Alléluia de Fabrice Du Welz

Alléluia de Fabrice Du Welz –

« Alléluia » est oeuvre forte, une proposition de cinéma différente qui poursuit ses spectateurs longtemps après sa projection et c’est suffisamment rare pour ne pas s’en priver.


Fabrice Du Welz est un cinéaste qui dès son premier long-métrage, le magnifiquement dérangeant « Calvaire » (2004), a su imposer un univers, une esthétique et des thématiques personnels. Après avoir été confronté à de nombreux problèmes de production sur sa première commande, « Colt 45 », un polar sec et violent largement sous-estimé, le réalisateur belge a décidé d’adapter l’histoire vraie du couple de tueurs en série américains Raymond Fernandez et Martha Beck. Les péripéties meurtrières de ce couple, qui ont secoué les États-Unis à la fin des années 40, avaient déjà connu deux adaptations cinématographiques (« Les Tueurs de la lune de miel » de Leonard Kastle en 1970 et « Carmin profond » d’Arturo Ripstein en 1996).

Au travers d’une histoire d’amour fou et destructeur entre Gloria (Lola Dueñas), une jeune infirmière, et Michel (Laurent Lucas) un gigolo soudoyant des veuves, Du Welz livre une relecture très personnelle de ce fait divers. L’atout majeur d’ « Alléluia » réside dans la prestation de ses deux acteurs principaux dirigés de main de maître. Lola Dueñas, connue principalement pour ses rôles espagnols (« Parle avec elle », « Mar adentro ») et Laurent Lucas, qui retrouve son réalisateur dix ans après « Calvaire », livrent un jeu brut, parfaitement nuancé et remarquable de justesse. La caméra colle au plus près de ces deux acteurs afin de retranscrire au mieux les émotions d’un couple uni par la solitude et la névrose. Tout comme « Calvaire » et « Vinyan », le quatrième film de Fabrice Du Welz est donc une plongée dans la folie de personnages atypiques possédés par un amour extrême. Par sa manière viscérale de concevoir le cinéma et son envie de filmer l’horreur sous une forme poétique, le réalisateur adopte un style à la limite du fantastique et du surréalisme que n’aurait pas renié les Brian de Palma et Dario Argento de la grande époque. Le cinéaste belge se permet même plusieurs ruptures de tons dont un passage très réussi sous forme de comédie musicale.

Du Welz étant un grand militant du support physique, « Alléluia » a entièrement été tourné en pellicule. Le travail sur l’image granuleuse réalisé par Manuel Dacosse (« L’étrange couleur des larmes de ton corps »), le directeur de la photographie qui avait la lourde tâche de remplacer Benoît Debie, permet de retranscrire parfaitement une ambiance funeste dans le paysage des Ardennes. « Alléluia » est oeuvre forte, une proposition de cinéma différente qui poursuit ses spectateurs longtemps après sa projection et c’est suffisamment rare pour ne pas s’en priver.

Alléluia
De Fabrice Du Welz
Lola Dueñas, Laurent Lucas…
Wild Side / Dinifan