À quelques minutes de la cérémonie de clôture, où le jury de la compétition récompensera les meilleures performances et les meilleurs films, dont l’un d’entre eux sera couronné de la fameuse Palme D’Or, voici le palmarès de notre rédaction.


Ndlr : Cet article n’est en aucun cas une prévision du palmarès ni un compte rendu de celui-ci. Les récompenses ci-dessous ne sont que le fruit de l’appréciation globale de la rédaction, dans la limite des films vus en compétition.

Ces douze jours de baptême au Festival de Cannes furent pour le moins intenses. Plongés dans une bulle surréaliste, nous découvrions peu à peu l’envers du décor dès notre arrivée. Une ville surpeuplée, électrique, vivant à 200% dans une précipitation assourdissante. Des célébrités, des nouveaux riches, des vieux beaux, des jeunes rebelles, des journalistes sous adrénaline. La croisette et le tapis rouge sont à l’image éclectique de la programmation filmique de ce 69ème Festival de Cannes.

Grand Théâtre Lumière (c) Louis Fauquembergue / FDC

Grand Théâtre Lumière (c) Louis Fauquembergue / FDC

Parmi les films programmés, nous avons pu savourer la quasi-totalité de la compétition, la plupart des films projetés Hors-Compétition, ainsi que certaines découvertes de la sélection Un Certain Regard et de la Quinzaine des Réalisateurs. Ma Vie de Courgette de Claude Barras, film d’animation suisse présenté dans le cadre de la Quinzaine, était d’ailleurs notre plus gros coup de cœur du Festival.

Certaines révélations valaient le coup d’oeil du coté d’Un Certain Regard : L’émouvant Captain Fantastic de Matt Ross – prix de la mise en scène -, l’efficace film de boxe Hymylevä Mies du finlandais Juho Kuosmanen – couronné du Prix de la sélection -, ou le fascinant La Tortue Rouge, première animation longue durée de Michael Dudok de Wit, produit par les Studios Ghibli et récompensé du prix spécial en cérémonie.

Captain Fantastic de Matt Ross

Captain Fantastic de Matt Ross

La compétition, quant à elle, a été le fruit de nombreux débats en salle de presse. Entre grosses déceptions (The Last Face de Sean Penn, La Fille Inconnue des Frères Dardenne), abominations (Rester Vertical d’Alain Guiraudie), attentes moyennement comblées (Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan, The Neon Demon de Nicolas Winding Refn, Loving de Jeff Nichols), excellentes surprises (Toni Erdmann de Maren Ade, Ma Loute de Bruno Dumont) et consécrations des grands maitres (Personal Shopper d’Olivier Assayas, Elle de Paul Verhoeven, Paterson de Jim Jarmusch, I Daniel Blake de Ken Loach).

Alors que le Jury présidé par George Miller est sur le point de remettre ses récompenses ce soir lors de la Cérémonie de Clôture, voici les nôtres :

Prix du scénario : David Birke dans Elle

Elle De Paul Verhoeven

Elle de Paul Verhoeven

Adapté du roman « Oh… » de l’écrivain français Philippe Dijan, le scénario de Elle est assurément le plus délicieux de cette compétition. D’une écriture fine et percutante des dialogues à la richesse de l’histoire, ses rebondissements, la complexité des relations entre ses personnages, et l’impertinence de son propos, le nouveau bijou de Paul Verhoeven nous désarçonne en terrains inexplorés avec intelligence.

Prix de la mise en scène : Nicolas Winding Refn dans The Neon Demon

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

Déjà lauréat du prix en 2011 avec l’époustouflant Drive, le rebelle danois place une nouvelle fois la barre très haute avec The Neon Demon, plongée malsaine en eaux troubles, dépeignant avec audace le monde superficiel et violent de la mode. Chaque fresque est travaillée avec un souci du détail affolant, une lumière et des couleurs resplendissantes, sublimées par une musique enivrante.

Prix d’interprétation féminine : Isabelle Huppert dans Elle

Elle De Paul Verhoeven

Elle De Paul Verhoeven

Si l’actrice française a déjà reçu deux fois la récompense à Cannes, en 1978 pour Violette Nozière et en 2001 pour La Pianiste, elle mérite plus que jamais sa troisième consécration au Festival pour son étonnante performance dans Elle. Sous les traits de Michèle, patronne d’une grande entreprise de jeux-vidéos et fille du plus grand meurtrier français, brisant les codes conventionnels par sa réaction déroutante suite à un viol, Huppert tient une posture impeccable.

Prix d’interprétation masculine : Joel Edgerton dans Loving

Loving de Jeff Nichols

Loving de Jeff Nichols

L’acteur américain ne cesse d’étonner depuis sa première montée des marches pour Gatsby le Magnifique aux cotés de Leonardo Dicaprio en 2013. Dans Loving, il incarne un homme blanc, marié à une femme noire en période ségrégationniste aux Etats Unis, devant supporter l’injustice faite à leur amour et leur désir de fonder une famille. Le silence face au poids qui pèse sur les épaules de notre héros est terrassant, grâce à la performance tout en retenue de Joel Edgerton.

Prix du Jury : Toni Erdmann de Maren Ade

Toni Erdmann de Maren Ade

Toni Erdmann de Maren Ade

Certainement le film ayant récolté le plus d’avis positifs de la critique cette année, Toni Erdmann est d’une simplicité touchante et à l’écriture subtile, dont le pouvoir comique se révèle étonnant et explosif en dernière partie. L’histoire de ce père qui tente, par ses déguisements et ses apparitions inopinées, de ramener sa fille, femme moderne au poste important d’une multinationale, à une vie sans artifices, tentant de lui faire retrouver l’importance d’un lien familial perdu. Maren Ade pourrait bien décrocher sa première récompense à Cannes.

Grand Prix : Paterson de Jim Jarmusch

Paterson de Jim Jarmusch

Paterson de Jim Jarmusch

Déjà lauréat du Grand Prix cannois en 2005 avec Broken Flowers, Jim Jarmusch pourrait bien se distinguer cette année avec le poétique Paterson, routine cyclique d’un chauffeur de bus, d’une mise en scène captivante dont le calme et la beauté sont d’une pertinence étonnante. Fascinant.

Palme d’Or : Personal Shopper d’Olivier Assayas

Personal Shopper de Olivier Assayas

Personal Shopper de Olivier Assayas

Le grand coup de cœur de cette année revient à Personal Shopper, film de fantômes mêlant le thriller au fantastique avec une efficacité et une intelligence redoutables. Une mise en scène épurée, dont les enjeux recouvrent un mystère tétanisant, plongeant son spectateur dans un grand huit hallucinant. Assayas maitrise le film de genre et offre la grâce à Kristen Stewart, dont les obsessions et les questionnements de son personnage nous hantent encore. La critique complète et détaillée de notre Palme D’Or est à retrouver ici.