Festival cher à l’équipe de Daily Movies, le Black Movie se concentre sur les films singuliers d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine. Maria Watzlawick, co-responsable de la programmation, nous dévoile quelques points forts de cette édition.

Maria Watzlawick

Comment se présente cette cuvée 2009 ? Quel est sa ligne directrice ?
Elle se présente extrêmement bien ! Une ligne directrice ? Répondre aux exigences suivantes : grande qualité artistique, prise de risque visuelle, forme qui enrichit le contenu, adéquation de la forme avec le contenu, pertinence. Le programme est composé en lien avec l’actualité cinématographique mondiale. Notre programmation est purement prospective, ce qui nous permet de choisir le meilleur, sans contraintes. Cette année, 9 sections, environ 70 films : documentaires, fictions, films pour enfants, polars, comédie musicale éblouissante, pinku-eiga entre autres…

La section thématique « Fils de… » propose cette année des oeuvres très diversifiées venant des quatre coins du monde, notamment « 12 Lotus » de Royston Tan, exubérant et chatoyant, « Desierto Adentro » du mexicain Rodrigo Plá, magnifique film sombre qui pose la question de l’église, ou encore « Together With My Father » du Kazakh Daniyar Salamat, tendre histoire de solidarité père-fils. Il y a aussi une section consacrée aux nouveaux cinéastes philippins, prolixes et imaginatifs, la section « A suivre… » qui revient sur nos cinéastes coups de coeur (Jia Zhang Ke, Lisandro Alonso, Rabah Ameur Zaïmeche, …), « le Petit Black Movie » pour les 4 – 12 ans, une programmation autour de l’Argentine, le best of des films des pays d’Afrique noire…

La place des films africains, prépondérante à la naissance du festival, a laissé la place à l’Asie : par choix ou par obligation ? Avez-vous trouvé votre bonheur cette année ? Le choix de programmer des films asiatiques est une évidence : ce continent produit une extrême variété d’excellents films, du film d’action à l’expérimental… pour des raisons financières essentiellement, ces films ne sont quasi jamais distribués en Suisse, nous donnons donc le change, avec un bonheur inégalé ! Concernant les films en provenance des pays d’Afrique, nous avons fait le choix cette année de montrer les meilleurs films des trois dernières années. De superbes films existent, vous pourrez les voir chez nous… Je peux citer une perle : « Divizion Z », un film musical ougandais brillant suivant un groupe de jeunes musiciens, sur fond de rap, de rapine et de fumette…

Pourquoi cette rétrospective du film de genre japonais des années 70 (à cette seule évocation, j’en mouille déjà mon pantalon) ?
J’espère que nos spectateurs auront une approche plus cérébrale ! Les films produits au Japon à cette période ont influencé les films de genre du monde entier – Tarantino pour ne citer que lui – et tracé les sillons des cinémas de genre encore en vigueur aujourd’hui. Dans les années 70, les salles de cinéma se vidaient au profit de la télévision, il fallait les remplir à nouveau, d’où la nécessité de réaliser ces films débridés (plus fou, plus pop, plus trash, plus osé).

Vous vous concentrerez aussi sur le cinéma nord-coréen. Comment récupère-t-on des films d’un des pays les plus fermés au monde ?
Concentrer est un bien grand mot. Un distributeur français a réussi à avoir quelques films en distribution, le premier en Occident ! Il faut savoir que la Corée du Nord produit beaucoup de films, depuis de nombreuses années, mais la liberté artistique n’existe pas, toute la chaîne de production est nationalisée. Il s’agit donc d’un pur cinéma d’Etat, qui sert la cause révolutionnaire. Ces mélodrames racontent des épopées familiales où les jeunes filles ont une place prédominante, puisqu’elles sont de futures éducatrices ! Il est très intéressant de constater à quel point ces films sont limpides dans les valeurs qu’ils prônent : le sacrifice, l’amour du pays, la dévotion au « père », la dignité des pauvres, etc. Cette candeur sert aussi à en faire des films très prenants et émouvants. Un documentaire qui accompagne ces trois films nord-coréens raconte la vie d’américains, anciens soldats devenus interprètes permanents des rôles de « blancs occidentaux » dans tous les films. Une curiosité !

La petite structure argentine Rizoma Films est à l’honneur, comment l’avez-vous déniché ? Qu’est-ce qui fait sa spécificité pour vous ?
Nous avons toujours été attentifs aux petites structures de production des films que nous programmons. Ce sont des réseaux extrêmement utiles et intéressants. Rizoma a produit peu de films, mais de grands films dont trois ont déjà été distribués en Europe et en Suisse. C’est une structure qui prend des risques en produisant des premiers longs-métrages, par exemple l’excellent « Salamandra » de Pablo Aguero. Inviter une structure permet aussi de la confronter au système de production suisse. Il est intéressant de noter ce qui les différencie, et le plus souvent, ce qui les rapproche.

Pouvez-vous déjà nous dire quels invités vous recevrez ?
Il faut nous tenir les pouces ! Se sont d’ores et déjà déclarés partie prenante de l’édition 2009 : Royston Tan (Singapour, qui a réalisé la plus pop et déjantée des comédies musicales « 12 Lotus »); Brillante Mendoza, Auraeus Solito, Jim Libiran pour le programme de la nouvelle vague philippine ; Amat Escalante du Mexique, Kim Dong-hyun de Corée du Sud ; le Kazakh Daniyar Salamat et nous faisons tout notre possible pour que Takashi Miike vienne…

Quel a été votre grand coup de cœur de cette sélection ?
Question difficile, il y en a toujours plusieurs ! Je dirais « Together With My Father » pour la tendresse; « Jay » pour sa pertinence et son humour; « Los Bastardos » parce qu’il percute et « Wonderful Town » pour son romantisme en trompe-l’œil.

www.blackmovie.ch

A propos de l'auteur

se promène souvent dans les bois avec un tronc d'arbre sur l'épaule. Aime respirer l'odeur du napalm au petit matin. Et quand il tire, il raconte pas sa vie !

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