Ce mois-ci une production locale, du « Roger Corman alpin », l’illustre Erwin C. Dietrich qui se spécialisa dans les productions de séries Z à X, aussi diverses que racoleuses.


Rarement un nanar aura flatté aussi farouchement les bas instincts de son public. « Mad Foxes » (« Los violadores » en espagnol, pas besoin de vous faire la traduction) conte les histoires de vengeances multiples entre un héros solitaire quelque peu insupportable et une horde de néo-nazis quelques peu nudistes.

BIKERS NAZIS NUDISTES
Notre héros Hal, qui menait jusqu’alors une existence plutôt flegmatique, va connaître une douloureuse descente aux enfers et céder à l’instinct de violence qui sommeille en lui. Lors d’une banale sortie en voiture avec sa petite amie qui veut fêter son 18ème (!) anniversaire en boîte, notre quadra ténébreux se fait emmerder au feu rouge par ce qui semble être un nazi à moto (je dis semble car tous les nazis du film portent un brassard alternativement sans la croix gammée en extérieur et avec dans les scènes d’intérieur, la faute à l’interdiction d’arborer des symboles nazis en Espagne). Hal voit rouge et tue le motard malpoli dans un splendide accident de circulation extrêmement mal monté.

Hélas, outre leur caractère notoirement rancunier, les Nazis se déplacent en bande. Dès leur sortie de boîte, Hal se fera casser la gueule par la bande de nazis revanchards et sa copine se fera violer, inaugurant là une succession de scènes d’une violence crapoteuse dont le caractère sordide est tellement excessif et racoleur qu’il en devient complètement crétin. Sur cette palette de violence filmique se mélangent avec imbécilité les situations putassières et une ribambelle de personnages nigauds consanguins, donnant ainsi une couleur déconcertante. Cette dernière étant barbouillée avec balourdise et imprécision sur l’écran par l’intermédiaire d’acteurs déplorables qui adorent en faire trop. Surtout déguisés en Nazis qui font la fête tout nu.

PEDOBEAR EN RUT
Mais revenons au récit. Pour ceux qui se poseraient la question : Hal s’en sort bien, merci pour lui. Le lendemain matin, après une introspection de quelques minutes sur les événements de la veille, il se sert un whisky et appelle son pote qui dirige un club de karaté pour les envoyer casser du nazi. Vous aurez compris que ce n’est pas Hal qui se vengera par lui-même. Non en fait Hal il préfère confier sa vengeance à d’autres. Avec Hal, la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, non : c’est plus une raclette qui se partage à plusieurs. Après une scène de baston foutraquo-molle, les nazis verront leur chef mourir, étouffé avec son propre pénis tranché par les karatékas. L’histoire s’arrête-t-elle là ? Non, car les nazis décideront à leur tour de se refaire justice eux-mêmes en s’en prenant à la famille et aux amis d’Hal. C’est l’escalade dans la violence !

Pendant ce temps-là, notre Hal national a beau collectionner les morts brutales autour de lui depuis le début de l’histoire, ça ne l’empêche absolument pas de baiser comme un adolescent. Du coup, même avec le maximum de bonne volonté, on a quand même un peu de mal à le trouver sympa. Débordant mélange de prétention, de suffisance et de nonchalance, on n’arrive à espérer qu’une chose : c’est qu’il se fasse casser la gueule. Par n’importe qui, même par les nazis.

Bref : violence, sexe, crétinerie, vulgarité, remplissage, voiture de sport, et en prime une bande-son hard rock par nos compatriotes de Krokus… Erwin C. Dietrich, en producteur madré, a coché toutes les cases du film d’exploitation de l’époque, tandis que le réalisateur Paul Grau, en tâcheron audacieux, a poussé les potards à fond. Le film laisse toutefois un sentiment mitigé : entre les désirs du nanardeur de voir un film généreux, et le curieux sentiment, éprouvé ponctuellement, de ne pas en avoir désiré autant que ça. Car au nom de la Sainte Trinité de la violence, du sexe et du remplissage inepte de pellicule, « Mad Foxes » nous apparaît comme le prophète d’un genre qui nous étonnera toujours : celui de la bêtise cinématographique qui, à trop vouloir en faire, nous fait trop rire.

[Fabien Gardon]
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