Comme à son habitude ces dernières années, le doyen du cinéma américain met en lumière des personnalités qui ont fait l’Amérique dont il est fier. Dans cette nouvelle réalisation, Clint Eastwood s’intéresse à Richard Jewell, cet homme accusé à tort d’avoir commandité un attentat à la bombe lors des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, alors qu’il était chargé de la sécurité le soir du drame.


Atlanta est en fête. La ville qui accueille les Jeux olympiques de 1996 célèbre le coup d’envoi de l’événement au son de la musique country. Richard Jewell fait partie de l’équipe chargée de la sécurité des lieux ce soir-là. Ce dernier repère un sac abandonné sous un banc, situé à quelques mètres seulement de la horde de spectateurs. Richard alerte ses supérieurs. Le compte à rebours a déjà commencé. « C’est un attentat à la bombe ! Reculez ! », hurle Richard, tentant d’éloigner la foule. Trop tard. Un bruit assourdissant lui siffle dans les oreilles, se mêlant aux cris d’effroi et de douleur. L’Amérique est sous le choc. Deux personnes perdront la vie, tandis que des centaines d’autres seront blessées. Un épisode dramatique qui a, de nos jours, une résonance particulière. Malgré son courage et sa bravoure, Richard Jewell se retrouve bientôt suspecté de terrorisme, basculant brutalement du statut de héros à celui d’homme le plus détesté des Etats-Unis.

« Le pouvoir peut transformer les gens en monstres »

C’est Paul Walter Hauser, un acteur de 36 ans encore très peu vu à l’écran, qui incarne cet Américain moyen dont le destin va basculer en une soirée. Richard Jewell a une grande et respectable ambition qu’il garde toujours en ligne de mire : intégrer le FBI. Il veut se mettre au service des citoyens. De l’Amérique. Mais pas pour la gloriole, loin de là. Ce métier qu’il convoite tant traduit l’amour et la fierté qu’il porte à son pays. L’absence de son père fait de lui il le seul homme du foyer qu’il partage encore à 34 ans avec sa mère (Kathy Bates). Modeste, son naturel et sa bonhomie en font quelqu’un d’humain, par opposition à l’intransigeance des puissants, faisant de Richard le suspect idéal et tout trouvé. Ce vieux, mais bon garçon marque par sa naïveté, suscitant par moments la pitié, avant de forcer le respect. Cette petite famille traditionnelle de l’Etat de Géorgie se retrouve vulnérable et dépassée par les événements lorsque les mandats de perquisition s’enchaînent. Tout va très vite. « Il faut demander à ces Messieurs d’enlever leurs chaussures avant d’entrer dans la maison. J’ai tout nettoyé… », s’inquiète la mère de Richard, qui ne comprend pas comment son fils, félicité à la télévision quelques heures auparavant pour avoir tiré la sonnette d’alarme et sauvé plusieurs vies, puisse soudainement être suspecté de terrorisme.

Grâce à l’aide de son avocat et ami Watson Bryant (Sam Rockwell), Richard Jewell fut innocenté trois mois plus tard par le FBI, mais sa réputation ne fut jamais complètement rétablie. S’il deviendra plus tard policier, sa santé aura en revanche été durement endommagée par cette mauvaise expérience. Il décédera en 2007, à l’âge de 45 ans, d’une défaillance cardiaque.

Interprétation controversée
Dans une Amérique où les médias ont été autrefois considérés comme le quatrième pouvoir et représentés comme tels à l’écran – avec l’épisode du Watergate raconté dans « Les Hommes du Président » (Alan J. Pakula, 1976) ou plus récemment « Spotlight » qui relate les abus sexuels au sein de l’Eglise catholique (Tom McCarthy, 2015) -, on assiste aux dérives d’un journalisme assoiffé de sensationnalisme. Un journalisme représenté par Kathy Scruggs du Atlanta Journal Constitution et incarné à l’écran par Olivia Wilde. Avide de scoops plus que de justice, prête à mettre en péril la démocratie en couchant avec ses indics pour obtenir les dernières informations sur les enquêtes en cours, la journaliste décédée en 2001 en prend pour son grade. Face à cette interprétation qui s’est avérée très controversée, l’actrice a confié « ne jamais avoir crû que Kathy Scruggs aient pu échanger son corps contre des scoops juteux ».

Clint Eastwood, qui met le gouvernement américain face à ses erreurs et gifle l’absurdité du pouvoir et des puissants qui le représentent, a quant à lui reçu une lettre du journal dans le courant du mois de décembre, l’accusant de diffamation.

Depuis quelques années, l’acteur devenu réalisateur met en lumière des épisodes et personnalités héroïques qui ont fait l’Amérique dont il est fier. Avec « Le Cas Richard Jewell », Clint Eastwood reprend la logique du héros qui le devient malgré lui. Comme avec le capitaine Sullenberger dans « Sully » (2016), ce pilote contraint d’amerrir d’urgence sur l’Hudson River ou avec les trois militaires ayant déjoué un attentat terroriste dans « Le 15h17 pour Paris » (2018). Avec près de 40 films sous sa direction, le doyen du cinéma, qui fêtera ses 90 ans en mai prochain, ne s’arrêtera pas là : « J’aime réaliser, c’est bien d’avoir un travail qui paie.»

Le Cas Richard Jewell
USA – Drame – 2019
De Clint Eastwood
Avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates
Warner Bros
19.02.2020 au cinéma

« Le Cas Richard Jewell » : de coupable idéal à héros national
4.0Note Finale

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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