Un réalisateur qui s’amuse à faire des films de cinq heures et qui a toujours une place au Festival de Cannes, c’est toujours intriguant. De quoi se demander à quoi peut bien ressembler le cinéma de cet auteur et pourquoi il n’a toujours pas réussi à imposer son style chez nous. Pourtant, les cinéphiles helvétiques sont friands de ce genre d’œuvre !


Dans la presse spécialisée française, on connaît le réalisateur Ryūsuke Hamaguchi sous le surnom, difficile à porter, de « Rohmer japonais », qui fait référence à l’une des figures majeures de la Nouvelle Vague, Éric Rohmer. C’est donc avec curiosité que nous nous plongeons dans son univers romanesque. Et dès l’ouverture d’Asako, une sorte de pré-générique d’un quart d’heure quand-même, on rentre tout de suite dans l’univers du réalisateur. Celui qui se plaît à mettre toute l’énergie passionnelle qu’il cherche à insuffler à ses images, le résultat est convainquant et beau. Sans trop dévoiler, on ne peut pas passer à côté du coup de foudre qui unit la tendre Asako à ce brun ténébreux prénommé Baku, un passage fort qui parvient à être mis en scène avec une poésie qui nous font immanquablement partager cette romance post-adolescente, chacune de leur étreinte étant alors une explosion de douceur dans laquelle on se plaît à vouloir se plonger du début et jusqu’à la fin du film.

Une fin qui va tarder à arriver puisque les moments intenses n’étaient que le premier quart d’heure d’un long-métrage de deux heures. Car après, plus rien d’aussi intense que le début du film. La faute peut-être à Baku qui s’en va trop tôt et qui sera remplacé par Ryohei, un golden boy sosie de Baku. Une nouvelle relation qui ne retrouvera jamais la moindre intensité émotionnelle de cette ouverture du film.

Le film va alors multiplier de longues scènes de conversations, des scènes qu’on a du mal à comprendre comme celle d’Asako en train de manger des huitres au lieu de montrer ou se focaliser sur son choix entre Baku et Ryohei. Et comme si le film n’était pas déjà assez long, il s’engouffre après cette scène dans un interminable épilogue, sous forme de retour à une vie simple avec une routine. Dans le cinéma, les histoires autour d’un triangle amoureux sont nombreuses, et même si le parcours de femme faisant le choix de la sécurité plutôt que l’amour peut sembler simpliste comme histoire, entre les mains du réalisateur Ryûsuke Hamaguchi le récit amoureux d’Asako devient original et captivant, mais peut-être trop complexe pour un public non averti.

Asako I & II
JPN, FR   –   2018   –   118 Min.   –   Drama
Réalisateur: Ryûsuke Hamaguchi
Acteur: Masahiro Higashide, Erika Karata, Sairi Itô, Kôji Nakamoto, Kôji Seto, Misako Tanaka, Daichi Watanabe, Rio Yamashita
Sister Distribution
10.04.2019 au cinéma

"Asako I & II" : le "Rohmer japonais" est de retour!
3.0Note Finale