Seventh Son

Seventh Son


Ne proposant qu’un produit générique parmi tant d’autres, Seventh Son souffre d’un pauvre scénario et tend vers le ridicule.


Un mauvais sort semble avoir été jeté sur Seventh Son, la première production américaine de Sergei Bodrov, à qui l’on doit notamment l’épopée cinématographique Mongol (2007). En effet, la sortie du film aux États-Unis était initialement prévue pour février 2013 mais fut décalée une première fois à octobre de la même année – en raison d’effets spéciaux non finalisés –, puis une deuxième fois en 2014 – cette fois-ci suite à de problèmes de distribution. S’il ne sort qu’en février 2015 en Amérique du Nord, Seventh Son débarque en Europe cette fin d’année. Mais que cachent donc ces nombreux reports? Rien de plus que ce que l’on redoutait déjà.

Basé sur la saga de L’Épouvanteur de Joseph Delaney et plus spécialement sur le premier tome intitulé L’Apprenti Épouvanteur –, Seventh Son narre l’histoire de Thomas (Ben Barnes), un jeune fermier choisi pour incarner le nouvel apprenti de Maître Gregory (Jeff Bridges), un Épouvanteur dont la vocation est de combattre les forces du mal. Tout se complique lorsqu’une puissante et méchante sorcière au nom de Mère Malkin (Julianne Moore) s’échappe de sa prison et cherche à se venger de Maître Gregory. Aidée par son escouade de mages et de sorcières maléfiques, elle compte bien tout détruire sur son passage.

Seventh Son

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Comme il est possible de le déduire à partir de cette description, le film de Sergei Bodrov n’offre que peu d’originalité au genre de la fantasy, Seventh Son apparaissant comme un mélange entre Van Helsing et Buffy the Vampire Slayer auquel l’on aurait ajouter de basiques éléments génériques. Par conséquent, l’univers dépeint dans cette adaptation semble tristement similaire à ce que le cinéma et la télévision montrent depuis de nombreuses années, autant thématiquement que visuellement. La qualité inégale des effets spéciaux ainsi que la photographie n’aident guère, puisque l’ensemble paraît flou et plutôt repoussant.

Dans cette bouillie digitale, le réalisateur parvient toutefois à livrer quelques bons segments d’action, à l’instar de la scène d’introduction et de celle ultérieure d’attaque de la ville. Dans ces séquences, il fait preuve d’aisance dans l’alternance des échelles – les ennemis se transformant régulièrement en monstres – pour fournir des passages efficaces, sans avoir besoin de recourir à un montage sur-découpé pour feinter un dynamisme inexistant.

L’un des atouts du film réside dans son casting pour le moins improbable qui permet à Jeff Bridges et Julianne Moore de se réunir quinze ans après The Big Lebowski des frères Coen. Malheureusement, les acteurs ne semblent guère savoir sur quel pied danser ; un constat visible très rapidement, dès la première apparition de Moore à l’écran, où elle revêt un costume outrancièrement gothique. Dans tout son glamour, elle incarne cette sorcière monstrueuse et que l’approche manichéenne rend véritablement méchante. Ainsi ouvertement mis en scène, l’ensemble ne convainc peu et paraît difficilement crédible.

Seventh Son

Seventh Son

D’autres acteurs internationaux sortent également de leur personnage, tels que Antje Traue – la sbire de Zod dans Man of Steel –, qui prête ses traits à la sœur de Mère Malkin d’une manière embarrassante, tant elle l’aborde unilatéralement et si sérieusement. Cette approche avec laquelle Seventh Son semble avoir été entièrement conçu l’entraîne dans le ridicule duquel il peine à se défaire. Quant à Ben Barnes, il fait au mieux pour incarner son personnage, mais le développement scénaristique hasardeux de celui-ci l’empêche d’être vraiment crédible. Au final, seul Jeff Bridges semble savoir que faire de son personnage, alternant entre l’ivrogne faussement stupide et le vieux maître bougon mais comique.

Sachant que l’épopée de Joseph Delaney ne connaît pas la même popularité que d’autres sagas littéraires, Seventh Son pourrait avoir de la peine à remplir les salles. La romance abusivement clichée et la pauvreté globale du scénario risquent par ailleurs de ne guère avantager le bouche-à-oreille. Malgré son approche générique et peu inspirée, le film de Bodrov devrait néanmoins satisfaire les fans assoiffés de fantasy puisqu’il propose une bonne quantité d’action et de créatures en tous genres, le tout étant renforcé par la bruyante orchestration de Marco Beltrami.

(Critique originellement parue sur Twitchfilm)

Seventh Son
De Sergei Bodrov
Avec Jeff Bridges, Julianne Moore, Ben Barnes, Antje Traue, Kit Harington
24/12