Elsa Zylberstein : « J’ai voulu qu’il y ait un film sur Simone Veil. Je le lui avais dit »

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Lauren von Beust
Lauren von Beust
Amoureux du film «American Gigolo», ses parents la prénomme en hommage à l'actrice américaine Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, comment aurait-elle pu, en grandissant, rester indifférente au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep a prolongé sa culture en menant des études universitaires en théories et histoire du cinéma. Omniprésent dans sa vie, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme, dont elle a fait son métier. Celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Une preuve indélébile de sa passion. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : «L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall !». Ça fait classe ! C’est encore et toujours le 7ème Art qui l'a guidée vers le journalisme, dont elle a fait son métier.

L’actrice française a tout arrêté pour se préparer à incarner cette figure du siècle dernier. Une femme qui, avant de se battre pour le droit à l’avortement en France, s’est battue pour briser le silence autour des camps de concentration, dont elle est sortie survivante. Initiatrice de ce biopic sur la grande Simone Veil, Elsa Zylberstein nous raconte celle qui l’a habitée pendant plus d’un an.  


Dans « Simone, le voyage du siècle », vous incarnez, Elsa, une figure incontournable du 20ème siècle, dans la seconde partie de sa vie. Vous êtes physiquement transformée, votre voix devient celle de Simone Veil. Quelle préparation un tel rôle a-t-il nécessité ? 
Oh là là, ça a été un long travail. J’ai préparé ce rôle pendant un an, avec l’aide de deux coaches. J’ai infusé longtemps, dira-t-on. Je voulais que ça devienne une deuxième nature. D’elle, j’ai étudié chaque pas, chaque geste, chaque respiration, chaque faille et chaque trouble. Je voulais la comprendre de l’intérieur, de l’intime, même. Je me suis nourrie de tous les documentaires qui la concernaient, de toutes les émissions auxquelles elle avait participé. J’ai lu tout ce qui était possible de lire sur elle. Et j’ai essayé de tout décrypter. J’ai aussi rencontré des gens avec qui elle a travaillé autrefois, comme sa secrétaire, son directeur de cabinet, Jean-Paul Davin, mais aussi des ministres et une de ses cousines. J’ai glané des informations un peu partout. Je faisais comme une enquête. 

«On voulait faire le portrait de la femme aux cheveux lâchés. Montrer ce qui se cache derrière l’armure ; ses failles, ses brisures, ses convictions, son humanité et sa compassion.»

Qu’est-ce que vous connaissiez de Simone Veil avant de l’incarner au cinéma ?
Peu de choses, en fait. Un peu comme tout le monde, je crois. Je savais qu’elle s’était battue pour l’avortement, qu’elle avait été dans des camps de concentration. Mais je n’avais pas encore pris conscience de l’ampleur du parcours hallucinant de cette femme, faite de résilience, de volonté et de force intérieure. Une femme brisée, qui a vécu l’enfer et le monstrueux, avant d’être dans la survie. Pour ma part, je n’avais pas du tout mesuré la puissance qu’il fallait pour s’en sortir. Pour rester debout et choisir la vie. J’ai eu la chance de la rencontrer et de la connaître un peu, mais je regrette de ne pas avoir eu les connaissances que j’ai aujourd’hui pour lui poser des questions. 

Comment l’avez-vous rencontrée ? 
Je lui avais remis un prix à l’Université hébraïque de Jérusalem. J’avais fait un discours devant sa famille. Et à partir de cet instant, ils m’ont invité à leur table. Simone et moi sommes allées prendre le thé toutes les deux, puis elle est venue dîner chez moi. J’ai voulu qu’il y ait un film sur elle. Je le lui avais dit. J’ai pris conscience le jour de son enterrement qu’il fallait que je m’y mette.

Qu’avait-elle pensé de cette idée de film sur sa vie ?
Je ne veux pas parler pour elle. On n’en avait pas discuté plus que ça. Je lui en avais simplement fait part. Mais avec Olivier Dahan [le réalisateur], on ne voulait pas travailler sur l’image de la femme dure avec le chignon, soit celle que tout le monde connaît. On voulait au contraire faire le portrait de la femme aux cheveux lâchés. Montrer ce qui se cache derrière l’armure ; ses failles, ses brisures, ses convictions, son humanité et sa compassion. Et j’ai découvert cette femme qui s’est battue pour la dignité des êtres, avec passion. Cette femme qui, avant d’ouvrir le journal de 20 heures, s’écroule devant un homme atteint du sida, parce que cette peine la renvoie à la sienne.

«Ce qui était intéressant à construire, pour moi, c’était cette autorité naturelle qu’elle avait, et que je n’ai pas. Cette dimension impressionnante dont elle se servait, je pense, comme d’une protection.»

Le film ne cache rien des drames de sa vie, comme il ne cache rien des camps de concentration. Quelles scènes ont été, pour vous, les plus difficiles à jouer ? 
Toutes, ou presque. La scène en Yougoslavie, par exemple, lorsque Simone voit ce qu’il se passe dans les camps, et ce qui, à nouveau, la renvoie à elle-même. Et la manière dont elle s’insurge, la violence avec laquelle on l’attaque et comme elle y répond. Ce qui était intéressant à construire, pour moi, c’était cette autorité naturelle qu’elle avait, et que je n’ai pas. Cette dimension impressionnante dont elle se servait, je pense, comme d’une protection. Et en même temps, je voulais aussi lui rendre sa fragilité. Parce que dans ses yeux, il y avait quelque chose d’extrêmement bouleversant. Quand je la regardais, je ressentais énormément de force, de compassion et d’humanité. C’était quelqu’un qu’on avait envie de prendre dans ses bras. Et puis il fallait explorer toutes ses différentes facettes, en trouvant la bonne manière de parler, selon le contexte. La Simone de l’intimité, par exemple, ne s’exprime pas de la même façon que la politicienne, qui fait des discours.  

«J’ai tout arrêté pour préparer ce rôle. En me mettant ainsi en immersion, dans cet état-là, je savais que rien ne pouvait m’arriver. J’étais indestructible. Habitée.»

Avez-vous ressenti une pression ou de l’appréhension à faire un film sur un personnage aussi puissant et presque intouchable, de nos jours ? 
Vous savez, je l’ai voulu profondément, ce film. Et je pense que dans la vie, il faut une dose d’inconscience. C’est Jung [Carl Gustav, penseur] qui parle de « l’inconscient comme destin ». J’adore cette phrase. Je dirais qu’à partir du moment où j’ai monté ce projet, j’étais comme au pied de la montagne, alors il fallait que je m’attèle et que je travaille. J’ai tout arrêté pour préparer ce rôle. En me mettant ainsi en immersion, dans cet état-là, je savais que rien ne pouvait m’arriver. J’étais indestructible. Habitée. J’étais Simone Veil en arrivant sur le plateau, et personne d’autre. 

Votre transformation passe aussi beaucoup par le maquillage. C’est un moment
que vous utilisez personnellement pour entrer dans le personnage ? 
Oui, je le vois comme ça. J’avais quatre à sept heures de maquillage par jour. Mais je m’en fichais, je tenais à lui ressembler physiquement. Mes journées commençaient tôt puisque j’avais deux heures d’écoute de sa voix par jour. Je préparais les textes pour entrer doucement en elle. Et pour que lorsque l’on commence à tourner, je sois prête. 

Vous disiez l’avoir rencontrée sans bien la connaître. Aujourd’hui, quelles questions auriez-vous aimé lui poser ? 
Sûrement des questions sur la dureté de se reconstruire. Comment, après avoir connu l’enfer, choisit-on la vie ? Mais je pense que c’était difficile de la questionner sur les camps… Même si elle aurait sans doute voulu en parler… En fait, je n’ai même pas de souvenirs de la discussion que l’on a eue, tellement ça me semblait irréel. Comme je vous le disais, elle dégageait quelque chose de fort. Elle imposait une autorité. 

En tant qu’initiatrice et co-productrice de ce biopic, que voudriez-vous
que les gens en retiennent ? 
Je suis heureuse de l’accueil extraordinaire que le public lui réserve lors des avant-premières. Les gens sont debout. Deux personnes m’ont dit : « Ce film est une nécessité ». Pour moi, c’est le plus beau cadeau. Le cinéma est la meilleure manière de découvrir le parcours d’une telle femme. 

Un court-métrage à Auschwitz
Pour préparer le film, Elsa Zylberstein s’est rendue à Auschwitz-Birkenau, sur le lieu du camp de concentration où était retenue Simone Veil. L’actrice, née d’un père juif ashkénaze, s’y est rendue avec Ginette Kolinka, également survivante du camp et passeuse de mémoire de la Shoah. « Je voulais un témoignage, et elle me racontait des choses si incroyables que je l’ai filmée avec mon téléphone portable. Cela deviendra un court-métrage. Il est en cours de montage », a confié la quinquagénaire. 

Simone, le voyage du siècle
FR – BEL – 2022
Durée: 2h21 min
Biopic, Drame
Réalisateur: Olivier Dahan
Avec: Elsa Zylberstein, Rebecca Marder, Élodie Bouchez, Olivier Gourmet, Mathieu Spinosi, Sylvie Testud
Filmcoopi Zurich
12.10.2022 au cinéma

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