La réalisatrice roumano-suisse Ruxandra Zenide signe un étrange portrait de son pays natal entre fantastique et réalité glauque. Un curieux objet qui mérite l’attention.


Dans une bourgade reculée et isolée du delta du Danube, en Roumanie, qui semble n’être faite que de grisaille et de boue, une demoiselle célibataire est tombée enceinte : jusque-là rien de bien étrange. Sauf que la jeune femme, guérisseuse mystique à ses heures, aurait été miraculeusement fécondée en se baignant dans une étrange fange bouillonnante. Du coup, les villageois, pêcheurs fatigués de rentrer chaque soir bredouilles, imaginent que la pénurie de poisson et leur mauvaise fortune ne peuvent qu’être expliquées par une sorte de punition divine à l’encontre de celle qui défie les lois du Très Haut. Coutumier des habitudes d’un autre temps, ils projettent de brûler l’impie avant que le jeune prêtre local vienne calmer les ardeurs et conseiller à l’indésirable de fuir le village et aller dispenser ses occultes savoirs dans un sanatorium d’une région voisine, l’« Hôtel Tekir ». Là-bas, elle rencontre une curieuse et riche veuve suisse, qui désespère de ne pouvoir enfanter.

La réalisatrice n’a pas fait dans la demi-mesure et son film a au moins le mérite de la radicalité. Dans son atmosphère déjà, qui fait le pari d’une image dans laquelle on perd assez vite l’espoir d’y trouver une couleur ou une lumière réjouissante. Quand apparaît la chaleur d’une flamme, il s’agit de celle de la torche d’un paysan désireux d’immoler l’héroïne… La cinéaste prouve ainsi son indéniable capacité à créer une ambiance et sa maîtrise esthétique en général, allant des cadrages aux choix des décors.

Le Miracle De Tekir

Le Miracle De Tekir

On pourrait laisser le spectateur se contenter d’apprécier cette œuvre à la forte personnalité pour ses indéniables qualités plastiques et en rester là. Mais il paraît difficile d’ignorer les faiblesses du scénario. Ou plutôt les partis-pris d’écriture qui ne manqueront pas de laisser les plus pragmatiques sur leur faim. En effet, l’auteur esquisse plusieurs pistes de narration qu’elle ne prend pas la peine de résoudre. Le désir de laisser son film à l’interprétation de chacun tout en scellant le mystère est louable, mais quelques indices de plus n’auraient pas été de trop.

Même les acteurs ne semblent pas toujours savoir comment se comporter. Comme si la consigne avait été de jouer l’impassibilité afin que chacun puisse y projeter ses propres émotions. Seule Elina Löwensohn, dans un rôle plus exubérant, apporte un semblant de vie à l’ensemble d’une distribution morne.

C’est donc un peu abattu et frustré que l’on ressort de ce film pesant, triste et peu coloré. Cela peut sonner comme une sentence négative mais il s’agit surtout d’un avertissement pour le spectateur curieux : le film a des qualités, mais générer la joie n’en fait pas partie. Telle la boue qui englue les corps de ce long-métrage peu banal, son atmosphère glauque colle à la peau.

Le Miracle De Tekir

Le Miracle De Tekir
De Ruxandra Zenide
Avec Dorotheea Petre, Elina Löwensohn, Bogdan Dumitrache
Filmcoopi
Sortie le 06/04

"Le Miracle De Tekir" : la Roumanie en noir et gris.
2.5Note Finale