Captain America (1990) de Menahem Golan

Les succès des « Batman », « Avengers » et autres « marvelleries » nous l’ont fait oublier : avant que la technique ne permette enfin de donner une vie crédible aux surhommes de papier, les super-héros risquaient plutôt de ressembler à « L’Homme-puma » !

UN PARI RISQUÉ
Le film a été mis en chantier en 1989, juste après le succès du premier « Batman » de Tim Burton, mais n’a servi qu’à rappeler de façon cinglante que n’importe qui ne peut pas réussir la même sauce. Car c’est bien à un véritable catalogue d’erreurs à ne pas commettre que nous assistons ici. Rappelons tout de même que le matériau de départ n’était pas le plus aisé à traiter car Captain America est, avec Thor, l’un des héros de comics qui prête le plus le flanc au ridicule, aussi bien par son costume (littéralement impossible à recréer en trois dimensions) que par son concept de base (très pompier et donc difficile à manier). Trois tentatives eurent cependant lieu : en 1943, un sérial, paraît-il peu concluant, fut tiré de la BD. Puis il fallut attendre 1978 pour voir de nouveaux auteurs inconscients se risquer dans deux téléfilms où Reb Brown, comédien nanar par excellence, se dandinait dans un costume ahurissant de ridicule.

On aurait pu croire que les frais allaient s’arrêter là et que les cinéastes allaient plutôt s’atteler à l’adaptation de héros plus cinégéniques. C’était sans compter avec le grandissime Menahem Golan, l’homme que RIEN n’arrête, surtout pas le ridicule ! Après la faillite retentissante de sa compagnie, la Cannon, l’ami Golan s’était relancé avec sa nouvelle société, la 21st Century. Ayant déjà tâté du super-héros pour avoir enfoncé la carrière de Dolph Lundgren en le déguisant en poupée Mattel dans « Les Maîtres de l’Univers », notre jovial Israélien tomba un jour sur les recettes du « Batman » de Burton. Je pense que désormais il vaudra mieux laisser la parole à Menahem lui-même, qui pourra résumer mieux que moi la genèse de ce Titanic de la pelloche.

Captain America (1990) de Menahem Golan

Captain America (1989) de Menahem Golan

LA PAROLE AU PRODUCTEUR
« Hoho ! » se dit notre bon Menahem, « C’est le moment de faire mon film de super-héros ! Mieux vaut appeler Marvel que DC : aucun film tiré de leurs personnages n’a encore marché, ils ne sont donc pas trop chers ! On va jouer la fidélité à la BD pour satisfaire les fans, en mettant à notre héros le costume tel quel, sans modification. C’est vrai, quoi, ce péteux de Burton s’est permis d’adapter le costume de Batman : nous on est des puristes ! Comment ça, le costume est ridicule ?! Hé ho, pour le rendre plus crédible, il faudrait un costumier de première catégorie, vous me prenez pour Crésus ?! On rattrapera avec les acteurs, du surchoix ! Matt Salinger dans le rôle de Captain America et Scott Paulin dans le rôle de son ennemi, le super-nazi Crâne Rouge ! Comment, vous ne les connaissez pas ? Mais enfin ! Matt Salinger, il a joué dans, heu… En tout cas c’est le fils de l’écrivain J.D. Salinger, si c’est pas une garantie de talent, ça ! Et Scott Paulin, c’est lui qui jouait le mec qui se frite avec le héros dans « La Féline » de Paul Schrader. Comment, ça ne vous dit rien ?, Alors attendez de voir qui on a comme réalisateur : ALBERT PYUN ! Comment ça, il est nul ? Mais non, voyons, c’est un prodige, il transforme la merde en or ! Rappelez-vous, « Cyborg » avec Jean-Claude Van Damme, c’était lui ! C’est pas de la daube, quand même ! Ha si, vous trouvez ? »

Captain America (1990) de Menahem Golan

Captain America (1990) de Menahem Golan

« Pour ce qui est du scénar, lors de sa première mission, le Captain est capturé par Crâne Rouge (ndlr qui est italien dans le film !) et finit congelé entraîné par une fusée qui finira dans les glaces : d’où sa conservation jusqu’à notre époque. Quoi ? Dans la BD il est censé faire toute la guerre et ne disparaître qu’en 45 ? Dis donc, coco, tu crois qu’on a les moyens de reconstituer la Seconde Guerre Mondiale ? En plus cette scène du début est du tonnerre : au moment où la fusée va décoller, il s’accroche à la main de Crâne Rouge, et ce dernier, pour éviter d’être entraîné, est obligé de se trancher la main ! Tragique, non ? Comment ça, il ferait mieux de couper la main du Captain plutôt que la sienne ? »

Etrangement, après vision du résultat par Marvel, le film sortit en catimini deux ans plus tard. On vous conseille fortement d’enchaîner ce film avec le « Captain America » de Joe Johnston, pour mesurer d’où l’on vient…

[Nikita Malliarakis]

www.nanarland.com

A propos de l'auteur

Daily Movies est à ce jour le magazine le plus complet en information cinéma, ciblant un large public de tous âges. Avec son format original et accessible gratuitement ou en abonnement grâce à ses différents partenaires, Daily Movies est l’un des moyens privilégiés permettant à de nombreuses personnes d’être informées de l’actualité cinématographique en Suisse.

Articles similaires