Bbbbbbaaaaaahhhhhhuuuuuubbbbbaaaaaalllllliiiiii !!!! est une expression orale que certain-e-s aficionados reconnaîtront sans peine, notamment au Neuchâtel International Fantastic Film Festival (alias NIFFF).


M

ais c’est quoi ou c’est qui ce nom si difficilement prononçable et étrange ? En quelques lignes, il s’agit d’un film indien en deux parties. Si « Baahubali : The Beginning » sortit en 2015, et également diffusé au NIFFF, était grandiose, plaisant et héroïque, sa suite l’est encore plus. « Baahubali 2 : The Conclusion » est épique, tout autant homérique et sublime. En l’occurrence, Baahubali est un jeune en bonne santé vivant dans une famille agricole qui ne soupçonne d’abord rien par rapport à son futur dessein. Mais en grandissant et en suivant ses instincts (et bien plus…), il arpentera une route le menant à un avenir bien plus dangereux et riche. Doté d’une force surhumaine, très intelligent et réactif, il comprendra vite le fonctionnement des rebelles face à une royauté actuelle et pourquoi la garde du roi cherche absolument à le tuer. C’est ainsi que dans le second opus vous apprendrez ce que sont advenus ses parents, pourquoi sa grand-mère tient un rôle tristement important et comment l’héritier a survécu.

Mais ce diptyque a bien plus d’atouts qu’il ne semble. Tout d’abord à propos de l’histoire qui est plus complexe, notamment à cause de différentes trahisons et manipulations vicieuses. À tel point qu’une des morts principales restent marquantes. Les décors développés autour, ainsi que les effets pyrotechniques aident beaucoup, mais l’assassinat créera bien des surprises aussi. Bien, d’autres moments seront surprenants et il serait impoli de dévoiler les séquences les plus fortes et intenses. La minutie et la beauté des décors sont aussi à spécifier tout simplement parce que le réalisateur indien S. S. Rajamouli a décidé de tourner presque toute l’histoire en l’extérieur. Certes, les plans virtuels sont souvent pénibles à voir pour nous, tant ces derniers sont passablement ratés, mais il faut savoir que les Indiens tournent avec une grande majorité de décors montés ou réels. Alors avec plus de 1’200 films par année, l’effet numérique passe souvent au second, voire troisième plan. Si pour le premier « Baahubali » la réalité primait joliment sur le virtuel, l’amélioration se ressent nettement pour sa suite. Cette saga a aussi la particularité d’être très soignée, sanglante et les scènes de batailles impressionnantes. Tout comme les monuments historiques authentiques mais qui ajoutent un cachet inéluctable. Quant aux fabrications artisanales, à l’exemple des armes ou armures, une large majorité sont dignes du « Seigneur des Anneaux ». Une mention spéciale aussi pour une charrette redoutable (certainement inexistante en réalité) qui ressemble à un char que les chevaux tirent, mais dotés d’artilleries ne laissant aucune chance aux adversaires se trouvant sur son passage. L’utilisation de cette dernière par « Bhalla » (personnage clé dans les diptyques) est jouissive à chaque fois. À tel point qu’on en demanderait encore plus.

Évidemment, un tel film se doit d’avoir des chants et danses comme toutes œuvres cinématographiques grand public « made in Bollywood ». Une petite différence qui se perçoit assez souvent avec les réalisations indiennes d’auteurs qui n’utilisent presque jamais ces principes, comme « The Lunchbox » sorti en 2013. Mais inversement, « Baahuali 1 & 2 » ont une bande-son extrêmement rythmée. Certains titres sont carrément faciles à retenir (les séquences filmées aident aussi beaucoup) comme « Dheevara » qui signifie littéralement « Sévère » en tamoul, une des versions originales desdites productions. Une autre force à mentionner est que la femme tient une place importante dans les récits. Que ce soit pour les danseuses, chanteuses et actrices principales qui exposent rapidement leur talent de guerrières d’ailleurs. À noter aussi que certaines symboliques spirituelles et faits historiques, sont respectés avec justesse. Ainsi, les relations lors de couronnements avec les éléphants ou certaines armes sont basés sur des faits réels. D’autres moments et séquences seraient à comparer, mais ce serait une nouvelle fois trop en dévoiler. Pour terminer avec les quelques anecdotes de ces superproductions, le second volet a rapporté plus de 1’500 crore (la monnaie indienne) soit environ 126’000’000 CHF. Certes, cela paraît peu par rapport aux machines hollywoodiennes, mais les « Baahubali » ont dépassé les attentes les plus folles. Surpassant même certaines œuvres cinématographiques avec de plus grandes célébrités indiennes (comme Irrfan Khan ou Priyanka Chopra). La réussite fut telle que « Baahubali 2 : The Conclusion » a été pendant quelques semaines No 3 au box-office américain. L’engouement s’est tellement ressenti que finalement, mais paradoxalement aussi, seule la suite sera diffusée dans nos salles romandes.

Honnêtement, peu de remarques négatives sont à retranscrire pour ces deux films. En dehors de l’infographie qui doit encore beaucoup évoluer en Inde, il est juste regrettable qu’une des protagonistes principales du premier volet ait été trop effacée par la suite et pour une raison indéterminée. Peut-être sera-t-elle plus visible lors de la sortie DVD/BR avec les séquences coupées, toujours est-il que son absence se constate trop intensément.

Quant au casting, il est rare que les gens en Europe connaissent la cinématographie des acteurs et actrices principal-e-s. Même le réalisateur est plutôt méconnu dans nos contrées. Par contre, S. S. Rajamouli avait déjà eu la chance de diffuser un de ses précédents films au NIFFF. C’était en 2013 pour « Eega ». Une histoire avec une bonne dose de folie relatant comment et pourquoi un jeune homme tué se venge de ses agresseurs. Un récit classique, sauf que sa vengeance se fait lorsqu’il se réincarne sous forme de mouche… Je vous laisse imaginer comment il procède, sachant que tous les moyens sont bons. Pour revenir aux récentes réalisations de Rajamouli, l’acteur qui interprète Baahubali (Prabhas) a donné son maximum dans son rôle et cela se ressent très vite. Mais celui qui joue Bhalla (Rana Daggubati) dégage tout autant d’émotions et d’habileté. A tel point que sa hargne rend son personnage presque attachant. Une des actrices a également un atout incroyable et impressionnant. Il s’agit de Ramya Krishnan qui grâce à la grandeur de ses yeux ajoute une intensité supplémentaire à son interprétation. Une accentuation encore plus bluffante avec l’ajout du khôl autour de ses paupières.

Que ce soit pour « Baahubali : The Beginning » et sa suite, il est normal de se rendre compte pourquoi de nombreuses personnes en Inde et dans le monde ont été autant vite captivé par ces films. Peut-être est-ce dû aux différences culturelles qui freinent l’envie de découvrir ce genre car trop peu d’entre eux sont diffusés dans les salles obscures en Suisse. Il semblerait que les plus curieux et connaisseurs en redemandent vraiment. Quant à un troisième « Baahubali », il est probable que rien ne se fasse, mais l’Inde est riche en rebondissements et surprises, y compris dans le 7ème Art…

Pour les personnes ne connaissant pas les principes cinématographiques Bollywood, ne soyez pas surpris de voir le terme « intermission » apparaître au milieu de l’histoire. En effet, l’entracte est un moment crucial dans le cinéma indien, contrairement à la Suisse qui a presque cessé d’en proposer. Il est intéressant de savoir qu’au début de certaines projections de « Baahubali 2 : The Conclusion », une courte bande-annonce mystère est présentée. Il s’agit du prochain projet de Prabhas (alias « Baahubali ») qui est déjà impatiemment attendu en tout cas en Inde. La dernière habitude, plus amusante pour nous, est que le marché Bollywood a pour tradition de diffuser tous les logos des partenaires, et au sens large du terme. Plus la production est conséquente, plus les sponsors le sont aussi. Ne soyez donc pas surpris de lire « Nestlé », car oui la Suisse est aussi là-bas, ou encore « Mac Donald’s ».

Finalement, il est bien de savoir que si vous n’avez pas vu le premier volet de « Baahubali » ce n’est pas trop grave. Car un rappel clair et visible résume celui-ci dès les premières images du second opus. Cela vous permettra donc de mieux comprendre la suite, car sans ces brèves explications, il est vrai que tout se complique plus facilement.

Somme toute, les personnes qui se décideront à (re) voir ces belles grosses productions épiques réaliseront pourquoi il est si amusant d’exprimer le fameux cri de ralliement avant les films. Mais pour ce faire, il faut les voir.

Baahubali 2 : The Conclusion
De S. S. Rajamouli
Avec : Prabhas, Rana Daggubati, Anushka Shetty
Dharma Production

Baahubali 2 : The Conclusion
5.0Note Finale

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.