Dans La dernière place, le lecteur fera connaissance avec de nombreuses figures du cinéma, de la musique, de l’opéra ou de la danse.

Dans cette suite de portraits, on croise notamment Pier Paolo Pasolini, Federico Fellini, Serge Lifar, Germaine Lubin, Marie Bell… Autant de personnalités fortes et de vies parfois extraordinaires, qui ont comme point commun une passion pour leur art. Cette passion intéresse au plus haut point l’essayiste Dominique Delouche, réalisateur, entre autres, de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, en 1968, avec Danielle Darrieux, et de nombreux films sur la danse. L’évocation de souvenirs d’époques révolues est aussi une façon de saisir les moments où l’œuvre artistique se crée.

La dernière renvoie à une expression de la mère de l’auteur pour signifier l’attitude du convive curieux, admirateur modeste qui attend poliment au dernier rang, au bout de la table, un signe de reconnaissance de ceux qu’il admire. Et ces mémoires sont ainsi teintées de curiosité et d’admiration teintée d’une certaine tristesse, car l’auteur connaît bien les personnages dont il évoque la carrière, et quelquefois le déclin, manière de rappeler également le temps qui passe. En arrière-plan de ces rencontres, c’est l’évolution de Dominique Delouche lui-même que l’on découvre, ses thèmes littéraires et musicaux de prédilection, sa jeunesse de mélomane et cinéphile, loin d’imaginer qu’il fréquentera un jour une société qu’il entrevoit comme une sorte de monde proustien, à la fois florissant et déclinant. C’est ainsi que l’auteur décrit une Germaine Lubin vieillissante, toujours entourée de nombreux passionnés de son art qui se souviennent de son passé de cantatrice wagnerienne, et à la fois tombée dans l’oubli en guise de châtiment, pour avoir été séduite par le mirage nazi. Le tragique et la légèreté se côtoient. C’est ainsi qu’apparaît Gabriel Dussurget, créateur du festival d’Aix, mécène qui se compose un masque sophistiqué et frivole, tout en se montrant généreux avec les talents qu’il découvre. D’autres rencontres sont plus originales et sont à l’origine de futures ententes professionnelles. Avec Federico Fellini et Giulietta Massina, l’auteur raconte un étrange et éphémère dialogue à Venise, avant de devenir son assistant pour certains de ses films, ce qui entraîne l’évocation de Pasolini lors du tournage des Nuits de Cabiria, avec quelques digressions sur la mise en scène ou le dialecte romain. Il y a surtout, dans cet ouvrage, un bel hommage au monde de la danse, représenté par des figures comme Serge Lifar, Yvette Chauviré ou Nina Vyroubova, à qui l’auteur a par ailleurs consacré un documentaire et dont la vie illustre bien ce mélange de légèreté et de tragédie, passant de jeune fille russe exilée en France à étoile internationale de la danse avant de finir ses jours dans la misère. Mais de tous ces amis, ou collègues de travail, ou divas lointaines, on gardera l’importance du processus créatif, rappelé à travers de nombreux détails où la vie se mêle à l’œuvre.

 

La dernière place, de Dominique Delouche, préface de René de Ceccaty, éd. Orizons, cill. Témoins / Témoignages, 2015

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