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vendredi, juin 14, 2024
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Héritage familial: « mon père voulait que je fasse des films »

Carlos Mühlig
Carlos Mühlig
Depuis des nombreuses années, Carlos Mühlig met son savoir faire journalistique et en matière de communication au service de sa passion pour le 7ème art.

Comment un jeune homme venant du milieu des films de ski termine par réaliser un film documentaire intime, sans tabou et qui surprend ? Réponse avec Jules Guarneri


Pouvez-vous nous parler en quelques mots de quoi parle votre documentaire ?
C’est un film de famille assez intime, proche d’un huis clos familial où le point de départ, c’est mon père qui voulait que je fasse des films et pour me convaincre, il s’est acheté une caméra, un trépied, un micro et il a commencé à se filmer pendant des heures et des heures. Il s’est dit que c’était un peu ça qui allait me donner l’envie de réaliser un film. Et à partir de là, ça m’a lancé. Puis, le fait de parler de ma famille, que ce soit mon frère, ma sœur, mon père, je les ai toujours vus comme un peu des personnages de fiction.

« au début de l’approche, j’étais parti pour réaliser un film, mais comme un chef opérateur. »

C’est un premier film pour vous. Qu’est-ce qui a été le plus difficile à tourner ?
Le plus dur à tourner, c’était de mettre mon regard, de vraiment réaliser un film. J’avais la technique parce que j’avais déjà fait cameraman ou chef opérateur sur d’autres films et au début de l’approche, j’étais parti pour réaliser un film, mais comme un chef opérateur. Je filmais tout et puis je me suis aperçu en faisant ça qu’il fallait raconter une histoire… Je pense qu’une des difficultés, c’était de trouver dans les choses les plus particulières et personnelles quelque chose d’assez universel, mais aussi de me mettre dans le film. Au début, je filmais tout le monde sans écrire de voix off, sans même penser à apparaître dans le film et au fur et à mesure, si tu vois un film de famille, c’est un peu inévitable à un moment donné de se mettre dedans parce que ce qui manquait, c’était le regard, mon regard là-dessus.

Et le plus facile ?
Le plus facile, c’est que c’est un film de famille. C’est que c’est là, c’est accessible, c’est gratuit. Pour convaincre les personnages, tu ne vas pas faire de repérage. Tu ne dois pas chercher, tu ne dois pas écrire… Quelque part, le truc, tu l’as en toi après tu dois le chercher. C’est ça qui est dur, mais tu ne dois pas lire des livres ou je ne sais pas quoi ou encore faire des recherches.

« Ah, c’est dommage ! Tu as tout pour faire un bon film, mais on se fait chier quoi ! »

Jean Guarneri

Comment a réagi votre famille au premier visionnage du film ?
Notamment votre sœur.
Alors ce qui est marrant, si tu parles de ma sœur qui justement était plutôt réticente à être filmée, que j’ai quand même fini un peu par la convaincre, enfin compte, c’est elle aujourd’hui qui est la plus la publicité ambulante du film. Dès que le film est sorti, elle disait : « allez le voir au cinéma… « C’est quand, que tu fais un film sur moi ? ». Je pense qu’elle avait plutôt des peurs ce que je peux comprendre et puis mon frère, fidèle à lui-même, il s’en foutait. Mon père, lui, il avait toujours peur. Je lui ai montré une version presque finale et il m’avait dit : « ah, c’est dommage ! Tu as tout pour faire un bon film, mais on se fait chier quoi ! » Il voulait un truc hyper sensationnaliste de tout ça. Cela étant, il a montré à d’autres personnes puis il se rendait compte que les gens avaient des réactions fortes en fait. Je pense aussi que c’est un film qu’on peut aimer, mais il y a aussi pas mal de gens qui peuvent être gênés par plein de choses. Parce qu’il n’y a pas trop de tabous dans la façon dont mon père aborde les choses et c’est très intime quand même et je pense que ça choque des gens mais il ne se rendait pas compte parce qu’il est comme ça. Il n’a pas de tabou, il ne voyait pas en fait le côté personnage intéressant chez lui ou chez les autres. Mais ils ont accepté et ils sont contents. Puis le fait que le film existe, c’était aussi ça son but et en faisant ça, c’était important pour lui et donc je crois qu’il est plus que satisfait quoi.

Des nouveaux projets à venir ? Peut-être une suite ?
Non, peut-être pas tout de suite, mais plus tard ouais avec mon frère. Je pense que c’est un personnage inépuisable et puis, je ne sais pas si je peux vraiment expliquer, mais il y a un truc qui se trame avec lui et je pense que je risque de refaire un. À voir pour sortir maintenant ou plus tard, mais je pense qu’il y a encore matière à refaire des films sur ma famille.

« Ce qui est sûr, c’est que je pense que le film fait réagir les gens. »

Un mot pour inciter les gens à voir votre film ?
Le truc, c’est que dans les films de famille il y a toujours cet écueil de faire un truc un peu road movie, un peu chiant, je pense. Ce qui est sûr, c’est que je pense que le film fait réagir les gens. De tous les retours que j’ai eus, il y en a qui sont gênés, qui n’aiment pas du tout, mais c’est presque tant mieux en fait ou alors il y en a plein qui aiment vraiment bien où ça fait rire. En tout cas, à chaque fois, ils suscitent beaucoup de réactions. Moi, c’est ce que je vois et c’est positif. Tu n’es pas juste-là en train de regarder les pâquerettes ou enfin une famille. Il y a plusieurs choses dont l’humour, des choses plus profondes et puis ça pose plein de questions sur les liens familiaux. C’est aussi un film qui peut être chouette d’aller voir avec ses proches ou avec sa famille. Dans tous les cas, ça déclenche des questions chez les gens.

Pouvons-nous échapper à notre destin ?
Ce que j’ai remarqué en réalisant ce film, c’est que c’est en faisant entre guillemets exactement ce que mon père voulait que je fasse que je suis un peu sorti. J’ai l’impression d’être sorti d’une forme de contrôle de ça si tu veux. Par exemple, on pourrait dire que ton père veut absolument que tu sois un maçon et toi, tu vas faire tout l’inverse. Il veut que tu sois artiste et tu vas être banquier. Puis moi, c’est en faisant exactement ce que lui voulait que j’aie l’impression que je me suis un peu réalisé.

Le Film de Mon Père
CH – 2022 – Documentaire – 73min
De Jules Guarneri
Firts Hand Films
25.01.2023 au cinéma

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