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26 janvier 2021

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« Castellinaria 2020 » : Une programmation de qualité sur le net

3 des films remuants du festival

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« Castellinaria – festival del cinema giovane » est dédié à la jeunesse comme en témoigne son public cible et ses quatre jurys des jeunes. La compétition de cette 33e édition s’est déroulée entièrement en ligne et a proposé par exemple, trois films mémorables et remuants.


Car au travers de la thématique « Youngs », l’un des thèmes de « Castellinaria », huit long-métrages concoururent. Dont « Antigone » de Sophie Deraspe, « Made in Bangladesh » de Rubaiyat Hossain et « Palazzo di guistizia »de Chiara Bellosi. Trois réalisations remuantes, mémorables et touchantes.

Antigone – Nahéma Ricci – a fui son pays natal avec sa sœur – Nour Belkhiria -, ses deux frères – Rawad El-Zein et Hakim Brahimi – et leur grand-mère – Rachida Oussaada -, après la mort brutale de leurs parents. Elle se bat contre la loi et la morale pour défendre Polynice, son frère, malgré ses actes et ses choix contestables.

Sophie Deraspe remet au goût du jour l’antique tragédie homonyme de Sophocle, dont les prénoms grecs sont conservés et le chœur remplacé par les médias et les réseaux sociaux oppressants qui n’hésitent pas à manipuler l’image pour faire augmenter l’audimat. Ces séquences montrent à quel point la bulle qui entoure la vie privée peut éclater quand les médias s’emparent d’une affaire et combien il est difficile de maitriser le feu une fois que la poudre a pris. Ils servent « Antigone » autant qu’ils la coulent, ralliant à sa cause les foules, mais créant à la fois des amalgames malheureux entre son combat et le djihadisme.

La composition de l’image et le choix de couleur charment le spectateur et portent un message fort sur la psychologie du personnage d’Antigone. Le montage est très justement rythmé avec des contrastes puissants entre les séquences dans le centre pour jeunes délinquants et celles portant ce fameux discours médiatique, ce qui accentue l’engrenage dans lequel se trouve Antigone.

« Antigone » porte un message sur la justice, sur la famille, sur la construction de soi et sur les combats choisis. Antigone est prête à se sacrifier pour son frère, mais n’est-il pas le seul maître de ses choix ? Un film émouvant et juste, qui touche à une multitude de sujets et qui donne envie de découvrir les futurs films de la cinéaste québécoise Sophie Deraspe.

« Made in Bangladesh » suit Shimu – Rikita Nandini – qui travaille dans une usine de vêtements à Dhaka. Après que l’une des ouvrières ait trouvé la mort dans un incendie, Shimu s’intéresse à ses droits de travailleuse, mais aussi de femme, et devient la leader d’un syndicat naissant.

Le film touche à un message actuel, en lien direct avec les votations suisses de ce week-end, et tente de responsabiliser son public au problème des entreprises responsables. Le spectateur découvre en effet, dans une séquence que ce sont les clients de l’usine qui veulent que cette dernière « casse les prix ». Le film crée un lien direct entre le magasin qui vend des habits bon marchés et l’usine qui les aura vendus moins cher et aura, par conséquent, moins payé ses employées. Shimu devra affronter les pressions des bureaucrates, des directeurs et des patrons et elle n’est pas au bout de ses peines. Ni trop noir ni trop rose, « Made in Bangladesh » délivre un message plein d’espoir.

Outre ce message essentiel, le long-métrage suit une construction similaire à celle d’un documentaire qui présente bien les engrenages politiques, économiques et sociaux du processus entrepris par « Shimu ». Elle se frottera, certes, aux administrations et aux patrons, mais aussi à son mari et au système patriarcal auquel leur culture est habituée. Ce dernier ne supporte pas que sa femme prenne son indépendance, qu’elle ose remettre en question le système et il va aller jusqu’à l’enfermer chez eux et l’obliger à porter l’hidjab.

« Made in Bangladesh » réussit à parler d’une thématique importante et à se faire écho d’une situation grave, sans tomber dans les larmes. Il reste, en effet, un film léger et drôle.

Au cœur d’un tribunal italien, deux jeunes filles, Domenica et Luce – Sarah Short et Bianca Leonardi -, se retrouvent assises face à face, derrière la porte close d’une salle d’audience. L’une attend avec inquiétude son grand-père – Nicola Rignanese – qui a tué l’un des braqueurs de sa station-service, l’autre, avec impatience, son père – Giovanni Anzaldo -, le braqueur de ladite station-essence.

Le film ne place pas en son centre l’audience ni même le verdict, mais l’humain et en particulier ces deux jeunes filles qui vont au fil du temps apprendre à s’apprivoiser. Une grande force se dégage des plans montrant leurs échanges de regards, ceux-ci – dans le silence – sont remplis de mots et d’intentions. C’est bel et bien par des yeux d’enfants que se déroule le film, loin des problèmes complexes des adultes. D’ailleurs, le film se clôt sur leur regard.

Dans un huis clos, le film entraine son spectateur dans les couloirs sinueux du palais de justice. Tantôt contemplatif, tantôt mouvementé, il ne manque pas de rythme. « Palazzo di giustizia » retrouve une simplicité primitive – pas d’intrigues abracadabrantes, pas de mise-en-scène ahurissante, juste deux enfants – l’histoire d’une complicité naissante.

« Palazzo di giustizia » convainc le spectateur par la simplicité qu’il réussit à retrouver dans le cinéma. L’humain reprend le dessus sur la justice, le film replace en son cœur les sentiments et non les actes des personnes : un film doux et simple.

Trois réalisations parmi tant d’autres et proposées dans le festival de « Castellinaria ». Elles transportent leurs spectateurs, transmettent des messages politiques, juridiques et sociaux forts et qui n’oublient pas pour autant de les divertir.

Espérons que la programmation 2021 saura se montrer aussi excellente que celle de cette année.

Malika Brigadoi, correspondante externe pour le « Daily Movies Magazine »

Laurent Billeter
Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

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