Dans son dernier long-métrage, tourné clandestinement, Jafar Panahi fait fi des contraintes de la censure iranienne et nous offre avec « Trois Visages » un regard sensible et néanmoins critique sur son pays.


Depuis 2010, le réalisateur iranien n’a plus le droit d’exercer son métier et ne peut quitter son pays, après avoir filmé le mouvement de protestation contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. Qu’à cela ne tienne, l’ancien assistant d’Abbas Kiarostami continue de tourner et réalise en 8 ans 4 films qui ont fait le tour des festivals, tandis que Panahi est assigné à résidence à Téhéran. « Trois Visages » nous montre à voir la communauté d’un petit village du Turkménistan iranien, gangrénée par ses traditions et croyances, au sein de laquelle toute liberté, surtout artistique, est quasi impossible.

Le film, à mi-chemin entre le réel et la fiction – Jafar Panahi et l’actrice Behnaz Jafari y jouent leurs propres rôles – s’ouvre sur une vidéo effrayante, adressée à l’actrice. Une jeune fille du nom de Marziyeh (Marziyeh Rezaei) supplie l’actrice de lui venir en aide. Admise au conservatoire de Téhéran, elle ne peut s’y rendre, car sa famille conservatrice s’oppose catégoriquement à son rêve de devenir comédienne. L’adolescente décide de mettre fin à ses jours, devant la caméra de son téléphone. Canular ou sordide fait divers ? Jafari laisse en plan le tournage de sa série pour s’aventurer dans le village reculé de Marziyeh, afin de découvrir la vérité. Elle embarque son ami Jafar Panahi en guise de chauffeur. Après un voyage éprouvant, les deux citadins se heurtent à une population rurale et butée, qui ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée de ces « saltimbanques », encore moins lorsqu’il s’agit de retrouver Marziyeh, tenue à l’écart de la communauté à cause de son désir de devenir comédienne. C’est dans ce même village que vit Shaharzad, ancienne vedette de cinéma déchue, dont la gloire n’est qu’un souvenir du temps du chah. Tout comme Marziyeh, elle est rejetée de tous. Shaharzad et Marziyeh forment avec Behnaz Jafari les trois visages des actrices en Iran, à travers trois générations.

Tourné en un mois, en grande partie dans un 4×4 qui s’avère un excellent studio mobile, ce roadmovie atypique, dénonce subtilement la situation politique de l’Iran. Ode à la liberté, «Trois Visages» montre que le 7e art n’a que faire de la censure.

3 Faces (Trois Visages)
IRN   –   2018   –   110 Min.   –   Drama
Réalisateur: Jafar Panahi
Acteur: Behnaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei, Maedeh Erteghaei, Narges Delaram
Filmcoopi
04.07.2018 au cinéma

« Trois Visages » : Filmer envers et contre tout
0.0Note Finale