Le cinéaste suisse Denis Rabaglia (« Azzuro », « Marcello Marcello ») fait son grand retour avec une nouvelle comédie-dramatique, mélangeant la bourgeoisie et la mafia, tout un programme ! À l’exemple des Monicelli et autre Scola, Rabaglia réussit une comédie noire à la fois tendre, mordante et captivante du début jusqu’à la fin du film.


Comment est né le projet du film « Un ennemi qui te veut du bien » ?
J’ai fait plusieurs films en italien, c’est mon troisième. J’avais envie de continuer sur ce chemin-là. Je me disais qu’il y avait quelque chose de possible pour moi et puis ce film s’est imposé. En réalité, c’est une histoire vraie qui est arrivée en Géorgie et que j’ai repris en Italie. Et puis comme le rapport bourgeoisie et mafia ça marche bien en Italie, cette histoire, elle trouvait son prolongement naturel en Italie. Pour moi, c’était la continuité de quelque chose que j’avais ouvert, un chemin dans ma vie professionnelle ouvert il y a presque 25 ans.

Dans votre filmographie, on constate que vos films abordent toujours le thème de la comédie-dramatique. Rendre quelque chose de sérieux, « comique ». C’est une volonté dans votre travail de réalisateur ?
C’est juste comme lecture du travail que je fais. Au cœur d’une bonne comédie, il y a un drame. Ce que j’aime faire, c’est montrer le déroulement prévisible d’un désastre imprévisible. Au fond, j’aime bien cette idée qu’on va divertir d’une situation qui est assez cruelle finalement pour le personnage. C’est un type de cinéma qui n’est pas seulement italien mais un peu anglais… en fait, ce type de rapport à la comédie me plaît bien. Je pense qu’on peut tout à fait faire des films très sérieux sur le fond et totalement divertissant dans la forme et celui-là, en particulier, il y est.

Ce genre de cinéma peut fonctionner avec une production 100% helvétique ?
C’est plus difficile parce qu’une partie de ce cinéma fonctionne aussi sur la complicité qu’on a avec les acteurs qui le font. Moi, je me suis beaucoup appuyé sur mes films français, des acteurs français connus et sur mes films italiens, sur des acteurs italiens connus. Ce type de film nécessite presque des personnages souvent campés avec force, légèrement archétypés et on ne peut pas faire ça en Suisse romande parce qu’on n’a pas le potentiel d’acteurs pour ça. On n’a pas le public romand qui connaît ce genre d’acteur. Les Suisses alémaniques peuvent faire ce type de cinéma parce qu’ils ont un bassin beaucoup plus large, avec une plus longue histoire de rapport avec leurs comédiens. Pour nous, c’est plus difficile, nos comédiens, on les fait jouer sur des choses ordinaire, plus réaliste. Si vous voulez, on ne fait pas n’importe quel repas avec n’importe quels ingrédients. Je pense, qu’une des erreurs qu’on peut faire, quand on cherche à monter un projet, c’est de faire croire qu’on peut faire tout avec tout.

Comment voyez-vous le cinéma suisse aujourd’hui ?
La réalité, c’est des hauts et des bas. Mais il faut quand même comprendre que derrière les tickets de cinéma suisse, il y a trois cinémas : un cinéma romand, traditionnellement confidentiel, mais de grande qualité, un cinéma alémanique, souvent un peu plus mainstream, mais aussi avec des œuvres beaucoup plus pointues, mais qu’on n’entend jamais parler, puis, il y a un cinéma tessinois qui n’a jamais vraiment réussi à émerger sur le marché italien pour des raisons que moi-même, je n’arrive pas à comprendre parce qu’après tout, on parle aussi cette langue en Suisse. En fait, cette analyse du cinéma suisse de comment il se porte, peut se faire que de manière régionale.

Un ennemi qui te veut du bien (Un nemico che ti vuole bene)
IT, CH,  –   2018   –   98 Min.   – Thriller, Comédie
Réalisateur: Denis Rabaglia
Acteur: Diego Abatantuono, Antonio Folletto, Sandra Milo
Filmcoopi
17.04.2019 au cinéma