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vendredi, mai 24, 2024
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Michel Blanc : « On fait ce métier pour le public. »

Lauren von Beust
Lauren von Beust
Amoureux du film «American Gigolo», ses parents la prénomme en hommage à l'actrice américaine Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, comment aurait-elle pu, en grandissant, rester indifférente au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep a prolongé sa culture en menant des études universitaires en théories et histoire du cinéma. Omniprésent dans sa vie, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme, dont elle a fait son métier. Celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Une preuve indélébile de sa passion. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : «L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall !». Ça fait classe !

Marie-Line, 20 ans, est une serveuse énergique et trop bruyante, qui n’a que peu de chance dans la vie. Sa rencontre avec un juge bougon et déprimé, qui l’engage comme chauffeur, va bouleverser sa vie. Tout comme elle va bouleverser la sienne. L’homme de loi, c’est Michel Blanc. Daily Movies l’a rencontré le lendemain de l’avant-première lausannoise de « Marie-Line et son juge », de Jean-Pierre Améris. À voir dans les salles romandes à partir du 11 octobre. 


Bonjour Michel Blanc ! Vous avez rencontré les premiers spectateurs lors de l’avant-première du film hier soir [20 septembre] à Lausanne. L’émotion était vive. Les gens vous ont dit combien ils avaient été touchés et vous ont remercié. C’est toujours aussi important pour vous d’avoir le retour du public ?
Oui, c’est très important parce qu’on fait ça pour eux quand même, malgré tout. Bien sûr qu’on fait ça parce qu’on aime son métier. Moi, j’aime jouer des personnages différents et surtout, différents de moi. Là, en l’occurrence, un juge avec une certaine rigidité, et pour lequel j’ai une grande tendresse, étant moi-même psychorigide. Mais oui, l’aboutissement, c’est que des gens vous disent qu’ils ont aimé, que ça les a émus. Et c’est là qu’on se dit : « Tiens, je ne me suis peut-être pas trop mal débrouillé. »

Vous êtes considéré comme un acteur culte depuis si longtemps. Plusieurs générations ont grandi à vos côtés. Et pourtant, vous avez toujours la crainte que ça puisse ne pas marcher…
Bien entendu. On ne sait jamais quand un film va rencontrer son public. Il y a des films que vous n’aimez pas trop et vous comprenez pourquoi ils ne marchent pas. Mais quand vous aimez beaucoup un film, l’enjeu est plus important, parce qu’il est possible que vous vous soyez trompé. Et ce n’est jamais très agréable de se dire « Pourquoi je n’ai pas compris que ça ne plairait pas ? » Bon, il y a aussi un phénomène totalement irrationnel qui se joue. Certains films sont devenus cultes par la suite, alors qu’ils ne l’étaient pas à leur sortie au cinéma. Et à l’inverse, d’autres qui ont été de très gros succès au début et que personne ne regarde quand ils passent à la télé 20 ans ou 30 ans après leur sortie au cinéma. 

Dans « Marie-Line et son juge », vous incarnez un homme de loi. Un quotidien à l’opposé de celui de Marie-Line, qu’interprète Louane, et qui n’a que peu de chance dans la vie. Finalement, vous auriez pu vous retrouver dans cette jeune femme, vous qui avez grandi dans un 2.5 pièces avec vos parents, en banlieue ouvrière de Puteaux… 
Oui, j’ai grandi dans un milieu modeste. Mes parents n’étaient pas riches, mais ils n’étaient pas durs. Contrairement à Marie-Line, qui évolue dans un environnement familial particulièrement difficile. Mes parents faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour que je sois très heureux, et je l’ai été. Ce n’est pas parce qu’on n’avait pas de salle de bain et qu’on se lavait dans l’évier de la cuisine que ça a changé quelque chose. 

« Louane est une actrice de grand talent. »

Vous avez dû, à un moment donné dans votre carrière, briser le plafond de verre. Comment y êtes-vous parvenu ?
Je dois dire que je ne l’ai pas ressenti. C’était à une époque où l’on pouvait passer au travers avec l’ascenseur social, comme on disait. Honnêtement, je n’ai pas ressenti de gêne quand je suis passé de Puteaux au lycée Pasteur de Neuilly. Jamais je n’ai eu l’impression de ne pas être à ma place. Et ça, je le dois à mes copains de classe, bien que parmi eux, il y avait des fils de gens très connus. Quand j’allais chez eux, j’étais bien accueilli. J’ai été très facilement assimilé.

Faire de la musique et faire du cinéma, ce sont deux métiers bien distincts. On entend souvent qu’il ne faudrait pas tout mélanger, que chacun devrait faire ce pourquoi il est vraiment doué. Pourtant, ils sont nombreux à avoir prouvé que l’on pouvait être crédible en faisant les deux. C’est notamment le cas de Louane, chanteuse, qui a été récompensée pour ses talents d’actrice dans « La Famille Bélier » (2014)… 
J’ai trouvé Louane formidable, fascinante. C’est une actrice de grand talent. En effet, elle coche les deux cases et elle est excellente dans ce qu’elle fait. En somme, elle fait carton plein. Nos carrières sont très éloignées l’une de l’autre, mais on a été très proches et complices sur le tournage. 

Lui avez-vous donné des conseils ? Ou au contraire, avez-vous appris quelque chose en travaillant avec elle ?
Oui, une certaine légèreté ! De temps en temps, elle se fichait de moi sur certains trucs. (rires) Elle a confié dans une interview qu’elle avait appris des trucs en me voyant travailler. C’est possible, mais ce n’était pas conscient de ma part. Jamais je ne me serais permis de lui donner des directives. Le metteur en scène est là pour cela.

« J’aime le côté Pygmalion de mon personnage. »

D’ailleurs, en parlant de Jean-Pierre Améris, vous n’étiez pas tout à fait d’accord avec lui pour le choix du titre du film…
En fait, j’adorais le titre original [ndlr : aussi celui du roman de Murielle Magellan] : « Changer le sens des rivières ». Je le trouvais élégant. Et j’aurais bien aimé pouvoir dire aux autres : « Allez me voir, je suis dans « Changez le sens des rivières » ». Ça aurait fait acteur sérieux. Mais c’est vrai que c’est très littéraire et très intello comme titre, alors je comprends que la production et Jean-Pierre en aient décidé autrement. Une partie du public ne serait pas déplacée en salles. Ça nous aurait embarqué vers un cinéma d’auteur et ce n’est pas le ton du film. Oui, il y a de la gravité, mais on rit beaucoup aussi.

Si l’on fait abstraction du titre, tout vous a plu dans cette histoire à laquelle vous avez tout de suite dit oui… 
Oui, les dialogues étaient formidables, très bien écrits, et le sujet me touchait beaucoup. Et puis j’aime le côté Pygmalion de mon personnage. Ce type est enfermé dans une solitude et, pour des raisons que je ne révélerai pas, il s’est enfermé dans son rôle de juge strict, qui ne pense qu’à la loi et à boire des whiskys pour oublier les horreurs qu’il entend et qu’il a à juger. Et puis qui, d’un seul coup, il s’ouvre à la vie parce qu’il a en face de lui une fille dont il se dit « Pu***, elle a les capacités de changer sa vie et de devenir quelqu’un d’intéressant, alors qu’elle reste comme un mouton dans son enclos ». Il va l’encourager à se rebeller, à sauter la barrière, à se montrer curieuse de tout. C’est très intéressant.

Avec un tel scénario et des dialogues bien ficelés, pas d’improvisation. Néanmoins, ça ne vous a pas empêché d’ajouter quelques détails… 
Ah oui ! À un moment donné dans le film, je suis président du tribunal et un prévenu n’arrête pas de parler. Il raconte des trucs absolument sans intérêt et mon personnage est obligé de l’écouter. Alors entre deux prises, j’ai demandé à une juge si ça se faisait de se pencher un peu vers elle en soupirant et en lui glissant quelque chose du genre « Bon, ben on n’est pas couchés ! » Elle m’a regardé et elle m’a lancé : « Mais bien sûr ! On le fait tout le temps ! » (rires) 

Note du journaliste : Ce n’est qu’une fois la partie officielle de l’entretien terminée que l’acteur du Splendide racontera, les yeux embués, comment il s’y est pris pour appréhender une des dernières scènes du film. Probablement la plus émouvante. C’était comme s’il la rejouait avec la même émotion, mais cette fois-ci sans dispositif pour la capter. Un grand moment… Un grand acteur. 

Marie-Line et son juge
FR – 2022 – Comédie dramatique
De Jean-Pierre Améris
Avec Louane Emera, Michel Blanc, Victor Belmondo…
Pathé Films
11.10.2023 au cinéma

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