Le succès des « Dents de la Mer » engendra une kyrielle de copies plus ou moins bien inspirées. Tout le bestiaire aquatique fut mis à contribution pour aller manger du baigneur : requins bien sûr, mais aussi crocodiles, piranhas, barracudas ou calamars… Il ne manque guère que le bigorneau tueur, et encore, je suis sûr qu’ils y ont pensé.

TOUTE RESSEMBLANCE…
Comme toujours dans ce domaine, les Italiens se montrèrent particulièrement actifs puisqu’on peut compter près d’une bonne quinzaine de nanars monstruo-balnéaires tous plus ringards les uns que les autres. Et tout au fond de l’épuisette, on trouve ce « Shark – Rosso nell’oceano » signé Lamberto Bava.

Dans la longue liste des bisseux italiens, le petit Lamberto fait figure de tâcheron besogneux. Fils du prestigieux Mario Bava, il est la preuve vivante que le talent n’est pas héréditaire (quoiqu’on s’en doutait déjà avec Anthony Delon et Lou Doillon). Il a d’abord commencé comme assistant au côté de son père avant de livrer ses propres films, tous assez mauvais, pour terminer à la télévision (« La Caverne de la Rose d’Or », c’est lui !).

Lamberto nous entraîne ici dans une petite station balnéaire de Floride, où quelques vacanciers se font mystérieusement boulotter par une grosse bête à tentacules. Un shérif enquête mollement et demande de l’aide à un océanographe local pour identifier la menace.

Le courageux scientifique est interprété par le très très fade Michael Sopkiw, Américain exilé en Italie habitué de ce genre de productions. Il profite d’une vague ressemblance avec Terence Hill pour compenser un manque évident de charisme et de jeu d’acteur. Accompagné d’une assistante blonde et d’un pote marin, il part sur son bateau sonder la côte et tombe sur un écho sonar fort inquiétant : un truc gros, rapide et accompagné d’une musique au synthé qui repompe « Les Dents de la Mer ». On a droit à une mini course-poursuite sur le thème : « Mon dieu ça fonce à 25 nœuds et c’est énorme et zut il nous a échappé ».

CRAIGNOS MONSTER
Pendant ce temps, le mystère rôde dans un centre scientifique voisin où se trament de bien sombres projets. Un type mystérieux dont on ne voit que le bras donne l’ordre d’éliminer « ceux qui en savent un peu trop ». Un tueur patibulaire étrangle donc une secrétaire qui détient des informations compromettantes. Puis il la déshabille et maquille la mort en électrocution dans la baignoire, ce qui permet à Lamberto de caser quelques plans nichons, c’est toujours ça de gagné. Il s’attaque ensuite à la fiancée de notre océanographe, lequel, après un petit chagrin de quoi, douze minutes, se consolera dans les bras de l’assistante blonde.

Mais venons-en au cœur nanar du film : le monstre. Prenez une grosse tête sphérique, toujours à moitié immergée, protégée par des écailles orange (un fils caché de Casimir ?) garnie de deux rangées de dents tellement énormes qu’elles ne tiendraient pas dans la gueule du monstre si celui-ci tentait de la fermer (ce qu’il ne fera jamais : la partie mécanique du monstre est réduite au strict minimum pour des questions de budget). Ajoutez une demi-douzaine de tentacules qui s’agitent mollement, forçant les proies à s’entortiller elles-mêmes, et vous obtenez un sérieux candidat au Craignos Monster Award.

La suite est classique : nos héros repartent en chasse, l’un d’eux se fait bouffer (surprise !), on découvre que le monstre est un requin préhistorique modifié génétiquement dans le fameux centre scientifique et un bon vieux guet-apens des familles à base d’appeau et de lance-flammes aura raison de la bestiole.

Le plus incroyable dans l’histoire, ce n’est pas tant le design du monstre mais qu’il ait fallu pas moins de quatre scénaristes pour en arriver à ce résultat ! Dont Luigi Cozzi, déjà responsable des « Hercule » et autres « Sinbad » (bientôt dans ces pages). C’est dire si ce film est la quintessence de la nanardise made in Italia : musiques synthé de supermarché, acteurs inexpressifs ou surjouant comme des malades, trucages au rabais… du tout bon !

Pour ceux qui voudraient se le procurer, un DVD français pas cher existe, édité par Alexxprod (www.alexxprod.com) sous le très seyant nom « Shark, le monstre de l’apocalypse » !

www.nanarland.com

[Richard Tribouilloy]

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