Au XVIe siècle, sur les côtes de Bretagne vit Philibert. Adopté par un cultivateur d’artichauts, éduqué comme un grand seigneur, il découvre sa réelle identité et son héritage à la mort de son père adoptif. Il part alors à la découverte de sa destinée en recherchant le comte d’Artois, l’assassin de son père, le comte Bérendourt de Saint-Avoise. Au cour de son périple, il va s’encombrer d’un valet atypique et, pourquoi pas, trouver son véritable amour pour lequel il s’est préservé toute sa jeunesse au grand damne des paysannes bretonnes.


Ce film est un chef-d’œuvre qui n’a pas été compris par le public et les critiques au moment de sa sortie en salles et aujourd’hui. Ce n’est pas une parodie, c’est un pastiche ! La différence est de taille. La parodie est faite pour railler, pour se moquer et tourner en ridicule l’œuvre originale avec un objectif de dénigrer. Un pastiche est une version comique, en l’occurrence, qui rend hommage avec légèreté au travail des auteurs, des acteurs et des réalisateurs. Sylvain Fusée désirait faire ce film, car il est de la génération qui a grandi avec les films de cape et d’épée. Avec des figures emblématiques comme celle de Jean Marais (Le Capitan/Le Bossu), Eroll Flynn (Robin des Bois) ou encore Gérard Barray (Scaramouche/les Trois Mousquetaires). Toute une époque ! Ce genre est l’ancêtre du Nanar, les costumes de la Renaissance et les épées en plus.

Dans Philibert : Capitaine Puceau, on retrouve avec délice tous les ingrédients d’un bon film où des Seigneurs héroïques sont honnêtes dans un monde de mensonges et d’hypocrisie, les Rois et les Reines dupés par la Coure et sauvés par le héros souvent déchu, les demoiselles de toutes les castes sont émerveillées par la bravoure et la détermination dont fait preuve le dit-héros et enfin, où les valets sont des couards loyaux tout compte fait à leurs allégeances.

Rien n’est laissé au hasard. Jusqu’à la ressemblance frappante et troublante entre Jérémie Renier et Jean Marais, le plus célèbre acteur de cape et d’épée français de l’époque. Il faut reconnaître que l’absurde des situations comme des détails subliment le scénario pour parfaire ce pastiche incompris. Plongez-vous sans à priori dans cet univers décalé, et vous passerez un moment inoubliable. À tout bon pastiche, une chanson pertinente et drôle relève la saveur de l’œuvre. Rien que pour ça, il ne faut pas continuer à vivre sans l’avoir vu au moins une fois. L’humour et la dérision sont un bon remède contre la morosité de la vie.

L’ambiance de tournage était telle, que vous trouverez un making-off où les acteurs ne décrochent pas de leur rôle en jouant le côté désagréable de leur identité blasée de star des années 1950, pour la version DVD. La distribution se sert dans le fleuron des humoristes actuels comme Gaspard Proust humoriste suisse et slovène, Christophe Salengro (Groland) ou Brice Fournier (Kaamelott).

Des personnages aux noms à rallonge et volontairement ridicules, comme dans la tradition de ce style de cinéma : Comte de Bérendourt de Saint-Avoise, Inès Comtesse de Bazougues de la Tour en Pendois ou bien entendu le Comte Clotindre d’Artois fond face aux autres protagonistes aux blazes carrément plus courtauds pour bien asseoir la supériorité des premiers, pour les plus extravagants : Gliture ou Comédon. Tout cela constitue naturellement une volonté comique assumée. Même dans les films originaux, le ridicule était admit. Les films de cape et d’épée ont toujours accepté cet état de fait. Un forme de cinéma dénonciateur de l’absurdité des différences sociales, un genre de rébellion passive et artistique finalement.

D’un point de vue technique, le soin apporté à chaque aspect offre des décors où le carton est visible toujours dans le même esprit de satire affectueuse, les costumes chatoyants même lorsque ce sont des frusques sensées être cradingues et une réalisation rythmée et ponctuée de détails aussi importants que les personnages, fait que le soufflé monte sans retomber, que les collants moulants sont à l’honneur et que les codes du 21e siècle en prennent pour leur grade. Non, sans déconner, si vous ne captez pas cet humour, lâchez du lest !

Les Aventures de Philibert, capitaine puceau
Réal. : Sylvain Fusée
Acteurs : Alexandre Astier/Jérémie Renier/Elsa Navarre/Manu Payet
Gaumont