3 Dev Adam

Retrouver Captain America, Santo et Spiderman à l’affiche d’un film turc, forcément ça fait saliver le nanardeur. Pourtant ce n’est pas tellement surprenant. Quiconque a déjà côtoyé le cinéma populaire turc des années 70 et 80 sait le peu de cas que cette industrie faisait de la propriété intellectuelle, en particulier des films américains à succès. « Turkish Star Wars », « Turkish Star Trek », « Turkish E.T. »… Les titres mêmes sous lesquels ces films sont passés à la postérité sont éloquents.

SPIDERMAN LE SADIQUE !
Ce qui est plus étonnant, c’est quand l’un de ces films se retrouve complètement à côté de la plaque quant à la façon dont il recycle tel ou tel personnage de la pop culture internationale. Si le but est de surfer sur la popularité des super-héros américains, la logique pour satisfaire son public voudrait qu’on présente une version un tant soit peu cohérente avec son modèle. Ainsi même dans d’obscures productions turques ou indiennes, Superman est habillé en bleu et rouge et vole dans le ciel. Tout ça pour dire qu’on se demande encore ce qui a bien pu passer par la tête des auteurs de « 3 Dev Adam » pour faire de Spiderman… un serial killer sadique !

Le scénario du film est vite expédié : Santo et Captain America (qui « parle très bien le turc ») sont en Turquie sur les traces de Spiderman, célèbre gangster international à la tête d’un trafic d’objets d’art et de fausse monnaie. La lutte contre la contrefaçon est à l’évidence une priorité en Turquie… C’est pourtant là le moindre des crimes de l’homme-araignée, qui au cours du film assassine des femmes de façon sans cesse plus cruelle : l’une est étranglée dans sa baignoire avec le tuyau de la douche, une autre a la tête déchiquetée par l’hélice d’un bateau, une troisième est empalée sur un tisonnier. La personnalité psychopathique du Spiderman turc s’exprime aussi vis-à-vis des hommes : il élimine notamment un mafioso rival avec, non pas un banal lance-toiles à la Peter Parker, mais un COUTEAU A CRAN D’ARRET, et punit un de ses pauvres sbires incompétents en lui faisant dévorer les yeux par des rats (en fait deux pauvres hamsters !!!).

Pour les costumes, celui de Spiderman, vert et rouge, semble clairement avoir été bricolé à partir d’un jogging mité sur lequel on aurait dessiné une araignée au feutre, tandis que celui de Captain America a l’air de venir tout droit du rayon jouets de la Foir’Fouille de Porrentruy, mais sans son bouclier qui était en supplément.

Santo est plus réussi, mais il faut dire qu’il n’a besoin que d’un masque, d’une cape et d’un legging. Cette austérité vestimentaire jouera d’ailleurs des tours au roi des luchadores : infiltré chez les méchants, il trouve des papiers importants traînant sur un bureau et n’a d’autre choix pour les emmener avec lui que… de les fourrer dans son slip !

CROSS-OVER IMPROBABLE
La présence du mexicain Santo entre deux super-héros américains peut surprendre, mais s’explique en fait simplement par la grande popularité du personnage en Turquie dans les années 60 (il y a même paraît-il une statue de Santo devant un cinéma d’Istanbul). Seule entorse majeure au personnage original : son ersatz ottoman quitte régulièrement son masque !

Dans ses deux premiers tiers, le film alterne des phases d’enquête de nos deux héros, de bonnes bagarres à intervalles réguliers et, de temps en temps, Spiderman qui commet un nouveau crime révoltant. C’est dans la dernière partie que commence une espèce de running gag dément : Captain America et Santo arrivent enfin à coincer Spiderman et à le forcer à les affronter d’homme à homme. Seulement voilà : à chaque fois qu’ils croient l’avoir latté une bonne fois pour toutes, un autre Spiderman surgit en criant très fort « HA HA HA ! » et ils doivent lui courir après pour le tabasser. Ça dure comme ça jusqu’à la fin, avec pas moins de 9 Spidermen que Santo et Captain America devront déboiter avant de tomber sur le vrai. Ou en tous cas, sur le dernier. On sent bien que ce manège finit par les rendre un peu soupe au lait, vu comment chacun des derniers Spiderman sera respectivement broyé dans un étau industriel, écrasé par un monte-charge et décapité par un train. Ils l’avaient bien cherché, ces p’tits enfoirés !

[Julien Gautier]

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