Imaginez, un casting rassemblant Jacques Chirac, Charles Pasqua, Dick Rivers, Jacques Toubon et Ariane du club Dorothée. Imaginez un placement de produit géant en faveur du parti français RPR en sa période 86. Imaginez un cri de révolte poétique contre l’odieux système qui fait rien qu’à laisser les criminels en liberté et mettre les gentils en prison. Imaginez tout ça filmé à la va-vite et scénarisé au dos d’un tract « Vivement demain avec le RPR ». Vous en rêvez ? Sergio Gobbi l’a fait.

RPR-SPLOITATION
« La Nuit du risque » a pour personnage central un boxeur nommé Stéphane, interprété par Stéphane Ferrara, véritable ancien pugiliste et faux acteur diront les mauvaises langues. La première scène du film nous montre donc un match de boxe, match qui, bien que dominé par notre héros, sera injustement jugé par l’arbitre comme remporté par son adversaire du soir. Le coup est dur. Foutu système. Et ça ne fait que commencer.

Ecœuré par cette injustice mais également par les jalouseries de ses petits camarades boxeurs, Stéphane raccroche les gants et devient garde du corps. Nous le retrouvons ainsi un an plus tard, veillant à la sécurité de Robert-André Vivien (véritable député !) lors d’un meeting RPR pré-législatives 86. Et c’est ici que le plus beau de la galerie défile et que le placement du produit politique bat son plein : nous voyons successivement apparaître à l’écran le susnommé Vivien, puis Toubon, Alliot-Marie, Pasqua, Seguin et même Jacques Chirac ! Ceci fait toute la beauté du pitch de « La Nuit du risque » : nous sommes en présence du seul long métrage vraisemblablement commandé et produit par un parti politique en France !

Mais retournons à notre boxeur loseur Stéphane, qui va voir son meilleur ami tué lors d’une bagarre toute molle avec de vieux rivaux boxeurs qui placardent des affiches pour les gauchos d’en face. Notre héros décide donc de se venger et tue à son tour, par accident, le coupable. Vous suivez ? Sergio Gobbi a inventé un nouveau concept : la vengeance accidentelle. Vachement pratique quand on veut à la fois faire l’apologie de la vengeance mais conserver son héros pur et innocent.

ENFANT INSUPPORTABLE
Blessé dans sa chair et dans son âme suite à cet événement, Stéphane va chercher de l’aide chez une journaliste TV de choc, la translucide Christiane, qui voit en lui une victime du système (qui est le véritable méchant de « La Nuit du risque ») et décide de prouver par l’image ce que la justice forcément partiale et composée de gredins à la solde du pouvoir socialiste ne peut prouver : Stéphane est innocent. Il va donc se terrer chez Christiane avec son jeune fils : la vraie star du film est enfin arrivée. La voix insupportable du pauvre petit, couplée à son incapacité à réciter son texte de façon un tant soit peu convaincante à force de vocation poétique forcée, fait de sa présence à l’écran une expérience à part entière.

Les tentatives d’innocenter Stéphane déboucheront sur un final en feu d’artifice, conclusion logique et zénithale qu’on était en droit d’attendre de ce cinéma-vérité aussi malhonnête que mal fichu, et qui fait toute la base de la nanardise du film. Il est évident que le réalisateur a demandé à ses interprètes de ne pas jouer, d’être eux-mêmes, pour faire vrai, vraie vie, vraie critique du vrai système vraiment corrompu par 5 vraies années de mitterrandisme. C’est ce qu’ils ont fait. Pour notre plus grand bonheur d’amateurs de mauvais films rigolos !

On dira que « La Nuit du risque » est plutôt réservé aux nanardeurs endurcis. Mais la prestation « amateuriste » des acteurs, la poésie imposée à coups de poncifs tous plus gros les uns que les autres et le parti-pris politique et idéologique défendu si gauchement en font un fleuron de cette catégorie encore mésestimée du nanar que constitue le polar-mou français.

Et dernier conseil, ne ratez pas le générique de fin, duo totalement improbable entre le gamin susmentionné et Stéphane Ferrara qui récite un « poème » évocateur de l’âme et du récit du film. Ecoutez, ça se passe de commentaires, mais en dit long sur la prestation cataclysmique de l’enfant acteur, qui joue aussi bien qu’il chante !

[Régis Autran]
Retrouvez l’intégralité de cette critique – et des centaines d’autres – sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

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