Présenté en première mondiale au NIFFF par son jeune réalisateur français Mathieu Turi, « Hostile » laisse une impression en demi-teinte, entre assurance formelle et narration largement déséquilibrée.


Dans une ambiance post-apocalyptique orangée à la Fury Road, Juliette traverse le désert à la recherche de vivres quand elle subit un grave accident de voiture et perd connaissance. Quand elle se réveille au milieu de nulle part, elle est coincée dans son véhicule, il fait nuit et l’on comprend rapidement que le désert est infesté de créatures monstrueuses. « Hostile » se transforme donc en film de survie, entrecoupé de flashbacks racontant l’histoire d’amour que l’héroïne a vécue avec un riche héritier dans les mois qui ont précédé l’Apocalypse.

Dans ses scènes d’horreur, Mathieu Turi démontre une efficacité plus qu’appréciable, aussi bien dans la création d’une peur insaisissable par l’utilisation couplée du bruitage et de la mise en scène que dans le rythme affûté des séquences impliquant la créature. Seulement, la tension qu’il met en place avec tant de soin est sans cesse brisé par les flashbacks, qui finissent par devenir des espaces pour reprendre son souffle quand on aurait aimé être tenu en haleine de bout en bout. Il faut moins voir dans cette construction narrative une volonté de créer un passif au personnage qu’une dramaturgie paresseuse – un élément du passé explique une émotion ou une compétence du présent – et un moyen de démissionner constamment de son rôle horrifique.

Il est également regrettable de constater que, dans l’univers sauvage et violent qu’il instaure – aussi bien, le désert que le New York d’avant la catastrophe – Turi fasse le choix systématique de l’immobilité : l’immobilité physique de Juliette dans le désert et celle, figurée, du couple passé, à peine cahoté par quelques crises sans fond, dans leur confort luxueux. C’est d’autant plus malheureux que l’une des grandes réussites de « Hostile » est la création d’un personnage féminin puissant et incontrôlable, sans excès de force ni de faiblesse.

Passons sur le dénouement, qui arracherait un ricanement cynique même aux plus idéalistes, – à moins que ce ne soit de l’humour volontaire ? pour saluer la teneur globale d’un film inégal, mais qui, en plus d’être un divertissement agréable, montre quelques belles intentions de cinéma que Mathieu Turi saura, on ose l’espérer, développer plus profondément dans la suite de son travail.

Hostile
(NIFFFCompétition internationale)
France, 2017

De Mathieu Turi
Avec Brittany Ashworth, Grégory Fitoussi
Distributor: Splendid Film (DE)

NIFFF 2017 : Hostile
2.5Note Finale

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