Yéti, le géant d’un autre monde

Yéti, le géant d’un autre monde

« Quand on veut péter plus haut que son cul, on fait un trou dans son dos (proverbe picard) ». C’est à peu près ce qu’aurait dû se rappeler Gianfranco Parolini avant d’entreprendre le tournage de ce film qui allait le faire passer à la postérité d’une manière assez peu enviable. Car nous assistons là au crash en piqué du cinéma bis italien, qui se couvre de ridicule en voulant copier servilement les superproductions hollywoodiennes.

COMPLETEMENT KONG
Après « L’Homme Puma », intégralement conçu comme une réponse italienne à « Superman », le cinéma italien s’engage ici sans peur dans un second round, qui consiste à rivaliser avec « King Kong ». Dino De Laurentiis avait en effet lancé la production de son remake du film de 1933, déchaînant la frénésie des plagiaires de tous poils : on vit ainsi fleurir « Le Colosse de Hong Kong », l’américano-coréen « King Kong revient » (alias « A.P.E. »), le piteusement parodique « Queen Kong » (le seul film à avoir eu un procès) et enfin ce « Yéti… » qui, s’il n’est pas le pire du lot, remporte haut la main la médaille du nanar le plus kong.

Prudemment caché sous le pseudonyme de Frank Kramer, Parolini mixe frénétiquement des éléments du scénario de « King Kong » : un scientifique et un profiteur capitaliste confrontés à l’exploitation d’un monstre géant dont ils ont fait la découverte ; ledit monstre lâché dans la nature. On rajoute dans la tambouille des gamins énervants et un chien savant pour plaire au jeune public, on agrémente l’ensemble d’une musique branchée (enfin, branchée dans les années 70) et on sert le tout : si on ne vend pas ça partout dans le monde, c’est à vous dégoûter d’être malhonnête !

Patatras : non seulement le remake de « King Kong » n’obtint pas le succès escompté, plombant les espoirs des suiveurs, mais Parolini ne réussit même pas à fourguer son bébé aux studios américains dont il espérait un investissement. Faute d’avoir fracassé le box-office, « Yéti, le géant d’un autre monde » devait demeurer dans les mémoires comme un magnifique accident industriel, digne des plus beaux gadins de l’arrière-ban du show-business.

EFFETS TRES SPECIAUX
Le récit démarre sur les chapeaux de roue avec la découverte dans les glaces du Groenland du corps d’un yéti congelé. Morgan Hunnicut, industriel adipeux, persuade son ami le Professeur Waterman de diriger l’opération « décongélation du yéti ». Puis des méchants capitalistes concurrents décident de saboter l’opération « Yéti » afin que leur ennemi ne s’en mette pas plein les fouilles. Le terrifiant géant va s’échapper en ville et briser de la maquette à tour de bras. Les héros vont-ils arriver à le maîtriser ?

Le grand dérapage du film se situe à un niveau purement technique. Dès l’apparition de la créature-titre, l’évidence se fait jour : les effets spéciaux sont les pires jamais conçus depuis les premières années du cinéma muet. Le yéti est en effet interprété par un acteur revêtu d’un costume de fourrure et les surimpressions destinées à nous faire croire que la créature géante partage l’image avec les acteurs nous donnent droit à quelques-unes des transparences les plus ratées jamais vues !

Le comédien interprète du yéti, un certain Mimmo Crao, tente de donner le change en en faisant des tonnes avec l’énergie du désespoir, dans deux registres : « cocker battu en manque de câlins » pour les séquences émotion et « cris de Bruce Lee » pour les scènes d’action. Cela nous vaut un véritable festival de cabotinage qui, marié à l’incompétence technique généralisée, donne lieu à une double strate de catastrophe artistique.

A tout prendre, le film n’est pas ce que le bis italien nous a offert de pire, d’un point de vue purement cinématographique. La mise en scène est à peu près correcte et les acteurs font plutôt bien ce qu’on leur demande de faire. Toujours est-il qu’entre les prises de vue et l’intégration du yéti au reste de l’image, quelque chose s’est passé, qui nous a valu les images les plus techniquement pourraves de toute l’histoire du cinéma, à croire que le yéti était découpé à même la pellicule avec des ciseaux, puis collé sur les images avec de la super glu bien baveuse. Ajoutons enfin que personne ne semble s’être mis d’accord sur la taille du yéti qui mesure, selon les plans, dix, vingt ou cinquante mètres de haut. On n’en est plus à ça près.

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[Nikita Malliarakis]

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