Mariam, une Tunisienne de 21 ans, a été violée par des policiers. S’ensuit une nuit infernale qui l’emmènera, avec le jeune homme qu’elle vient de rencontrer, d’hôpital en hôpital, de poste de police en poste de police, pour obtenir le certificat médical qui accréditera une plainte et déposer cette dernière.


Inspiré du livre autobiographique « Coupable d’avoir été violée », La Belle et la Meute s’appuie sur une histoire réelle proprement glaçante : une étudiante violée par des policiers s’est vue sommée, devant le tribunal, de répondre d’une accusation d’atteinte aux mœurs. Le film de Kaouther Ben Hania ne s’étend toutefois pas jusqu’aux suites juridiques de l’affaire et se restreint à la seule nuit d’horreur que vit Mariam après son viol. En découle une impression de proximité pour le spectateur, le sentiment d’accompagner Mariam dans son supplice minute après minute.

Choisissant de ne pas montrer le viol à l’écran, la réalisatrice tunisienne découpe cette nuit en différents chapitres. Tous seront liés par l’absence permanente de soutien, de compassion, chez ceux que croise Mariam. Même les motivations du jeune homme avec qui elle se promenait sur la plage avant l’incident se retrouvent remises en question à l’aube, lorsqu’on suggère que des motifs égoïstes l’aient incité à accompagner Mariam dans sa démarche pour porter plainte. En dépit de cet unique flic croyant envers et contre tout, avec un héroïsme naïf, à l’institution qu’il représente, « La Belle et la Meute » propose une vision si noire de l’humanité que le film ne pourra pas ne pas susciter révolte et indignation dans le cœur du plus cynique des spectateurs. Et ici, le mal n’a pas de sexe : même ses « sœurs » rencontrées dans son supplice, comme cette employée de l’hôpital refusant d’entrer en matière sur une auscultation parce que sa carte d’identité est restée dans la voiture de ses tortionnaires, cachent à peine leur absence de compassion pour l’héroïne.

Ébranlé par la corruption pandémique et l’absence totale de solidarité humaine dépeintes à l’écran, on ressort de ce film éprouvant convaincu de son actuelle nécessité qu’on soit sensible à la cause des femmes ou non d’ailleurs, puisque la nuit de Mariam s’apparente à un combat plus large pour la justice, et nul ne reste insensible devant une telle injustice, à fortiori lorsqu’elle se matérialise sous une forme aussi kafkaïenne.

La belle et la meute
TUN – 2017 – 100 Min. – Drama
Réalisateur: Kaouther Ben Hania
Acteur: Mariam AL Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda, Mohamed Akkari
Trigon Film
18.10.2017 au cinéma

[FIFF2018] La Belle et la Meute : nuit d’injustices
3.5Note Finale