Au début des années 1980, Norbert Moutier, alias N.G. Mount, tournait en Super 8, dans la forêt d’Orléans et en conditions amateurs, un slasher 100% français : « Ogroff », rebaptisé « Mad Mutilator » pour une de ses ressorties vidéo. C’était le début, pour ce libraire et critique, puits de science sur le bis et surtout grand trafiquant devant l’éternel de films rares et de bimbeloterie liée au cinéma, d’une glorieuse carrière de cinéaste Z du fond de la poubelle, qui le vit squatter le plus bas des rayons VHS, dans la catégorie invendables. Coup d’essai mais coup de maître indépassable, ce nanar s’impose d’emblée comme le manifeste du film d’horreur français régionaliste.

INDIGENCE
On sait que les ennuis commencent quand le résumé de la jaquette est plus clair que le film lui-même : « Trépané et ayant subi l’ablation d’un œil pendant la guerre, Ogroff le bûcheron fou continue la lutte et massacre sauvagement tous ceux qui pénètrent dans sa forêt » ; autant de détails (la trépanation, le rapport avec la guerre) qui ne seront guère explicités par le film lui-même, tant l’œuvre en question est obscure et quasiment dépourvue de dialogues. Ce que l’on voit à l’écran : un fou dégénéré et masqué, tuant des gens à la hache dans une forêt, sur un scénario réussissant à être à la fois élémentaire et confus.

Malgré une certaine ambiance morbide, le film croule littéralement sous les effets gore ratés – vous avez déjà vu un mannequin en mousse qui joue mal ? Ce film réussit cet exploit –, les situations absurdes, l’interprétation amateur, les déficiences techniques de tout poil (photo surexposée, cadrages caca, faux raccords à hurler) et l’abstraction pataphysique d’un scénario écrit sur un kleenex, puis déchiré et jeté aux quatre vents.

Cependant, « Mad Mutilator » est à recommander aux nanardeurs les plus hardcore, tant les réactions de rejet sont possibles chez des sujets au cuir insuffisamment tanné. Le rythme est plus que somnambulique et la petite dizaine de dialogues inaudibles (Ogroff ayant probablement aussi tué le preneur de son) peut faire plonger dans la torpeur les spectateurs rétifs. C’est dommage, car nous sommes réellement en présence d’un film hors normes : plus Z que Z, et pourtant film d’auteur de par la passion indéniable qui l’anime. On distingue de nets efforts de la part de Moutier pour créer un personnage de monstre pathétique, crevant de solitude dans sa démence meurtrière et sa cabane pourrie (une scène assez croquignolette le montre en train de se branler avec sa hache), mais cette bonne volonté devient pathétique devant le résultat final.

LES HISTOIRES D’AMOUR FINISSENT MAL…
Le développement de l’intrigue se révèle en outre particulièrement peu crédible : une jeune femme décide d’enquêter sur les méfaits du serial killer ; la gendarmerie lui ayant déclaré son impuissance car Ogroff connaît trop bien tous les recoins de la forêt (« Bah oui, ma bonne dame, y’a un tueur fou cannibale dans la forêt ! Qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse ?). Elle part donc sur les traces d’Ogroff, trouve assez facilement son repaire (les gendarmes sont donc des feignants, c’est là le message profond du film), se fait capturer par le fou, l’attendrit, et finit par coucher avec et devenir sa copine… volontairement !

C’est donc à une version relookée de la belle et la bête que nous assistons, la jeune femme essayant d’apprendre les bonnes manières à Ogroff (en gros, à ne plus tuer les campeurs à la hache). C’est un euphémisme que de dire qu’on n’y croit pas tout à fait, mais la dernière demi-heure va se révéler encore plus psychotronique : des zombies sortent de la cave d’Ogroff et envahissent la forêt, puis la banlieue d’Orléans, tandis que le tueur en série les affronte à la hache. On en reste, au choix, effaré d’ennui ou hypnotisé au dernier degré et ravi devant tant de nawak fumeux.

Pour terminer le film en beauté, on nous offre une guest-star, en la personne de Howard Vernon : en fuite devant les morts-vivants, l’héroïne est prise en stop par un Cardinal (Howard, donc), qui se révèle être un vampire. Pourquoi pas ? Au point où on en était, ils auraient pu envoyer Michel Galabru déguisé en éléphant rose, on ne l’aurait même pas remarqué.

[Nikita Malliarakis]

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