Un fait divers indicateur de la température humaine de l’endoctrinement, la peur utilisée comme flambeau de l’ignorance des croyants comme des laïcs. Un système défaillant et dépassé par l’utopie du credo que l’intelligence individuelle est le miroir de la conscience communautaire. Samuel Paty sacrifié sur l’autel des vanités et des dictatures.

Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, un professeur d’Histoire et de Géographie français, est assassiné avec cruauté. Pour avoir illustré un cours sur la liberté d’expression avec le matériel scolaire approuvé par l’Éducation Nationale incluant des dessins satiriques du magazine Charlie Hebdo, l’enseignant est pris à partie et pointé du doigt. Un tourbillon de mensonges, de malentendus, de refus de communiquer et de diffamations vont avoir raison de lui.

Cet événement fait face à l’abandon d’un professeur par un système étatique qui minimise l’impact des idéologies. On peut s’attarder sur les détails utilisés, mais c’est aveugler la vérité. Cette vérité si chère à chacun et pourtant tellement personnelle. Finalement ce qui choque les uns n’interpelle même pas les autres. Alors pourquoi un tel déferlement de haine lorsque l’on touche aux croyances et principes de celui d’en face ? Simplement parce que l’échelle de valeurs définit justement l’être, parce que sans elle l’identité serait chancelante et l’existence mise en péril. Ce n’est bien entendu qu’un miroir aux alouettes. Chacun peut se repositionner et évoluer vers une autre version de soi. Le problème, c’est que cette action demande de l’énergie et du courage. Dépenses que peu de personnes sont prêtes à engager.

Le film, qui retrace les événements qui ont conduit au drame, se veut authentique le plus possible, sans fioritures ni perte de temps. Le récit est simple, fluide comme pour proposer une vision juste et impartiale. L’observation du silence des acteurs de toutes parts se heurte à l’obstination et à la rage des agitateurs. La conviction de rendre justice à la réalité se trouve presque muselée devant la volonté de se révolter contre des faits non avérés car non vérifiés. C’est en soi ce qu’il y a de plus grave. Plus atroce même que le meurtre de Samuel Paty est l’absence du réflexe de prise de distance et de devoir de documenter. Oui, on pourrait lancer un débat inutile sur les dangers des réseaux sociaux et leurs dérives multiples de contenus poubelle, mais ce serait reproduire la facilité de haine et de violence qui ont amené à la fin dramatique d’un enseignant qui a décidé de ne pas céder à la terreur.

A mon sens, ce long métrage est un cas d’école, sans mauvais jeu de mots, pour qui veut apprendre ou faire la démonstration de comment se méfier des on-dits. C’est presque un documentaire. Grâce aux éléments de l’enquête menée, le scénario a pris vie avec la meilleure exactitude de la suite de l’engrenage qui a tissé l’atrocité. Ce qui est certain, c’est que ce film fait écho au fameux devoir de mémoire auquel nous devons tous et toutes nous soumettre. N’hésitez surtout pas à profiter de l’enseignement de cette œuvre.

Réal. : Vincent Garenq
Acteurs, Actrices : Antoine Reinartz/Emmanuelle Bercot/Nedjim Bouizzoul
Distrib. : Xenix Film
Sortie : le 03 juin 2026
Genre : Drame
Durée : 100 minutes


