18.6 C
Munich
vendredi, mai 24, 2024
- Publicité -

Loki : Dan Leleeuw en Interview

Pauline Brandt
Pauline Brandt
Avec un master de français moderne avec spécialisation en études théâtrales, un bachelor en français moderne et histoire et esthétique du cinéma, Pauline Brandt met en œuvre tout son savoir-faire pour promouvoir le cinéma.

À l’occasion de la sortie de la saison 2 de Loki sur Disney+, nous avons discuté avec Dan DeLeeuw, dont le travail sur les effets visuels chez Marvel a de quoi impressionner : Dan est responsable de la production des effets spéciaux pour Loki, Avengers et Infinity War. Il nous parle de la saison 2 de Loki, dans laquelle il signe la réalisation de l’épisode 2.


Que pouvez-vous nous dire concernant le travail effectué sur effets visuels de la saison 2 ?
Je dirais qu’ils sont vraiment bien établis maintenant. On travaille de près avec les designers, pour créer une palette et une direction artistique qui tienne la route. Ça peut être quelque chose d’aussi petit ou d’aussi grand que les longs couloirs des bureaux du Tribunal des Variations Anachroniques, qui semblent s’étirer indéfiniment ; ça peut être la manière dont on va faire figurer à l’écran les pouvoirs magiques de Loki, ce qui sort de sa paume ; ça peut être la manière de représenter le temps. À chaque fois, il s’agira d’une manière d’immerger le spectateur un peu plus dans cet univers.

Ces dernières années, de plus en plus de films représentent des sujets similaires à celui d’un multivers – je pense par exemple à Everything Everywhere All At Once. D’où vient cet attrait selon vous ?
Je pense que c’est quelque chose qui a démarré initialement avec les comics. C’était un truc qui a permis de raconter plusieurs histoires, montrer plusieurs facettes des héros à la fois. Cela permet d’explorer et d’expérimenter plusieurs versions, plusieurs alternatives – comme avec le Dr Strange et sa version maléfique, par exemple. Je pense que ça permet aussi de renforcer le lien avec le personnage. Dans le cas de Loki, il y a plusieurs variants et plusieurs mondes – vous avez même Loki l’alligator, par exemple. Cela donne l’opportunité pour une belle narration.

Souvent, les séries tirées de films semblent prolonger l’histoire et raconter ce qui n’a pas pu l’être sur grand écran. Mais la série Loki fait le contraire – on a plutôt l’impression que ce sont les films qui comblent les vides laissés par la série. En tant que réalisateur, comment travaillez-vous avec cela ?
C’est très intéressant. Réfléchir à ce qui est fait ou non avec les personnages, cela vous permet ensuite d’adapter la manière dont vous racontez l’histoire. La saison 1, par exemple, raconte la naissance du multivers – c’est quelque chose qui est amené avec sens et de logique. Du point de vue du réalisateur, il faut se confronter à ce qui se produit à la fin de la saison 1 : c’est là qu’il faut aller chercher et creuser pour construire le contenu de la saison 2. Tous les éléments présentés doivent être exploités.

Le style visuel de la série Loki est vraiment unique dans l’univers Marvel. Quelles ont été les inspirations ?
Cela a commencé dans la saison 1. Ce monde de bureaucrates avec ses couloirs infinis… On s’est dirigé vers une influence tirée de l’Europe des années 60. C’est un lieu sans début ni fin. Notre production designer est formidable, c’est une masterclass de travailler avec elle. Si vous avez la chance et l’opportunité de vous promener parmi les décors, vous remarquez tous les petits détails : il y a les affiches qu’elle a mises au mur, qui contiennent chacune leurs clins d’œil et leurs références cachées relatives au temps qui passe.

Quels ont été les challenges et difficultés principales relatives à la création des effets visuels du Marvel Cinematic Universe, en comparaison d’autres projets ?
Je pense qu’il a eu des choses intéressantes, par exemple le jour où Stan Lee est venu nous rendre visite sur le plateau. C’est lui qui est à l’origine de tout ça, mais quand on a été présentés, il m’a dit : « oh, vous êtes celui grâce à qui tout cela est possible ! » Il est humble et généreux, et il parle aux gens de cette manière. Plus tard, après avoir parlé avec lui, j’ai réfléchi et je me suis dit que maintenant, nous sommes vraiment arrivés à un moment où il est devenu possible de véritablement raconter visuellement l’histoire des super-héros et de leurs super-pouvoirs. Les possibilités sont simplement devenues de plus en plus grandes. On se retrouve à pouvoir montrer des aliens qui se battent avec des super-héros. Dans les films de super-héros, la vérité est qu’on se retrouve à se poser des questions sur des sujets qui n’existent simplement pas dans les autres genres de films. C’est une manière différente de raconter une histoire. En ce qui concerne les effets visuels, nous avons la chance de pouvoir raconter énormément de choses différentes, comme cela a été le cas pour Infinity War et Endgame.

Comment l’arrivée de l’intelligence artificielle a-t-elle affecté la série ?
C’est un outil, c’est quelque chose qui ne remplacera jamais un designer, ou un membre de l’équipe artistique, ou une salle remplie de scénaristes qui débriefent. Ce sera un outil, je pense, pour quelque chose comme Loki. Utilisé comme un complément du travail fourni, je pense que cela pourra mener à des résultats intéressants. Pour le personnage de Thanos, par exemple, nous avons déjà utilisé une forme d’intelligence artificielle qui nous a permis de compléter la performance réalisée par Josh Brolin. Ça n’a pas remplacé sa performance, ça nous a permis de travailler avec. Je pense que, vu de cette manière, l’intelligence artificielle pourra constituer un outil complémentaire utile.

Comment avez-vous travaillé sur la vulnérabilité des personnages au cours de la saison 2 ?
Nous avons été très chanceux, parce qu’avant le tournage nous avons eu l’opportunité de réunir tous les acteurs et tous les scénaristes. De cette manière, nous avons pu trouver la voix de chaque personnage. Disons que dans la saison 1, ils savaient comment leur personnage allait réagir, ce qu’il allait dire. C’était un grand avantage pour nous, et l’une des choses qui ont fait que le tournage de la saison 2 s’est déroulé de manière aussi fluide. Dans la saison 2, nous avons pu nous appuyer sur ce travail et prendre le temps de développer un peu plus la vulnérabilité de chaque personnage.

On peut dire que Loki est fait de plusieurs sous-genres. Il y a de la science-fiction, du film de super-héros, des scènes qui caricaturent le monde du travail de bureau, et même un peu de buddy cop movie, lors des scènes où Loki et Mobius sont ensemble. Comment travaillez-vous pour réunir tout cela ?
Je pense que tout vient de la bonne entente entre les acteurs – à quel point ils savent qu’ils peuvent se faire confiance, et à quel point il y a une bonne harmonie entre eux. C’est une fondation importante, sur laquelle nous avons pu nous appuyer. Les relations entre les personnages changent et évoluent. Pour moi, c’est la meilleure partie du travail : être là, sur le plateau, et apprécier pleinement la camaraderie de l’équipe, m’en servir pour le travail que nous avons à faire. Avec Tom Hiddleston, par exemple, jouer les scènes et échanger sur les différentes possibilités qu’elle offre. Cela donne lieu à une écriture de scène qui est très organique et qui s’opère naturellement. Vous prenez ces personnages, que vous connaissez bien, vous les lâchez dans des univers et des situations que vous ne connaissez pas et vous observez comment ils réagissent. La dynamique qui en résulte, c’est un truc que j’adore.

Quelle est, selon vous, la plus grande différence entre la saison 1 et la saison 2 ?
La saison 1 devait vraiment construire et élaborer l’univers et les personnages. Il s’agissait d’emmener Loki dans ce monde, et observer comment il réagit face à tous ces personnages, face au Tribunal des Variations Anachroniques. Dans la saison 2, on peut dire que Loki comprend dans quelle situation il se trouve. Disons que la dynamique est différente, et permet la construction d’amitiés et l’exploration de nouveaux liens.

Qu’est-ce qui va changer l’approche et les techniques d’effets visuels au cinéma dans les années à venir ?
Les outils comme ceux de l’intelligence artificielle, pourront être utilisés : on peut lui demander une explosion, et l’intelligence artificielle pourra nous proposer des résultats de plus en plus précis et réalistes, en fonction des images de départ qui lui ont été soumises. Cela permet un processus de travail plus rapide. J’imagine que dans un délai aussi court que cinq ans, cela sera démocratisé et possible.

Plusieurs éléments de la saison 2 font penser à l’esthétique de Wes Anderson. Si vous pouviez déplacer Loki dans le monde de Wes Anderson, quel film choisiriez-vous ?
Je pense qu’il serait génial dans Grand Budapest Hotel. Il ferait un super concierge, qui s’assurerait que l’expérience de chacun dans l’hôtel soit inoubliable.

Loki : Saison 2
USA – 2021 / 50 min / Aventure, Fantastique, Science fiction
Créée par Michael Waldron
Avec Tom Hiddleston, Sophia Di Martino, Owen Wilson
Actuellement disponible sur Disney+

- Publicité -

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

- Publicité -