Souleymane Cissé de "Yeelen" en interview

Souleymane Cissé de « Yeelen » en interview

Le 24 août dernier à Lausanne se clôturait l’édition 2014 du Festival Cinémas d’Afrique. Durant 4 jours, pas moins de 70 films ont été projetés dans l’enceinte de la Cinémathèque suisse et en plein air. Tout comme les éditions précédentes, le festival a été l’occasion pour le public d’aller à la rencontre de films bien sûr, mais aussi avec de nombreux réalisateurs (Joel Karekezi, Nantenaina Lova, Gilbert Ndahayo, Nicolas Sawalo Cissé), présents dans la capitale vaudoise. Parmi eux, un invité d’honneur de marque, le réalisateur malien Souleymane Cissé qui, en 1987, acquit une renommée internationale grâce au film « Yeelen ». Daily Movies a eu le plaisir de s’entretenir avec le cinéaste.

– Une longue histoire d’amour vous lie au cinéma…

– Oui, dès l’enfance j’ai été fasciné par le cinéma. J’y allais pratiquement tous les jours. Après les indépendances, lorsque j’ai milité dans les mouvements de jeunesse, j’ai eu l’occasion d’animer des soirées où nous projetions des films. Le déclic est survenu le jour où on a reçu une actualité filmée de l’arrestation de Patrice Lumumba. Ce film m’a absolument bouleversé, et c’est à ce moment que j’ai compris que je voulais réaliser des films. L’occasion c’est ensuite présentée pour moi de faire des stages de photographie et de cinéma à Moscou, où je suis resté sept ans. L’adaptation n’a pas été facile… J’ai dû m’adapter au climat et apprendre le russe. Diplôme en poche, j’ai commencé à faire des reportages au Mali et par la suite des films.

– Vous associez souvent le cinéma à la poésie…

– Tout comme la poésie, le cinéma non seulement permet de s’évader du train-train quotidien, mais a également cette dimension poétique indéniable. La combinaison de la lumière et de l’objet filmé en est la base. Le cinéma peut aussi bien se comparer à la musique…lorsque je filme, j’ai des résonances musicales en tête. D’ailleurs, mes relations sont souvent houleuses avec les compositeurs de mes films… sauf avec Salif (ndlr : Salif Keïta). (Rires) Il est déjà convenu que la musique de mon prochain film sera composée par lui.

– Quelle est pour vous la plus belle récompense, un succès populaire comme pour « Den Muso » (1975) ou la reconnaissance internationale avec « Yeelen » (1987)?

– Ma plus grande récompense c’est de voir mes films exister… « Den Muso » a une histoire particulière car on m’a menacé d’emprisonnement certes, mais surtout, de détruire le film ! « Den Muso » est un symbole populaire dans mon pays, et j’en suis fier. Selon moi, si un artiste ne s’implique pas dans la vie politique, culturelle et économique de son pays, il ne peut plus se dire artiste.

– Quels sont les objectifs de l’Union des Créateurs et Entrepreneurs du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest (UCECAU), dont vous êtes un des fondateurs ?

– Nous avons pensé créer l’UCECAU déjà en 1996, car nous craignions que le cinéma africain ne traverse une crise terrible. Déjà à ce moment là, il n’y avait plus de salles de cinéma et de moins en moins de soutiens extérieurs. Pour pallier à cela, nous avons décidé de créer une structure forte au niveau de la sous-région. L’objectif de l’UCECAU est avant tout de pousser la nouvelle génération à aller de l’avant. Nos programmes ont déjà permis à des jeunes apprentis de tourner leurs premiers films et de faire leurs preuves pour devenir des professionnels du cinéma.

– Quelle contribution vous a apporté Martin Scorsese ?

– Martin Scorsese ne connaissait pas la production africaine avant de voir « Yeelen ». Ce film a permis notre rencontre. Il a eu la gentillesse de nous apporter un soutien à la fois moral et logistique formidable. En 2007, il a même passé quatre jours avec nos jeunes à Bamako et en a invités quelque-uns sur son propre plateau de tournage. Nous étions enchantés !