Nommé une dizaine de fois à Cannes, et ayant reçu le Grand Prix du Nouveau Genre à l’Etrange Festival en 2017, « La Lune de Jupiter » incorpore effectivement une histoire originale et dans l’air du temps. Mais celle-ci est trop longue, rompant fréquemment le rythme de l’intrigue.


Aryan est un migrant qui traverse illégalement la frontière hongroise avec son père. Séparés suite à une intervention policière, le jeune homme panique en se retrouvant seul et se fait tirer dessus. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre un pouvoir surprenant qui lui est propre : la lévitation. Emprisonné et soigné par le Docteur Stern dans un camp de réfugiés, ils font rapidement connaissance et il s’avère très vite que le médecin tentera d’exploiter cette extraordinaire capacité. Les deux hommes s’enfuient en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par différents organismes. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, le Docteur Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent. Quitte à les mettre en danger…

Le grand public ne le connaît pas encore, pourtant le cinéaste hongrois Kornél Mundruczó est habitué à présenter ses films à différents festivals dont ceux précités. Sa précédente mise en scène, « White God », avait même été diffusée au Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) en 2014. Ce succès est aussi dû à la scénariste et comédienne Kata Wéber qui s’était tout autant investie pour « White God » que pour « La Lune de Jupiter ». Malgré ces réussites, il s’avère que leurs chemins ne sont plus communs. Kornél Mundruczó est actuellement à Hollywood et travaille sur un plus gros projet avec entre autres, Gal Gadot (« Wonder Woman »). Kata Wéber quant à elle, vit toujours en Europe. Tout en étant pour le moment, absente d’une synergie cinématographique. Il est à espérer que ce duo derrière la caméra se reformera un jour, tant leurs approches sont similaires.

Malheureusement, cette combinaison et ingéniosité ne suffisent pas à rendre le long-métrage hors du commun. En effet, de nombreuses séquences sont souvent inutiles et renforcent le sentiment d’une prolongation scénaristique inutile. Les sujets principaux, purement réfléchis et assumés par l’équipe concernée, peuvent aussi facilement fâcher. Que se soit par rapport aux migrants ou réfugiés, mais également vis-à-vis de la religion. Certes, l’histoire reste totalement objective et seul le public peut décider de l’apprécier positivement ou négativement. Sortir à la fin de la séance sans un avis tranché risque d’être plus délicat. Car avec « La Lune de Jupiter », il est difficile de rester simplement observateur. Bien que cela n’était peut-être pas l’objectif visé lors du tournage.

Malgré tout, ce long-métrage est doté d’éléments soignés et valorisants. À l’exemple des rares effets spéciaux et d’un casting bien dirigé. Il est par contre regrettable que la nudité complète filmée ne l’ait été que par rapport à l’actrice principale. Un principe qui ne fonctionne guère avec un tel film. Cette dernière, tout comme ses collègues dans la réalisation, est totalement méconnue en Europe centrale. Pourtant, la filmographie de Mónika Balsai commence vraiment à s’intensifier et sa participation reste encore mémorable dans la magnifique et fantastique fiction « Liza, the Fox-Fairy » (diffusé au NIFFF en 2015). L’acteur hongrois Zsombor Jéger, l’interprète d’Aryan, n’est pas en reste même s’il débute dans sa carrière qui semble aussi prometteuse. Quant au Docteur Stern, joué par Merab Ninidze, son parcours professionnel reste le plus prolifique (il débuta au début des années 80) puisqu’il participa même à une réalisation de Steven Spielberg.

« La Lune de Jupiter » est un récit où la science-fiction se mêle bien à la réalité. Et ce même lorsqu’il est question de politique, de migration humaine et de la société générale à deux niveaux. Certaines dualités se ressentent rapidement lorsqu’une partie des personnages principaux se rapprochent. Ainsi, l’ambition, le pouvoir ou la malhonnêteté ont tout autant d’importance dans l’intrigue que la rédemption, la bienveillance et l’honnêteté. Telle une balance teintée de noir, le blanc coexiste et cohabite depuis toujours avec. Il va de soit que l’inverse se perçoit également.

Quoi qu’il en soit, « La Lune de Jupiter » s’adresse à un public cible. La science-fiction est présente, mais ne monopolise pas la trame. Pour les personnes s’attendant à une réalisation avec des explosions et cascades omniprésentes, le mieux est de l’éviter. Quant aux autres, curieux et intéressés à découvrir un récit où différents maux du 21ème siècle se mélangent intelligemment, ils ne seront certainement pas déçus. Car « La Lune de Jupiter » fait voyager, même si ce n’est que de quelques mètres.

Jupiter’s Moon
HUN   –   2017   –   123 Min.   –   Drama
Réalisateur: Kornél Mundruczó
Acteur: Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi
Outside the box
24.02.2018 au cinéma

La Lune de Jupiter : le blockbuster hongrois sympathique
3.0Note Finale

A propos de l'auteur

Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

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