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26 octobre 2020

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ImaginaStudio… Un studio Swiss made!

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Rencontre avec Pascal Fornay, l’un des fondateurs des studios lausannois Imaginastudio et réalisateur des courts-métrages « L’improbable odyssée », « Vincent le magnifique », « Lester », « Entre Anges et Démons »…

Pouvez-vous nous raconter comment l’aventure Imaginastudio à commencer ? Comment un tel studio de production a pu voir le jour en Suisse ?
– Imaginastudio a commencé quand j’étais encore étudiant en cinéma. Je voyais arriver la fin des études et je ne savais pas encore vers quelle société de production me tourner en Suisse Romande pour faire le genre de films que je voulais réaliser, c’est à dire un cinéma de divertissement.

A ce moment là, nous étions un groupe d’amis et nos envies communes se sont rejointes sous le nom Imaginastudio. C’est à l’époque également que j’ai rencontrée Arnaud Gantenbein qui est aujourd’hui mon associé. Il est arrivé avec des ambitions de producteur tandis que nous autres avions des ambitions créatrices. Petit à petit, le groupe d’ami est devenu une structure de plus en plus professionnel, pour arriver, il y a trois ans, à pouvoir se concentrer à 100% à Imaginastudio en laissant de côté nos emplois annexes respectifs. Du coup, nous avons dû trouver des bureaux, proposer des heures d’ouvertures afin de devenir une société physique à part entière. Actuellement, nous proposons de la communication pour les entreprises (réalisations de pub et autres) et à côté la production de cinéma.

Notre ambition n’est pas de produire à tout va pour payer nos frais généraux, mais d’avoir une dynamique de sélection de projets originaux.

Comment avez-vous débuté dans l’industrie du cinéma et plus particulièrement à la réalisation ?
– J’ai fait quatre ans d’études de cinéma à Lausanne et très vite, de façon assez automatique, j’ai eu des envies de courts-métrages pour me retrouver réalisateur. A la fin de mes études en 2006, je me suis tout de suite lancé dans l’élaboration d’un premier court-métrage de manière professionnel, « Vincent le magnifique », que nous tournions déjà en 2007.

Pour moi, le métier de réalisateur est un métier de coordination, en parallèle de mes projets personnels, j’ai aussi fait beaucoup de travaux un peu plus alimentaires, des films publicitaires, commerciaux et autres, afin de pouvoir financer mes propres films. En acceptant ce types de projets, j’ai pu me faire de l’expérience et toucher d’autres facettes du métier, moins créatrices certes, il n’y a pas de gestion d’acteur ou de scénario au même titre que sur des projets de cinéma, mais il faut aussi gérer des équipes et conduire le tournage.
Toutefois, la découverte de ma vocation est venue après avoir réalisé mon premier court-métrage, « La fosse ».

Je me sens à l’aise dans ce poste plus qu’un autre, j’aime coordonner l’équipe. Cependant, je sens aussi là ou je ne suis pas à l’aise, je ne suis pas un scénariste, un monteur ou un directeur de la photographie. Pour moi, le métier de réalisateur est justement de pouvoir coordonner, expliquer à ces autres corps de métiers qui, réunis, font au final un film.

En tournant des courts-métrages, je me suis également aperçu que mes envies étaient tournées plus vers un cinéma populaire de divertissement et non un cinéma d’auteur.

Pouvez-vous nous expliquer quelles structures de production vous utilisez à Imaginastudio ? Comment vous choisissez les projets, les scénarios, les genres, etc. ?

– Comme pleins de sociétés de productions, nous sommes ouverts à l’idée de recevoir des projets.

Néanmoins, nous tenons évidemment, surtout pour les courts-métrages, à ce que le réalisateur soit Suisse.
Par rapport à d’autres sociétés, Imaginastudio va prendre plus de place dans l’élaboration d’un projet, étant donné que nous voulons que ce soit le nom du studio qui ressorte à la fin sur le film et non celui du réalisateur par exemple.

Notre ambition à la longue, nous verrons comment cela évolue dans les années à venir, est d’arriver à ce que les spectateurs aillent voir nos films en se disant : « Allons voir le nouveau film Imaginastudio ! ». Nous pourrions imaginer arriver à un long-métrage par an. Pour un réalisateur, c’est totalement improbable, à moins de s’appeler Woody Allen. Pour une société de production, c’est tout à fait faisable si la structure est déjà en place et fonctionne.

Comment fonctionne Imaginastudio, allez-vous à la recherche de nouveaux talents, ou est-ce que les réalisateurs ou autres artistes avec un projet peuvent venir vers vous ?
– Imaginastudio veut continuer à produire et promouvoir le court-métrage, donc si quelqu’un vient avec un projet de long-métrage, nous allons d’abord l’inciter à commencer par un court chez-nous, une belle manière d’apprendre à ce connaître et de commencer à travailler.
Nous avons également toujours un petit regard tourné du côté des écoles de cinéma de la région. Même si leurs ambitions sont plus auteurissantes, il y a peut-être chaque 3-4 ans une personne issue des ces écoles qui pourrait convenir à notre structure, beaucoup plus tournée vers un cinéma de divertissement de qualité.

Pouvez-vous nous parler de l’une des dernières productions Imaginastudio, « Le lac noir » de Victor Jaquier ?
– « Le lac noir » est un projet qui a maintenant deux ans. Un projet qui était en quelque sorte une date charnière pour Imaginastudio, car il est le dernier film à avoir été produit quand Arnaud Gantenbein et moi-même avions encore un emploi en parallèle, sans bureaux en propre. Il s’agissait d’un gros projet qui a nécessité de rendre réel ce qui paraissait aux premiers abords infaisable. Il nous a permis de profiter également du fait que la Suisse permettre de trouver gratuitement des décors improbables que d’autres pays auraient déjà depuis longtemps mis sous contrat.

Pouvez-vous nous parler un peu plus en détails de la série « Flapper », sa genèse, ou sera-t-elle visible, etc. ?
– « Flapper » est un projet en court, il s’agit d’une coproduction avec les Studio SE-MA-FOR en Pologne, Studio d’animation mythique qui a entres autres créer la série animée « Colargol » pour les plus anciens lecteurs. Le but pour nous, est d’avoir une petite part de production et de pouvoir proposer la série à la télévision en Suisse. Toutefois, le projet est à la base polonais.

Pouvez-vous nous parler des vos court-métrages, comment ce passe la mise en place, l’écriture, le tournage, la post production, etc. ?
– « Vincent le magnifique » était une histoire que j’avais commencé à écrire pour la finir en m’associant à un quelqu’un. Il s’agissait du premier projet dont nous avons déposé à l’Office fédéral de la culture, contrairement aux précédents.

« Lester » et « Entre Anges et Démons », je les ai écrit moi-même – quand il s’agit de courts-métrages j’arrive encore à gérer l’écriture, mais au-delà de dix pages cela devient difficile pour moi. Sur ces deux projets, Arnaud Gantenbein a aussi une grande part d’implication à la production dans le processus d’écriture.

J’aime beaucoup utiliser les décors dans mes films, d’ailleurs je trouve que la Suisse aujourd’hui est un territoire rêvé pour faire du cinéma. Pour « Vincent le magnifique », l’une des donnes de départ était d’avoir des décors spécifiques géants, un village d’époque, un cabaret, etc.

Sur « Lester », qui était d’abord prévu comme un huit clos dans une chambre à coucher, pour des ambitions technique, visuelle et même de genre, le film est un hommage aux films noir des années 20, nous avons finalement construit une chambre géante en studio ou nous pouvions bouger les murs, ce qui donne une grandeur d’images que nous n’aurions pas pu obtenir dans une chambre traditionnelle.

Avec « Entre Anges et Démons », il y avait beau avoir cette unité du quai de métro, pourtant nous nous sommes retrouvés à Genève Aéroport dans un décor naturel qui faisait 500 mètres de long. J’apprécie énormément que les images aient de la profondeur, beaucoup d’espaces.

« Vincent le magnifique » reste le projet avec les décors les plus phénoménaux et qui mettent en avant un paysage typiquement Suisse.

Parmi les différentes étapes de la confection d’un film, lesquelles sont celles que vous préférez ?
– Pour moi, tout se joue à la pré-production, c’est un moment assez angoissant parce que nous avons l’impression de toujours recommencer le travail et de ne jamais être vraiment sûr. Pourtant c’est là que le film émerge, ou nous commençons à parler des décors, faire des repérages, des tests caméra, de faire exister quelque chose.

Je m’ennuie un peu plus en post-production. Le tournage est à la fois angoissant et magique, toutes ces images longtemps pensées prennent vie. Pour le montage, c’est une phase très intéressante, mais il peut se transformer en véritable prise de tête quand il y a trop de possibilités.

Pouvez-vous nous parler de vos références cinématographiques, quels réalisateurs ou artistes ont comptés pour vous, ou ont été des modèles pour votre parcours ?
– Mes références sont assez diverses heureusement. J’ai grandit avec les comédies de Louis de Funès, les films de Steven Spielberg. Ma première expérience au cinéma à été « Jurassic Park ». Ce genre de films créer déjà le terreau ! Je me souviens que « Pulp Fiction » a beaucoup compté pour moi. Sa construction narrative non chronologique m’avait marqué et montré à quel point il y a de manière de raconter des histoires. Ensuite je citerais le Tim Burton d’il y a dix ans, Terry Gilliam, j’apprécie aussi le cinéma de David Croneneberg. L’animation est aussi une source d’inspiration, Disney, Pixar ou Hayao Miyazaki.

Je suis un grand fan de Woody Allen, Jason Reitman. Donc voilà, pour moi les références sont là, elles se fondent dans l’ensemble. Dernièrement, je peux aussi être inspiré par des musiques, des illustrations.

Comment voyez-vous le paysage cinématographique en Suisse actuellement, est-il difficile de trouver sa place en tant que professionnel et plus particulièrement dans le cinéma de genre ?
– En Suisse, disons-le d’emblée, il n’y a pas de place pour quelqu’un de nouveau, il n’y en a jamais eu ! Alors maintenant les personnes qui arrivent dans le métier, l’important est de savoir s’ils ont l’énergie de créer leur place. Du moment ou il y’a cette envie, la Suisse est un terrain assez vierge ou beaucoup de choses sont possibles. Il y a des personnes qui critique le fait qu’il soit difficile de faire un cinéma de genre en Suisse, en même temps sur des projets aussi référencés que « Le lac noir » ou avec de l’humour noir comme dans « Vincent le magnifique », le soutient de l’Office fédéral de la culture à toujours été là et lorsqu’il y avait un refus, ce n’était jamais en relation avec le genre, mais pour des raisons logiques.

Le paysage cinématographique Suisse est très varié, comme le pays sur ces régions linguistiques en quelque sorte. Nous avons un cinéma Suisse Alémanique qui a su créer une certaine largesse de possibilités dont la Suisse Romande devrait prendre en exemple. Il faut aller vers une diversité et même peut-être penser à un cinéma Européen et non seulement Suisse, créer une identité propre et non copier le système Hollywoodien. Je pense que ça serait possible.

Quels sont vos projets actuels ? Avez-vous l’intention, après plusieurs courts, de vous lancer dans la réalisation d’un long-métrage prochainement ou peut-être dans la production de longs-métrages ?
– Aujourd’hui pour pouvoir avoir une chance au final de produire un long-métrage, nous avons plusieurs projets qui sont sur les rails. Les timings vont êtres particuliers. Les projets sont à l’étape de l’écriture, nous aimerions toutefois lancer le financement d’un long-métrage l’année prochaine.

Pour ma part, je travaille sur deux projets de longs-métrages, avec dans le tiroir d’autres projets en gestations. Je ne veux pas penser à un second film après avoir fini le premier, je veux anticiper, créer une dynamique.

www.imaginastudio.com

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