La lutte entre l’homme et la technologie est un thème récurrent dans les films réalisés par Pixar. Hervé Aubron fait un récit des différentes métaphores employées par la société d’animation pour nous mettre en garde contre la disparition de l’humanité. À travers une analyse de ces films et de leurs divers personnages, l’auteur va nous montrer comment Pixar est en fait un grand technosceptique qui cherche à nous faire réagir.


Hervé Aubron

Des voitures dans le désert, des robots dans l’espace, des monstres à l’usine, des jouets qui parlent et des super-héros en marge de la société, Pixar semble savoir nous conter des récits à propos de tout type d’êtres vivants à l’exception d’un seul : nous, les êtres humains. Si ceux-ci restent quand même présents dans leurs films Toys Story », « Vice-versa », « Le monde de Némo », etc), c’est pourtant toujours le rôle secondaire qu’ils occupent. Dans son livre « Génie de Pixar », Hervé Aubron décrit avec précision les différentes métaphores subtiles employées par le génie de l’animation afin de thématiser de la disparition progressive de l’humain. L’exemple le plus poussé se trouve sans doute dans « Wall-E » (2008), où l’homme a du déserter sa planète, après l’avoir rendu complètement inhabitable. À travers une analyse des divers films et des personnages de ces films, qui s’adressent de prime abord à des enfants, Aubron va démontrer son hypothèse comme quoi Pixar nous met en garde contre la technologie, qui tend à prendre toujours plus le pas sur l’humain. Étonnante technophobie, venant de la part d’une industrie cinématographique, mais cette tendance ne se retrouve pourtant pas que dans le cinéma d’animation, mais plus généralement dans le cinéma depuis ces quarante dernières années. Les films de science-fiction, comme « I Robot », « Blade Runner » ou encore « 2001 l’odyssée de l’espace » en sont la preuve. Si Pixar semble illustrer cette lutte entre homme et machine, tout particulièrement dans « Les Indestructibles » (2004) qui pousse au maximum cette logique, tout n’est pas que pessimisme chez le géant de l’animation. Pixar veut nous mettre en garde afin que l’on empêche la destruction inévitable de l’humanité, pendant qu’il en est encore temps.

La technologie, créée par les humains, qui finit par les surpasser et les dominer est un sujet vu et revu au cinéma. Ce qu’il y a pourtant de génial chez Pixar, c’est que cette lutte est illustrée de manière implicite, sans que ce soit l’objet principal du film, ce qui rend cette menace paradoxalement encore plus terrifiante. Les humains sont absents dans ces films, ou enfermés par la machine. « Vice-versa » (2015) en est l’emblème, avec les humains qui sont contrôlés comme des marionnettes par des sortes d’humanoïdes qui opèrent depuis une tour de contrôle, où les machines gérant l’humain ne cessent de s’agrandir. En bref, Pixar veut faire réagir. Et il le fait en apportant des happy ending à l’américaine, pour montrer non seulement comment la technologie est un danger pour l’homme, mais aussi comment on peut apprendre à cohabiter afin de contrôler cette dernière. Le décor post-apocalyptique est très présent dans ces films, et l’auteur va tenter d’analyser les motifs récurrents chez Pixar, afin d’analyser le message qu’ils souhaitent faire passer. L’auteur va ainsi recréer une genèse de la naissance de la société, expliquer ses intentions, son évolution, ainsi que ses figures emblématiques comme Steve Jobs.

En bref, Pixar enchante autant qu’il nous fait réfléchir, tout comme le livre d’Aubron. La société d’animation se fait avocat des marginaux, tout en critiquant la société de consommation dans laquelle nous vivons, où tout finit toujours par disparaître. Pourtant, dans ces films, l’homme finit par se rendre compte de son erreur et parvient à se réapproprier son environnement. Ce qu’il y a d’original chez Pixar, c’est qu’ils cassent avec le côté merveilleux et naïf que peut parfois prendre Disney. L’homme ne disparaît pas vraiment, mais la frontière entre la machine et l’homme se fait plus ténue. Les frontières disparaissent et se multiplient à la fois.

Le texte prend parfois une dimension un peu philosophique, mais le propos reste clair et intéressant. Deux formes d’humanités doivent désormais cohabiter, les humains et les êtres créés par pixélisation, et l’enjeu est de comprendre comment faire une harmonie de cette cohabitation. Les héros de Pixar sont toujours des personnages en décalage, qui doivent apprendre à faire partie de leur environnement malgré leur différence. La vie, auparavant cloisonnée entre les hommes et les non-hommes tend à s’effacer. C’est un jeu constant du chat et de la souris où les rôles s’inversent sans cesse et où les rapports de domination s’inversent. En bref, « Génie de Pixar » est une œuvre intéressante qui soulève des propos cohérents et réalise une analyse complète des métaphores de ces films d’animation, mais l’auteur se perd parfois en allant loin. Et si, au lieu de percevoir les humains comme des seigneurs déchus, notre salut ne résidait pas plutôt dans notre capacité à cohabiter avec la machine ?

Génie de Pixar
Par : Hervé Aubron
Editions : Capricci
Parution : 2017

"Génie de Pixar" : Réflexions sur la frontière ténue entre l’homme et la machine
4.0Note Finale