Malgré de très bonnes intentions, le dernier documentaire de Markus Imhoof ne fait que dépeindre la gestion des flux de réfugiés arrivés par bateau en Italie sans proposer des solutions au problème.


Markus Imhoof

Marqué dans sa jeunesse par les événements et les tragédies de la Seconde Guerre mondiale, le réalisateur suisse Markus Imhoof, à qui l’on doit les films « La barque est pleine » (1981), « Les raisons du cœur » (1997) et « Des abeilles et les hommes » (2012) se sent aujourd’hui personnellement concerné par les tragédies migratoires que nous traversons. Ne supportant plus de voir à la télévision les images d’êtres humains à la dérive, cherchant à rejoindre le Continent Européen sur des bateaux de fortune, le cinéaste a pris la décision de se rendre sur place, dans le Sud de l’Europe pour « voir ce que les gens refusent de voir ».

Arrivé en Calabre, il embarque caméra au poing sur l’un des navires de la marine italienne. Après nous avoir présenté l’équipage et décrit leurs affectations, nous partons en sa compagnie sur la mer Méditerranée à la recherche de ces misérables embarcations qui ont causé tant de morts. Choquantes et floues, les images deviennent plus soft, une fois les migrants recueillis sur terre. Le documentaire change alors de ton, on cherche des informations et la critique se veut moins virulente qu’avant.

Vêtus de combinaisons protectrices, les sauveteurs volontaires s’empressent de fournir les premiers soins médicaux, de nourrir les rescapés et de recueillir des informations sur leur provenance. Une fois ces formalités effectuées, les migrants sont parqués dans des centres d’accueil pas si accueillants que ça. Ils doivent attendre que leur cas soit minutieusement étudié par l’Union européenne pour pouvoir continuer leur route…

Livrés à eux-mêmes dans des ghettos dirigés par la Mafia locale qui les emploie dans des plantations, ces êtres humains regrettent leur choix de vie meilleure. L’Eldorado Nord-Européen qu’ils s’étaient imaginés est encore loin…

Ce documentaire est divisé en trois parties distinctes. Nous avons en premier lieu, les souvenirs de Markus Imhoof mis en images par la présentation de ses dessins d’enfance et des lettres reçues d’une jeune italienne immigrée dénommée Giovanna que sa famille a hébergé durant la Guerre. La seconde partie concerne les souffrances endurées par les Africains et autres rescapés lors de leur périple à travers la Libye jusqu’en Europe. Le dernier tiers est composé d’explications plus ou moins crédibles sur le mauvais fonctionnement des accords de Dublin (chaque personne doit rester dans le premier pays où il pose les pieds).

Le réalisateur résume ces épopées comme étant assez proches de la Divine Comédie de Dante : il y a la traversée de l’enfer, le purgatoire et finalement le paradis pour ceux qui arriveraient au bout. Si son intention est bonne, on regrettera que le cinéaste suisse se contente de relever des faits sans en chercher vraiment les causes et les conséquences. Seuls quelque rares commentaires en fin de projection tendent à souligner le problème, un sujet tabou tout aussi intéressant à traiter !

Eldorado
CH   –   2018   –   100 Min.   –   Documentary
Réalisateur: Markus Imhoof
Frenetic
09.05.2018 au cinéma

"Eldorado" : L'enfer, le Purgatoire et le Paradis !
2.5Note Finale

A propos de l'auteur

Le cinéma est un lieu merveilleux, on y trouve de tout: des comédies (mon genre préféré), des films d'auteurs (que j'apprécie pour leur diversité), des documentaires plus ou moins passionnants, des blockbusters et d'autres types de films. Fan du cinéma français et des pays latins, j'en ai fait ma spécialité. Rédacteur depuis de nombreuses années, j'aime partager mes connaissances et découvertes. «Le cinéma est fait pour tous ceux dont la curiosité est le plus grand défaut» Claude Lelouch

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