Décor : une famille petite bourgeoise bien comme il faut avec un enfant, une maison et un père de famille machiste au possible, travaillant comme agent d’assurances. Pablo et Brigitte Sterni (Sergi Lopez et Marie Trintignant) mènent une vie des plus banales, à la limite de l’asphyxie. Pour arrondir ses fins de mois, Pablo escroque depuis des années M.Cannon (Jean-Louis Trintignant), un de ses clients. Mais voilà que l’affaire tourne mal et le petit assureur doit 500’000 francs à son client. Pour éviter la prison, Pablo doit trouver un moyen de payer. C’est alors qu’il repense à ce bon vieux cousin Léon (Christophe Lambert, Le Retour), qu’il n’a pas revu depuis l’enfance et qui vient justement d’hériter.

L’affaire paraît facile, Léon est un type que la prise continue d’acide depuis trente ans a rendu crédule et un peu simple d’esprit. De plus, depuis ce fameux jour des années 70, où, après un trip au LSD, il est resté scotché au plafond et a vu Janis Joplin et John Lennon, il vit dans l’espoir de les voir revenir tous les deux. ‘We’ll come back’, lui avait dit Janis. Léon est depuis lors l’heureux propriétaire d’un magasin de disques, qui ne vend que des albums de Janis Joplin et de John Lennon. L’idée géniale de Pablo est justement de faire revenir Janis et John, afin qu’ils convainquent le cousin ‘débile’ de leur donner son argent. (On est agent d’assurances ou on ne l’est pas !) Et pour interpréter les rôles, il verrait bien sa femme, Brigitte, en Janis et trouve une sorte d’acteur raté, du nom de Walter Kingkate, (François Cluzet) pour jouer John. Brigitte, bien que peu motivée au début, ‘Mais tu crois pas que je vais faire cette fille ? T’as vu comme elle est ? T’as entendu comme elle chante ?’, opère sa métamorphose aux côtés de Walter. Tant et si bien que le jeu prend des allures de plus en plus incontrôlables. Brigitte, totalement transformée par Janis, intègre complètement son rôle. Totalement épanouie, elle adopte la Rock’n’Roll attitude, fume de la drogue et choque son entourage. Surtout que l’argent ne vient toujours pas…

Janis et John de Samuel Benchetrit

Janis et John de Samuel Benchetrit

C’est à ce moment-là que le film prend son tournant déjanté. Pas assez, malheureusement, à mon goût. Les idées sont là, mais ne sont pas menées jusqu’au bout. On garde cette impression que, même si on se lâche, même si tout paraît fou, les convenances ne sont pas loin et nous rattrapent volontiers. Par contre, le côté ‘mise en abyme’, où les acteurs jouent d’autres acteurs est assez intéressant et interroge sur la véritable nature de l’identité. Ainsi une des répliques de Brigitte est : ‘Je sais pas si c’était le fait de servir à quelque chose ou si parce que d’un seul coup, il se passait un truc dans ma vie…Mais je peux le dire aujourd’hui…J’ai tout de suite été bien en Janis Joplin.’ Pour cette femme, être Janis, c’est devenir quelqu’un et au-delà, devenir soi-même. En fait, tous les personnages du film expriment ce manque de reconnaissance, manque de personnalité et d’affirmation, qui va leur être révélé au long de l’histoire. Enfin, si toute cette agitation peut paraître vaine, c’est parce que c’est à l’intérieur de soi qu’il faut trouver la réponse à la question ‘qui suis-je ?’

Après avoir été le déclencheur de l’histoire, M.Cannon en devient le médiateur, quand il en impose à Pablo avec cette réplique : ‘On a l’impression que chaque jour on va devoir se battre contre l’humanité entière, alors qu’en fait, personne ne sait qu’on existe.’ Finalement je dirai que ce film, sans être transcendant et sans révolutionner l’histoire du cinéma, vaut le coup d’œil pour une chose. Si l’on est fan de musique des années 70 et plus particulièrement de celle de Janis Joplin et John Lennon, on y trouvera son compte, car la bande originale est vraiment excellente. Elle m’a donné envie que d’une chose, celle de courir acheter un album de Janis Joplin. Et je pense que là, le réalisateur a atteint son but.

www.janisetjohn.com

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