Les Cowboys de Thomas Bidegain

Le réalisateur français n’aurait jamais cru que son premier film, qui monte un père désemparé mais tenace sur les traces de sa fille partie en Syrie, s’inscrirait en plein dans une actualité brûlante.


Thomas BidegainThomas Bidegain, vous filmez l’histoire d’une obsession, celle d’un père à la recherche de sa fille partie rejoindre un compagnon djihadiste…
Oui, l’histoire d’une quête. Hitchcock comparait le rythme de la quête à celui du cinéma. J’avais envie de raconter une histoire ambitieuse, avec une dimension d’aventure. Plus jeune, les films de studios où les personnages nous embarquaient dans une histoire, aussi rocambolesque soit-elle, me fascinait. Ce qui m’en reste, c’est surtout l’idée de toujours être à hauteur de personnages, jamais en surplomb, et d’en apprendre sur le monde à travers leurs yeux. Le 11 septembre nous a révélé un état de guerre, et j’avais envie de raconter les dix premières années de ce siècle à hauteur d’homme et de femme.

Dans quel ordre sont venues les différentes idées du film ? En particulier la trame de fond du western…
Le film commence en 1994 et se termine en 2012. A l’époque, on a eu le sentiment d’assister à une guerre de civilisation. Même si je ne souscris pas à une opposition simpliste des choses, raconter notre temps à travers la métaphore des cowboys et des indiens me semblait valable. J’espère qu’en allant voir le film, les gens verront des personnages et non pas des communautés. Quand on réfléchit en terme de communauté, on est cuit.

Dans « Les Cowboys », la petite histoire devient la grande…
Oui, on a essayé de faire se rencontrer la petite histoire et la grande, à travers le western, raconter un pan de l’histoire du cinéma.

En réalisant votre premier film, avez-vous peur qu’on ne se souvienne plus de vous comme scénariste (ndlr : Thomas Bidegain est connu pour sa collaboration avec Jacques Audiard sur les scénarios des films « Un prophète » et « De rouille et d’os ») ?
J’ai eu peur de ça au début. Travailler comme scénariste est très agréable, mais le mieux reste d’avoir la possibilité d’écrire et de passer derrière la caméra. Avec « Les Cowboys », j’ai eu le sentiment de chanter ma propre chanson…

Les Cowboys de Thomas Bidegain

Les Cowboys de Thomas Bidegain

Je vous cite : «un bon scénariste c’est quelqu’un qui travaille avec un bon réalisateur. » L’inverse s’applique ? Comment travaillez-vous avec votre coscénariste Noé Debré ?
Ma collaboration avec Noé remonte maintenant à quelques années. On a écrit « Dheepan » avec Jacques Audiard, « La résistance de l’air » qui sortira en juin et puis « Les Cowboys ». Oui, ça aide beaucoup pour un réalisateur de travailler avec un bon scénariste.

Vous concevez le métier de scénariste comme un travail de longue durée, qui ne s’arrête pas au texte dit fini. Même au tournage, on doit s’attendre à vous voir ?
En effet, en écrivant pendant le tournage, je me donne la liberté de modifier les scènes. Il y a plein de façons d’écrire des histoires : l’écriture de pièces de théâtre ou de romans… Un scénariste n’écrit pas des histoires, mais des films. Il est vrai que j’accompagne souvent les films pendant leur tournage, car ils sont appelés à évoluer. Pendant le tournage des « Cowboys », Jacques tournait « Dheepan ». On a pu venir sur le tournage de l’un et de l’autre et nous raconter nos misères. Nos films ont été terminés à deux jours d’écart pour leur entrée à Cannes. Pour une fois, nos deux bateaux naviguaient côte à côte.

Les Cowboys de Thomas Bidegain

Les Cowboys de Thomas Bidegain

Et la Palme d’Or pour « Dheepan »…
La Palme d’Or c’est le toit du monde, la récompense suprême !

François Damiens a dit sur un plateau que vous l’aviez envoûté. Grâce à quel sortilège ?

(Rires). J’adore François ! J’ai tout le temps envie de le prendre dans mes bras. Je ne sais pas si je l’ai envoûté, en tout cas je suis ravi qu’il le dise. Je crois que j’ai vu en lui quelque chose que les autres réalisateurs avec lesquels il a travaillé n’avaient pas encore vu. Très vite, j’ai eu envie de lui pour incarner le personnage d’Alain, un personnage à la fois fort, avec de l’autorité et extrêmement touchant. Il a tout ça François, il est magique ! 

Les Cowboys de Thomas Bidegain

Les Cowboys de Thomas Bidegain

« Les Cowboys » aurait pu avoir pour titre « L’héritier », où avez-vous trouvé Finnegan Oldfield ?
Il a fallu chercher. J’ai vu beaucoup de comédiens et de non comédiens, des dizaines. Et puis Finnegan s’est imposé, car il a quelque chose de mystérieux. De plus, tout comme le personnage de Kid, Finnegan est un garçon silencieux, donc je l’ai également pris pour ce qu’il est.

A un moment donné un personnage dit « Votre fille n’est plus votre fille » comme s’il fallait s’y résoudre, une sentence qui sonne comme le constat d’échec implacable…
Il se trompe, tout comme Alain qui cherche sa fille de façon obstinée. J’avais envie de parler de ce long moment d’histoire et de la façon dont on peut peut-être se réconcilier. Ma fille sera toujours ma fille, ma sœur toujours ma sœur.


Les Cowboys – Bande-annonce par TheDailyMovies

Les Cowboys de Thomas Bidegain

Les Cowboy
De Thomas Bidegain
Avec François Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne…
Genre : Drame
Au cinéma le 25 novembre 2015