Elle a l’air belle la vie de paysan. Famille nombreuse, de belles fêtes et un décor magnifique en pleine nature, pourtant Edouard Bergeon dépeint dans « Au nom de la terre » une tout autre réalité, une triste réalité, celle de son père et de tout paysan dans le monde moderne.


Guillaume Canet, qui porte pour beaucoup une certaine image de bobo écolo, a été élevé à la campagne et le monde des agriculteurs, il l’a côtoyé pendant toute son enfance. C’est sans doute pour cette raison qu’il a décidé d’incarner le rôle principal dans le projet d’Edouard Bergeon et aller plus loin que le rôle de réalisateur, comme il était entendu au départ du projet. Un projet cinématographique poignant sur l’évolution de la vie des agriculteurs, le conflit des générations, une vie menée par le père d’Edouard Bergeon lui-même, agriculteur en difficulté et qui finira sa vie tristement.

Edouard Bergeon signe son premier film de fiction, après le documentaire « Les fils de la terre » (2012), où il racontait le suicide des paysans français et notamment celui de son père. « Au nom de la terre, » ce n’est pas qu’un film autobiographique, mais un appel dirigé aux consommateurs : il est temps de devenir des consom’acteur responsables, car derrière nos assiettes, se cache souvent une triste réalité, celle des paysans qui travaillent dans le dur, à perte et qui finissent par raccrocher tant les difficultés financières sont nombreuses. Rien qu’en France, tous les deux jours un agriculteur se suicide. Depuis 1991, près de 450 agriculteurs ont mis fin à leurs jours en Suisse. De quoi réfléchir à notre façon de consommer et à la course à la consommation de masse à bas prix, un prix beaucoup trop bas pour permettre à ceux qui nous nourrissent de vivre.

« Au nom de la terre » est un film classique, avec un scénario linéaire et un très beau casting pour une première réalisation, loin des habitudes du réalisateur plus habitué aux documentaires. Pourtant, dans cette simplicité, l’intérêt de ce récit linéaire se trouve dans son authenticité et dans les messages sincères qu’il délivre, dont nombreux sont susceptibles de se reconnaitre. Edouard Bergeon cherche à briser le tabou du suicide dans le monde agricole et éclairer sans fards la vie laborieuse des agriculteurs, paysans et fermiers. Une réussite qui suscite bien des remises en question.

Au nom de la terre
FR – 2019 – Drame (1h43)
De Edouard Bergeon
Avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon…
Filmcoopi
06.11.2019 au cinéma

"Au Nom de la Terre" : Un premier film poignant et douloureusement vrai
4.0Note Finale