Pour construire un monde nouveau, il faut se préparer à détruire l’ancien. Derrière cette réflexion un brin révolutionnaire, et qui sonne un peu philosophie de comptoir, on retrouve le message de cette suite des aventures du Captain.


Maxime, prononcée dans le film par Robert Redford, elle est aussi révélatrice de la direction prise par le studio Marvel.

Parvenu à un véritable état de grâce après le succès planétaire de « The Avengers », celui-ci cède depuis deux films à la tentation de malmener le jouet cinématographique qui lui a permis d’engranger des milliards de dollars. On relèvera une certaine ironie, quand on sait toutes les difficultés qu’a connues Hollywood dans ses tentatives passées de produire à la chaîne des films de super-héros rentables. Depuis le premier « Iron Man », qui a posé les bases d’un ambitieux arc narratif sur plusieurs volets, Marvel tient le bon bout et déploie en toute sérénité ses « phases ». « The Avengers » de Joss Whedon venait clore en apothéose un acte d’exposition qui installait confortablement tous les protagonistes. À partir de « Iron Man 3 », c’est le coup de sac général. Les secousses d’un séisme à venir se font sentir, les habitudes sont chamboulées, l’ennemi complote. Les héros commencent à fatiguer et, malheureusement, les producteurs et les scénaristes aussi.

Captain America, le soldat de l'hiver

Captain America, le soldat de l’hiver

Ce deuxième « Captain America » prolonge l’intrigue de son prédécesseur, en incorporant juste ce qu’il faut d’allusions aux autres films de la grande saga Marvel. On retrouve ce bon vieux Steve Rogers, super-soldat patriote au service du S.H.I.E.L.D, et donc des États-Unis. Pièce rapportée de la Seconde guerre mondiale, il continue à s’adapter, bon an mal an, à notre siècle plein de nouveautés, technologiques comme culturelles. Les menaces auxquelles il est cette fois confronté, en revanche, ne sont pas de première jeunesse. La nébuleuse HYDRA, contre toute attente, ne s’est pas évaporée avec Crâne Rouge, son ennemi juré. Bien décidée à atomiser le S.H.I.E.L.D. et à instaurer un nouvel ordre mondial fantasmé par des nazillons d’opérette, elle s’est adjointe les services d’un monstrueux tueur, le Soldat d’hiver, qui se révèle être – ceci n’est pas vraiment un spoiler – le meilleur ami de Captain America, revenu d’entre les morts.

Dans cette bataille désespérée, Steve Rogers ne pourra plus compter que sur lui-même, la troublante Veuve noire, et son nouveau copain le Faucon.

Alors que « Captain America : The First Avenger » se voulait un hommage musclé aux films de guerre, « Winter Soldier » penche du côté du thriller paranoïaque. Il y a quelque chose de pourri au sein du S.H.I.E.L.D., qui se retrouve au cœur d’un scénario visant à le chambouler en profondeur. L’idée n’est pas mauvaise, mais un peu curieuse quand on sait que la série télévisée « Agents of S.H.I.E.L.D. » explore depuis l’année passée déjà les recoins de cette agence gouvernementale pas toujours très nette. S’il est toujours intéressant de voir l’univers d’un surhomme à priori invincible finir en miettes, on a ici la désagréable impression de refaire le même parcours que dans « Iron Man 3 » (la destruction de l’empire Stark et l’exil du héros) et « Thor 2 » (l’attaque d’Asgard et l’escapade de Thor). « Winter Soldier » se voulant plus terre-à-terre, l’ennui guette par moments entre deux scènes d’action mouvementées et pas forcément palpitantes.

Captain America, le soldat de l'hiver

Captain America, le soldat de l’hiver

Cet aspect transitoire des films de la « phase 2 » de la stratégie Marvel est devenu à ce point palpable qu’on en vient carrément à attendre avec impatience la séquence post-générique, qui annonce les enjeux plus excitants de « The Avengers : Age of Ultron », prévu pour 2015.

Sur le plan formel, rien à redire de « Winter Soldier », qui remplit comme il faut le cahier des charges. La réalisation des frères Russo, pourtant habitués aux comédies, est efficace, les acteurs sont impliqués, les effets soignés, la musique de Henry Jackman trépidante à souhait. On regrette dès lors que le film pêche autant par la faiblesse de son intrigue, à l’ambition discutable. Les espoirs reposent maintenant sur l’imminent « Guardians Of The Galaxy », qui va amorcer un virage détonnant, pour ne pas dire risqué, dans la séquence des films Marvel.

C’est le moins que l’on puisse attendre de ce jeune studio, peut-être trop enclin à tout miser sur les attentes générées par les mastodontes « Avengers ».

Pays (Année) : USA (2014)
Genre: Action, Aventure, Science-fiction
Distributeur: Walt Disney Studios
Durée: 128min
Réalisation: Anthony Russo, Joe Russo
Avec: Scarlett Johansson, Cobie Smulders, Chris Evans, Samuel L. Jackson, Dominic Cooper, Emily VanCamp, Robert Redford, Hayley Atwell, Anthony Mackie, Sebastian Stan…

Sortie: 26.03.2014 (Romandie) – 27.03.2014 (Suisse All.) – 26.03.2014 (Tessin)

www.marvel.com/captainamerica