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23 octobre 2020

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Hard Rock Zombies

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En bon gros fan impénitent du nanar musical, l’affiche originale de « Hard Rock Zombies » m’a toujours fait baver toute langue dehors. Ce hardos zombie à la mine ahurie s’exhumant d’une tombe en exhibant triomphalement une guitare électrique sous le regard indifférent d’une chouette visiblement atteinte d’un méchant strabisme… Un dessin génialement barré sur lequel on a cru bon de copier-coller la silhouette d’une pseudo-pouffinette à l’air super inspiré en guise de caution vaguement sexy (blonde décolorée en collant bleu et bottines de cuir à talons aiguilles inside, les kids !).

HARD FN ?

De prime abord, le scénario n’a pas de quoi donner mal au crâne : le groupe de hard rock des Holly Moses (dont le frontman, croisement improbable entre Freddie Mercury et John Travolta arbore un splendide brushing de lévrier afghan) tente de se faire un nom et mise tout sur un concert qu’ils doivent donner dans la petite ville de Grand Guignol (hum hum) en la présence d’un important ponte de l’industrie du disque.

Malheureusement pour eux, en plus de se heurter à l’hostilité des autochtones férus de musique country pour qui « rock » rime nécessairement avec les démons qui hantent le bestiaire de leurs pires cauchemars (des abominations du nom de drogue, luxure ou satanisme), les gentils hardos vont tomber sur une drôle de famille respirant à peu près autant la santé mentale que celle de « Massacre à la Tronçonneuse ». La suite ? Adolf Hitler lance le IVème Reich en transformant les humains en zombies…

Rendre compte dans le détail d’un scénario aussi abracadabrantesque est tout simplement au-dessus de mes forces. Comprenez juste que les situations ineptes défilent à l’écran comme des arbres à la fenêtre d’un train, ponctuellement entrecoupées par quelques travers mystico-cacophoniques via lesquels le réalisateur au nom de gourou, Krishna Shah, semble parfois vouloir faire naître chez son public un embryon de réflexion (cette séquence où des habitants se protègent des zombies avec de grands portraits d’icônes disparues : John Lennon, Elvis, Jimmy Hendrix… des morts littéralement immortalisés par la gloire, une armée de zombies condamnés à rechanter et rejouer éternellement les mêmes morceaux et les mêmes scènes via la magie vaudou de l’enregistrement audio-visuel).

IL Y A UN NAIN, C’EST DONC BIEN

« Hard Rock Zombies » refuse de se laisser catégoriser, à tel point que même l’accroche de la jaquette française rame un peu dans la synthèse (« Un groupe de rock combat les zombies. Un cocktail explosif de rire, d’horreur, de musique et d’amour. »). La bête pourrait se désigner comme une sorte de vague comédie horrifico-musicale 80’s barje et indigeste, la réunion méga-bâtarde d’éléments les plus disparates et les plus grotesques à travers lesquels son instigateur nous signifie clairement qu’il n’a honte de rien et surtout pas du pire. Krishna Shah prend en effet le parti d’aller aussi loin que possible, quitte à se montrer excessivement déraisonnable dans ses gags (« et là tout le monde il meurt dans la chambre à gaz, ho, ho, ho »). Dans son dernier tiers, le métrage se transmute en l’espace de quelques minutes en un tourbillon de scénettes abstruses agglomérées entre elles à la volée sans aucun souci de cohésion, franchissant définitivement la limite entre surréalisme un peu confus et salmigondis grumeleux. L’image qui me vient à l’esprit est celle d’un bambin assis devant une feuille de papier avec un gros feutre entre les mains et qui, après avoir vainement entrepris de dessiner quelque chose de beau mais de compliqué (disons un hélicoptère), s’agaçant de se découvrir si maladroit, se livre à un gribouillage frénétique en guise d’exutoire à ses ambitions artistiques déçues, en pensant sûrement très fort « de toute façon j’m’en fous, j’fais c’que j’veux ».

Un film d’une connerie abyssale, hautement répulsive pour le commun des mortels mais empreinte d’un caractère éternel et sacré pour la clique la plus déviante des nanardeurs. D’autant qu’il contient un nain zombie nazi et Eva Braun en grand-mère loup-garou : ai-je vraiment besoin d’en dire plus ?

[Régis Autran]

www.nanarland.com

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