Une aventure de fort impact visuel, qui passe de la ville dominée par les humains à la nature préservée dans les glaciers de l’Himalaya. Les preuves sont au centre de cette animation, des signes qui attestent l’importance et la supériorité de l’être humain aux plus sincères gestes d’amitié, d’union et de sensibilité vers l’autre.  


XIX siècle, Lionel Frost, un aventurier anglais, cherche à être admis au club des explorateurs en partant à la recherche d’une créature légendaire, le sasquatch. Pour prouver l’existence de cet unique vestige de l’évolution humain, il doit ramener des démonstrations. La représentation de l’animal est particulièrement importante, c’est un monstre légendaire (définis en tant que tel par les humains) avec une apparence assez burlesque, corps tout poilu avec des longs bras et pattes qui finissent dans des grands pieds et mains. L’aspect comique est souligné encore plus, quand on voit cette créature vêtue comme un humain et parmi les boutons de son gilet, les poils de son ventre sortent en rappelant son animalité. Monsieur Link est un animal avec un corps très imposant, duquel il n’arrive pas à s’en servir, mais doté d’une sensibilité inattendue. La créature, se sentant très seule, demande à Lionel de l’accompagner chez ses proches, les yétis de Himalaya, en échange de preuves de son existence. Suite à cette requête, les deux partent à l’aventure accompagnés par Adelina, une femme très déterminée.

Le film est guidé par une recherche continue de preuves, témoignages à plusieurs niveaux. Dans la première partie du film, Lionel se sent supérieur à Monsieur Link et il utilise la créature à ses propres profits pour sa découverte. Mais, à un moment donné, l’animal lui demande d’avoir un vrai nom, et du nom de Monsieur Link, qui souligne bien la désignation de la part de l’homme en tant qu’animal-objet, l’anneau manquant de la possible instauration de la supériorité de Lionel sur les autres explorateurs, on passe au nom de Susan choisi par l’animal. Cela est un moment clé, dans le changement d’attitude de Lionel et promut le message d’union programmé par le film.

La nouvelle animation du studio Laika (Coraline, Kubo et l’Armure magique) et Annapurna Pictures, réalisée par Chris Butler (ParaNorman), est un bijou pour les yeux, vu le mélange entre une technique « à la main », la stop-motion et l’animation 3D qui confèrent au résultat un côté artisanal, mais qui résulte au même temps très fluide. De plus, l’emploi de nouvelles technologies, comme l’estampe 3D, a permis de reproduire un grand nombre de visages pour élargir l’éventail des expressivités des personnages qui deviennent plus réalistes.

Un autre point fort du film est sûrement à attribuer au doublage, à travers la présence d’acteurs très renommés les personnages prennent vie en construisant un caractère très propre. Parmi les grands noms, on trouve Zack Galifianakis, qui fait du personnage de Monsieur Link une créature très aimable avec une veine comique, Hugh Jackman qui prête sa voix à l’aventurier Lionel Frost, un homme qui veut transmettre une image de soi-même très décis avec un cœur froid et Zoe Saldana pour le personnage d’Adelina, une femme qui incarne la revendication féminine.

Par contre, au niveau thématique, le film est très faible. Cette animation peut être vue et appréciée par un public très vaste, qui percevra à l’intérieur du film des messages différents. De l’amitié et l’union (pour le public plus jeune) à la critique au colonialisme et pourquoi pas une sensibilisation vers les problèmes environnementaux, tout en passant par les minorités raciales ou de genre. On a l’impression qu’à travers ce film on veut tout exposer, mais au final, l’animation ne développe aucune de ces problématiques en profondeur, vu qu’il les énonce qu’à travers des bouts de dialogues ou des petites actions qui ne reçoivent par une grande attention à la fin du film. Par exemple, pour ce qui concerne la revendication féminine à un moment donnée Adelina est étonnée d’être considérée en tant que femme sans défense, à un autre moment pour ce qui concerne la supériorité de l’homme blanc, Lionel se surprend quand les himalayens et la reine des yétis parlent anglais comme si c’était une langue réservée aux hommes d’une certaine élite, ou encore la destruction du pont de glace peut être vue comme une métaphore de l’impact négatif de l’humain sur l’environnement.

Dans le final du film, on perçoit un seul message, traité par plusieurs animations d’aventure, c’est-à-dire « l’union fait la force ». Lionel part avec son ami Susan pour faire « la découverte du siècle ». C’est comme si ce message détruit tout le reste, le changement d’attitude que Lionel a fait pendant l’histoire est masqué par le retour d’une volonté de démontrer sa supériorité sur les autres. Missing Link, est un film agréable à regarder, surtout pour le résultat visuel, mais qui ne fait pas preuve d’une grande richesse thématique.

Monsieur Link (Missing Link)
USA, CAN   –   2019   –   Animation
Réalisateur: Chris Butler
Acteur: Zoe Saldana, Hugh Jackman, Emma Thompson, Timothy Olyphant, Zach Galifianakis, Stephen Fry, Matt Lucas, Amrita Acharia, David Walliams
Praesens Films
17.04.2019 au cinéma

"Missing Link" : à la recherche de l’anneau manquant de l’évolution humaine
3.5Note Finale