux, le film ne ressemble pas à grand-chose. Or on ne commence pas les VFXs avant d’avoir clos le montage. D’un autre côté, tout l’aspect visuel en post-production fut long et cher et sans la co-production de Sapristi Studio à Lausanne, nous aurions eu beaucoup de mal à atteindre la qualité artistique que nous avons atteinte.

– Comment le court a-t-il été reçu dans les festivals ? Au dernier NIFFF, il semble avoir été plutôt chaleureux ?
– Le NIFFF fut une expérience fantastique. Le public est extrêmement réceptif et curieux et l’organisation et l’accueil sont superbes. Le film continue son parcours en festival, avec comme prochaines étapes le Dragon Con à Atlanta, le Shnit à Berne, le WOFF à Glasgow et probablement une distribution réduite dans certaines salles de cinéma du canton de Berne durant le mois d’octobre.

– Quelle est la prochaine étape pour toi ?
– Je suis en discussion pour le développement d’un long-métrage avec une boîte de production zurichoise et je réécris en ce moment le long-métrage de « Replika ». Que du long, que du bon !

www.replikafilm.com
www.turbulencefilms.ch