Après des années de travaux, le nouveau Centre de recherche et d’archivage de la Cinémathèque ouvre enfin ses portes à Penthaz. Entre conservation et restauration de nos richesses, la transformation des pellicules en fichiers informatiques s’impose comme un défi majeur en cette ère numérique.


C’est en pleine campagne vaudoise que sont nichés les trésors du cinéma helvétique. A Penthaz, le bâtiment de 53’500 m2 abrite des salles de conférences, de visionnement et consultations d’archives filmiques comme non-filmiques. Un véritable labyrinthe lorsqu’on y explore les méandres. Pour l’anecdote, les fenêtres de la bâtisse font également office d’écran interactif de présentation pour le musée, sur lequel on peut y admirer les extraits des films qui font l’histoire du cinéma. Le septième art y devient alors, symboliquement, cette formidable ouverture sur le monde, cet « oeil ouvert », pour reprendre la métaphore du philologue romaniste français Joseph Bédier.

Fondée en 1948, la Cinémathèque suisse demeure la seule institution nationale qui recueille et préserve l’essentiel de la production cinématographique et audiovisuelle du pays. En 1988, elle acquiert d’anciens ateliers de reliure dans la commune de Penthaz. Une fois rénové, le bâtiment est officiellement inauguré quatre ans plus tard. En 1998, ce dernier est racheté par la Confédération. Le Parlement vote un crédit d’aménagement de 49,5 millions de francs en 2008, puis le chantier du Centre de recherche et d’archivage débute en 2010. En 2017, le crédit est finalement augmenté de 5,1 millions, une part devant supplémentaire devant être allouée au numérique. Le prix à payer pour ce devoir de mémoire.

Actuellement, le Centre de recherche et d’archivage regroupe deux collections : la première est réservée au département du film, tandis que la seconde regroupe les objets dits non-filmiques, tels que les affiches, les photographies, les scénarios, les livres, les dossiers de presse, le matériel promotionnel, les appareils cinématographiques, autant d’objets qui témoignent de l’histoire du septième art depuis le début du 20ème siècle,  toutes langues nationales confondues. Un critère de préservation important compte tenu du plurilinguisme de notre pays. A l’étage du bâtiment, l’iconographie est manipulée avec minutie et grand soin. Les éventuelles déchirures sont consolidées à l’amidon.

Des pellicules bien gardées 
Le lieu recèle plus de 85’000 films, 700’000 bobines, 500’000 affiches et 10’000 scénarios ou encore 2’500’000 photographies, pour ne citer qu’une partie de cette immense collection relative à l’univers cinématographie. Et à l’étage des coupures de presse, dont les exemplaires de périodiques sont estimés à 720’000, le plan d’urgence en cas d’incendie est clair : « le Suisse d’abord ! ». Si la guerre éclate, des copies numériques sont planquées dans un abri anti-atomique, non loin de la bâtisse principale.

« Les films en nitrate, qui ont été réalisés entre les années 1900 et 1950, doivent impérativement être conservés à une température se situant entre 5 ou 6 degrés, sans quoi les films s’abîmeraient et risqueraient de ne plus être exploitables », explique Caroline Fournier, chef du département Film. C’est donc dans un grand frigo souterrain que sont entreposées toutes les bobines, soit un total de 160 millions de mètres de pellicule qui s’étalent au fil des rayons.

De la pellicule au fichier informatique 
« Numériser les films, c’est garder le cinéma vivant. Et là est notre nouveau défi ! », affirme Caroline Fournier. La numérisation des films, photographies et affiches promotionnelles permet en effet de conserver ces richesses dans le temps, les rendant davantage accessibles, et ce au plus grand nombre. Axé sur la recherche, le nouveau Centre encourage la collaboration entre archivistes, chercheurs, cinéastes professionnels, étudiants et visiteurs. Les collections de films sont consultables sur place.

Le Centre sera officiellement inauguré le 6 septembre prochain. Et c’est le conseiller fédéral Alain Berset qui aura l’honneur de « couper le ruban », se réjouit déjà Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse depuis 2009.

www.cinematheque.ch

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

Articles similaires