Cinq ans après la palme d’or obtenue pour « La Vie d’Adèle », voici « Mektoub, my love : canto uno ». Splendide premier chant d’un récit sur la jeunesse où s’entremêlent les grands thèmes de l’amour et de l’amitié.


Août 1994, à Sète. Des jeunes, hommes et femmes de la région et d’ailleurs, s’amusent entre le bar et la plage, se cherchent, se lient et se délient, entre l’amitié d’un été et l’amitié d’une vie. Il y a Amin, ex-étudiant en médecine timide et rêveur qui s’essaye aux scénarios et à la photographie (un portrait en creux du cinéaste ?), son cousin Tony, grand tombeur mythomane qui entretient une liaison – secret de polichinelle – avec Ophélie, une amie d’enfance, Vénus callipyge fiancée à un militaire engagé sur le porte-avions Charles de Gaulle. Il y a aussi Céline, Camélia, Charlotte, Kamel et les autres… L’intrigue pourrait se raconter ainsi à la manière d’une telenovela vénézuélienne. Et pourtant.

Deux citations religieuses ouvrent le film. Saint-Jean et le Coran disent ceci : Dieu est Lumière. Aussi, Mektoub, my love : canto uno répandra-t-il une lumière éclatante, chaude, orangée qui éblouit d’un bonheur diffus. Dans un style que l’on dit naturaliste, car il illusionne, donne l’impression que rien n’est joué et que tout mot renvoie à une langue quotidienne, Abdellatif Kechiche dévoile le portrait d’une jeunesse qui, s’il se passe ici et maintenant, pourrait tout aussi bien être hier ou demain. L’emploi de jeunes acteurs inconnus – pour beaucoup, il s’agit de leur première expérience de cinéma – renforce notre adhésion.

Histoire du destin (mektoub) et de l’amour, le film semble se dessiner comme une épopée moderne, un grand récit universel découpé en chants. Centré autour de thèmes majeurs comme l’amour, l’amitié, le passage à l’âge de raison, « Mektoub, my love : canto uno » offre aussi de très belles séquences sur des questions centrales à la photographie et au cinéma : voir sans être vu, l’instantanéité et la révélation.

Les corps hâlés de ces jeunes gens émoustillés sont captés en plans rapprochés, caméra portée dont la fluidité des mouvements accentue le sentiment d’intimité qui nous unit à eux. Et notre plaisir, tout au long des presque trois heures que dure le film, de s’accroître jusqu’au bout, d’en redemander encore.

Mektoub, My Love: Canto Uno
FR   –   2017   –   Comedy
Réalisateur: Abdellatif Kechiche
Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche
Pathé Films
21.03.2018 au cinéma

Mektoub, my love: un grand récit universel découpé en chants
5.0Note Finale