Fidèle à son humour absurde et poétique, le musicien et réalisateur Quentin Dupieux ajoute un jalon de plus à son improbable filmographie avec « Au poste », un huis-clos surréaliste qui fait la part belle à ses acteurs.


Plutôt prolifique (cinq films en huit ans à partir de « Steak »), Quentin Dupieux ne s’était plus manifesté sur les écrans depuis 2014 et son dernier long-métrage « Réalité », un exercice de mise en abyme désopilant avec Alain Chabat dans le rôle d’un réalisateur un peu largué à la recherche du cri parfait pour son futur film d’horreur. Le temps de se ménager une respiration, de produire un disque et quelques singles sous son pseudonyme de Mr. Oizo, et voilà Quentin Dupieux de retour en grande forme avec « Au poste », premier de ses deux films programmés pour 2018.

L’intrigue tient sur un coin de feuille : au poste, le flic Buron (Benoît Poelvoorde) procède à l’interrogatoire du quidam Fugain (Grégoire Ludig), entendu après avoir découvert le corps d’un homme dans la rue et alerté la police. L’affaire pourrait s’arrêter là, le défunt ayant selon toute vraisemblance trouvé la mort de façon accidentelle. Mais Buron, qui est soit très clairvoyant, soit complètement stupide, a décidé de considérer Fugain comme un suspect potentiel. L’interrogatoire emprunte des circonvolutions inutiles et s’éternise, au grand désespoir de Fugain qui voit sa soirée et sa nuit lui filer sous le nez à cause du zèle d’un fonctionnaire lunatique. Le tout se complique lorsque Buron, accapraé par un rendez-vous impromptu avec son ado de fils, confie Fugain à la garde de son subordonné, un agent aux idées peu claires qui reproduit à tout bout de champ le tic de langage de sa femme…

Les familiers de l’univers décalé de Quentin Dupieux auront déjà retrouvé dans ce synopsis le ton cher à l’auteur de « Rubber » et « Wrong ». En s’appuyant sur les codes du huis-clos à suspense sans chercher à verser dans le référentiel, « Au poste » s’amuse à dérouler son (bref) récit en le ponctuant de situations incongrues et de dialogues étranges. L’intérêt du film tient alors moins dans la cohérence de l’histoire que dans les multiples rebondissements et bizarreries, impossibles à énumérer ou dévoiler ici, qui viennent compliquer la situation du personnage de Grégoire Ludig, impeccable dans le rôle de l’innocent poussé contre son gré à devenir petit à petit un coupable idéal.

À cet égard, l’ensemble du casting de « Au poste » est excellent ; parce qu’il est toujours savoureux de voir une génération relativement jeune de comédiens (Ludig, Orelsan, Anaïs Demoustier) se frotter aux vieux briscards que sont Poelvoorde, Marc Fraize, Philippe Duquesne et Jacky Lambert. Tous se fondent admirablement dans le petit monde saugrenu de Dupieux, filmés avec élégance dans un décor à la croisée du vintage et de l’anachronisme.

Rarement, à court d’inventivité, « Au poste » rend dans ses dernières minutes un hommage appuyé à Buñuel en empruntant un coup de théâtre au « Charme discret de la bourgeoisie ». On avait depuis longtemps deviné l’influence du maître mexicain sur l’œuvre de Dupieux, qui livre avec cette comédie concise un des films les plus agréables de l’été et sans doute l’un de ses meilleurs. On se réjouit d’ores et déjà de retrouver d’ici quelques mois son long-métrage suivant, « Le Daim », avec au générique Jean Dujardin.

Au poste !
FR   –   2018   –   73 Min.   –   Comedy
Réalisateur: Quentin Dupieux
Acteur: Anaïs Demoustier, Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Cidney Khosta
Praesens Film
11.07.2018 au cinéma

Au poste : une garde à vue pour rire
4.0Note Finale