Projeté en séance de minuit sur la Piazza Grande, le film de Gilles Marchand dévoile un drame familial inquiétant, où la forêt devient terrain de jeu horrifique et claustrophobe.


Tom, huit ans, se confie à une psychologue de l’enfance. Il a un pressentiment quant aux vacances prévues avec son grand frère, Ben, et les retrouvailles prévues avec leur père (Jérémie Elkaïm) en Suède, où l’homme vit reclus depuis son divorce. Ces derniers découvrent un être froid, distant, qui semble n’en avoir que pour le cadet. Il se confiera rapidement à lui sur ses hantises et son incapacité à dormir. Certain que Tom possède des pouvoirs psychiques, il s’adonne à des expériences mentalistes, lui demandant de communiquer avec son frère par la pensée.

Dans La Forêt

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La tension s’installe. Le père devient inquiétant dans son comportement et sa manière de communiquer avec ses fils. La nuit, Tom est hanté par des visions. Celles d’un homme macabre, défiguré. L’enfant est persuadé de voir le diable. Soudain, le père décide d’emmener les enfants en forêt, afin de se retrouver en famille dans une cabane abandonnée.

Gilles Marchand tire peu à peu les ficelles du genre horrifique avec une retenue déconcertante. Le réalisateur avance ses pions intelligemment, grâce à l’écriture maitrisée de Dominik Moll, entretenant le mystère par des dialogues ambigus. Le malaise plane face à l’attitude du père et le désarroi des enfants. L’ombre fantasmagorique n’est jamais loin, amenée progressivement dans une tension glaçante et un secret troublant. Dans une mise en scène méticuleuse, Marchand réussit à s’approprier la forêt – qui plus est un terrain horrifique maintes fois exploité – et à créer un effroi claustrophobe, désarmant le spectateur par la solitude angoissante des enfants. Seuls face à la peur, inquiétés par le peu de confiance qui émane du seul référent adulte pouvant les sortir de cette forêt immense. Si le jeune casting est à saluer, le film repose en partie sur la performance saisissante de Jérémie Elkaïm, nous ayant pourtant peu convaincu jusqu’ici. La droiture de l’acteur et sa diction ambivalente crée une dualité entre normalité et étrange. Une imprévisibilité qui entretient l’être cauchemardesque.

Dans La Forêt

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Marchand et Moll assument leurs influences et l’écho évident au Shining de Kubrick, trouvant leur propre voie dans la dissimulation et le surnaturel. Dans La Forêt ne relâche jamais sa tension malsaine, poussant le malaise en évitant le grotesque, avec une esthétique appliquée et un sens de la mise en scène admirable. Le film réussit son tour de force dans un mystère implacable, laissant libre cours aux fantasmes et au questionnement du spectateur. Une surprise inattendue et réjouissante dans le paysage du cinéma français. La forêt n’a pas fini de nous hanter.

Dans La Forêt
Festival del Film Locarno – Piazza Grande
De Gilles Marchand
Avec Jérémie Elkaïm, Timothé Vom Dorp , Théo Van de Voorde
En salles le 15 février 2017
Filmcoopi

Dans La Forêt - 69ème Festival del Film Locarno
4.0Note Finale
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