Le dernier film de Ronit et Shlomi Elkabetz, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes cette année, relate le cheminement, parsemé d’embûches et de lassitude, d’une femme qui doit lutter pour sa liberté en Israël, pays où seuls les Rabbins peuvent prononcer la dissolution d’un mariage, elle-même possible qu’avec l’accord du mari. Une histoire captivante avec des « personnages » inspirés de la réalité.

Ronit et Shlomi Elkabetz, sœur et frère dans la vie, sont habitués à travailler ensemble, écrivant les scenarii de leurs films à quatre mains depuis leurs débuts ; puis, le frère réalise alors que la sœur passe devant la caméra et interprète un des rôles principaux. Quelles que soient les thématiques choisies, leurs films marquent les esprits. Ce film ne fait pas exception, et suscite même le débat en Israël.

Avec un dispositif réduit au minimum, les protagonistes se retrouvent dans une salle d’audience, face à trois rabbins. Très épuré, ce film contient tous les ingrédients pour faire une pièce de théâtre. Elisha (Simon Abkarian) et sa femme, Viviane (Ronit Elkabetz) s’observent en chiens de faïence. Elle veut divorcer, il se braque et refuse obstinément. Elle le supplie, par ses regards implorants, par ses tentatives infructueuses, par ses supplications. Pourtant, elle a quitté le foyer conjugal depuis trois ans. Habitant chez son frère aîné, elle continue de préparer des repas pour son dernier fils de 14 ans, le seul resté à la maison, et aussi son époux. Elle est « connue pour sa beauté et sa distinction », lui est un chanteur très apprécié à la synagogue.

« Qui peut savoir ce qui se passe entre eux ? » questionne l’avocat de Viviane. Les réalisateurs distillent savamment le suspense. Les témoignages, qui dévoilent toujours un peu plus sur le couple, révèlent aussi les paradoxes d’une société moderne régie par des préceptes religieux millénaires. Les mois se succèdent, puis les années, le procès s’éternise comme un jour sans fin et l’affaire n’est toujours pas résolue. Jusqu’à la dernière minute, le long-métrage, qui dure deux heures, abonde en rebondissements. L’intervention de témoins hauts en couleurs et censés défendre la partie adverse sont cocasses, voire burlesques, soulignant le poids du carcan religieux et l’absurdité d’une situation pourtant facile à résoudre. Ronit et Shlomi Elkabetz n’ont pas oublié d’alléger la tension et de faire sourire le spectateur à travers des échanges au comique prononcé.

GETT le procès de Viviane Amsalem
Pays (Année) : France, Allemagne, Israël (2014)
Réalisation: Ronit Elkabetz, Shlomi Elkabetz
Avec: Simon Abkarian, Rami Danon, Ronit Elkabetz, Sasson Gabai, Eli Gornstein, Menashe Noy, Roberto Pollak…
Sortie:    20.08.2014 (Romandie)

A propos de l'auteur

se promène souvent dans les bois avec un tronc d'arbre sur l'épaule. Aime respirer l'odeur du napalm au petit matin. Et quand il tire, il raconte pas sa vie !

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