FFFH 2021 : Pascal Elbé s’est bien écouté avec sa comédie.

"Le lancé de pots de fleurs a demandé beaucoup de répétitions."

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Laurent Billeter
Laurent Billeter
Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

A l’occasion de son tout nouveau long-métrage, son 3ème depuis ses débuts comme réalisateur en 2010, le multitâche Pascal Elbé a pris le temps de répondre à nos questions et nous appris en qui il a puisé pour tourner sa comédie réussie.


Vous aviez déjà réalisé 2 autres films en 2010 et 2015, soit « Je compte sur vous » et « Tête de Turc ». Il semble que vous en scénarisiez tous les 5 ans. Ce chiffre aurait-il une importance pour vous ?
Non, c’est trop long 5 ans entre chaque film, c’est long. On arrive parfois à une étape de sa vie où il faut se presser un peu plus, prendre un peu moins de temps. J’espère qu’il se passera un peu moins de 5 ans pour mon prochain film. J’aimerais en faire un peu plus et être un peu plus rapide.

Pour en revenir à « On est fait pour s’entendre », comment s’est passé les repérages pour les lieux de tournages ? Et pourquoi accentuer un peu plus l’ascenseur ?
L’ascenseur est un lieu idéal pour parler de la malentendance parce que c’est un espace restreint et très souvent, les gens pensent que pour parler aux malentendants, il faut leur parler à l’oreille. C’est tout l’inverse, faut nous faire face. Et dans l’ascenseur, n’importe quel malentendant vous dira s’il se trouve devant tous les boutons à appuyer, que y a des gens derrière lui, il ne va pas entendre toutes demandes. C’est donc une situation assez jubilatoire que de la montrer à l’écran. Et pour les autres lieux de tournage, pour en repérer, c’est déjà 50% de la mise en scène (de fait en amont). Par exemple, la scène où il se rend chez son ORL, il ne s’agissait pas de tourner comme dans un cabinet d’audioprothésiste, avec 4 murs, l’enferment et face à face. C’est très peu visuel. J’ai cherché quelque chose d’autre parce qu’on n’est pas dans un documentaire, on n’est pas dans le réalisme. Et je me retrouve dans un décor de Lecorbusier un peu fou, avec de la perspective. Ça correspond davantage à ma grammaire de cinéma.

Vous utilisez différents degrés sonores, parfois augmentés, parfois diminués voire totalement silencieux. Comment avez-vous décidé quels bruits utilisés et à quel niveau ?
Finalement, c’est un travail sur le son qui est très important puisque c’est un film qui parle de l’audition. J’ai essayé de mettre un peu le spectateur du point de vue du personnage qui, quand on perd de l’audition, on entend un peu en sourdine, y a un sentiment d’isolement, de rempli. Et en jouant avec le son, il fallait qu’on soit un peu en empathie avec lui et avec discernement. Avec mon ingénieur-son, on a essayé de restituer au mieux ce qu’on peut ressentir quand on perd cette audition. Le son, c’est aussi la vie. Un malentendant, même s’il s’équipe, il ne voudra pas tout de suite enlever ses appareils en rentrant chez lui. Il voudra toujours être en connexion avec l’extérieur.

Vous avez été conseillé par des personnes mal entendantes pour le film ?
Oui évidemment, on se renseigne et surtout quand ça vous arrive. Y a surtout un ouvrage qui m’a aidé d’un auteur Britannique qui s’appelle David Lodge. Que j’aime beaucoup et qui s’appelle « Ma vie en sourdine ». Il raconte l’histoire d’un prof universitaire à qui il arrive plein de choses. Et en fait, en mettant des mots sur ce que je ressens, j’ai pu partager… Partager ça avec d’autres qui ont le même problème et ça peut leur permettre de se sentir un peu moins seuls. Et ce livre, ça m’a aidé. Après voilà, c’est la thématique du personnage. Et mon film, c’est avant tout sur la transmission, sur le partage… C’est un film d’amour. C’est une comédie romantique avant d’être un film sur le handicap.

« Claire » est l’un des personnages principaux de votre film. Vous lui avez doté un sacré caractère et beaucoup de répondant. Pour quelles raisons ?
Moi j’aime bien les personnages… féminins en tout cas. Je suis très séduit par le cinéma un peu espagnol, mexicain, israélien. Où ces personnages-là affichent des caractères assez forts. Ça nous permet dans le dialogue de faire des vraies ruptures. C’est vrai que je ne voulais pas que ça soit immédiatement dans les codes de la comédie romantique. Là, c’est finalement les hasards de la vie qui amènent ces 2 personnes à partager un chemin ensemble.

La jeune comédienne Manon Lemoine a un rôle important dans l’histoire. A-t-elle eu des moments où elle a pu improviser ? Et comment s’est passé la scène où elle crie son prénom ?
Assez peu, tout était assez écrit. Après quand je tourne, j’aime bien toujours laisser un peu tourner ma caméra, laisser un peu de temps. Parce que parfois, il y a une improvisation dans le texte, dans le corps, dans la gestuelle. Et je suis assez curieux de voir parfois un acteur, quand la scène est terminée, ce qu’il peut laisser échapper. Y a parfois des choses assez précieuses à prendre. Mais Manon Lemoine ma jeune actrice, elle est assez étonnante parce qu’elle est très précise dans son jeu. Elle intègre rapidement les indications. Je pense qu’elle a vraiment un don pour la comédie. Et dans la vie, elle m’a beaucoup touché. Je pense qu’on entendra parler d’elle par la suite.

Pourquoi ne pas avoir davantage développé le langage des signes ?
La malentendance, ce n’est pas être sourd, c’est mal entendre. Donc inconsciemment, on développe une lecture labiale. On a besoin évidemment de regarder un peu en face la personne qui vous parle. Mais c’est pas « La Famille Bélier », c’est encore un autre espace. Mais on est quand même, on va dire diminués, mais le son n’est pas coupé. Il reste encore un peu de tension sur le film. C’est pas exactement la même chose quelqu’un qui est sourd profond. Il traverse une autre dimension, c’est pas la même histoire.

Pour terminer, durant l’une des scènes, des protagonistes ont fait des « lancés de pots de fleurs ». Comment cela s’est-il passé ?
Le « lancé de pots de fleurs », ça nous a pris beaucoup de répétitions parce qu’il faut que ce soit une espèce de chorégraphie qui se met en place. Mais en réalité, c’est assez jubilatoire d’avoir entraîné tout le monde dans une chaîne humaine, en se balançant des plantes. Ce qui est bien fait dans ce métier, c’est de rencontrer d’autres métiers. On passe 2-3 jours chez un pépiniériste pour voir comment cela se passe. Puis d’un coup, vient l’idée de participer à une chaîne humaine pour vite ranger un local à plante. C’était assez drôle à faire.

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Vitalina Varela

ZAHORÍ

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